S’il y a eu "rupture" dans la politique africaine de la France avec Nicolas Sarkozy, il s'agit bien du rapprochement entre Paris et Kigali. Après trois années de parenthèse diplomatique, de procédures judiciaires crispées et de défiance mutuelle, les retrouvailles entre les deux capitales ont eu lieu fin 2009, sous le signe d'un pragmatisme impulsé au plus haut sommet. Moins de deux ans après, Paul Kagamé est pour la première fois en voyage officiel dans l'Hexagone, du 11 au 13 septembre, rendant à son homologue français la visite que celui-ci a effectuée au Rwanda, en février 2010.
Une normalisation qui ne se fait pas sans mal. La gouvernance autoritaire de Kagamé est mise en cause par l’opposition rwandaise, très présente dans la diaspora, ainsi que par une nébuleuse d’ONG. Sans compter les résistances des anciens militaires français de l’Opération turquoise et de nombreux diplomates en poste pendant le génocide de 1994, au premier rang desquels le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé, qui a opportunément choisi de quitter la France - pour un voyage officiel aux antipodes - pendant la visite de Kagamé.
En France « de nombreuses personnes refusent la normalisation entre les deux pays », commente pudiquement la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, interrogée par jeuneafrique.com (voir l'interview vidéo ci-contre). Mais si le Rwanda ne veut pas « tirer un trait sur le passé », dit la ministre, il entend bien lutter contre l’image négative que la plupart des investisseurs ont encore de lui. Et c’est surtout de cela que les présidents Kagamé et Sarkozy ont décidé de parler.