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Cet article est issu du dossier «Présidentielle en Côte d'Ivoire : le décès d'Amadou Gon Coulibaly rebat les cartes»

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Politique

Hamed Bakayoko nommé Premier ministre, le fidèle de Ouattara récompensé

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Mis à jour le 30 juillet 2020 à 16h13
Hamed Bakayoko, le 9 mai 2014.

Hamed Bakayoko, le 9 mai 2014. © Bruno Levy pour JA

Hamed Bakayoko a été nommé par Alassane Ouattara à la tête du gouvernement, où il succède à Amadou Gon Coulibaly, décédé brutalement le 8 juillet. Un choix attendu, qui conforte son rôle central dans le dispositif présidentiel.

Sa nomination a été un peu plus tardive que prévu. Le temps, pour Alassane Ouattara, de convaincre ceux qui, en interne, doutaient de ce choix. Mais finalement, de surprise il n’y a pas eu. Comme Jeune Afrique l’annonçait le 17 juillet dernier, c’est Hamed Bakayoko qui a été choisi pour succéder à Amadou Gon Coulibaly. Ce jeudi 30 juillet, celui qui était jusque-là le seul à bénéficier du rang de ministre d’État au sein du gouvernement, chargé de la Défense depuis 2017, a été nommé Premier ministre par décret présidentiel. Il conserve dans le même temps sa fonction de ministre de la Défense.

Pour « Hambak », ainsi que le connaissent ses compatriotes, cette promotion est dans l’ordre des choses. Quand, le 2 mai, Amadou Gon Coulibaly a été évacué en urgence à Paris après un infarctus, c’est lui qui a été chargé d’assurer l’intérim à la tête du gouvernement. Un rôle qu’il a rempli durant deux mois, jusqu’au 2 juillet, date du retour à Abidjan de celui qui, une semaine plus tard, succombera brutalement, laissant le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) sans candidat à la présidentielle du 31 octobre.

Depuis ce cataclysme politique à trois mois d’un scrutin déjà bien incertain, toutes les cartes ont été rebattues. Il a vite fallu trouver un remplaçant, option dont Alassane Ouattara n’avait jamais voulu entendre parler jusque-là. Après quelques jours de réflexion, le chef de l’État a visiblement fini par trancher : il entend assumer lui-même ce rôle, même s’il avait assuré en mars qu’il ne représenterait pas et qu’il entendait passer le témoin à une « nouvelle génération ». « À l’heure actuelle, compte tenu des délais, je ne vois hélas pas d’autre solution pour préserver la stabilité du pays », a-t-il confié à Jeune Afrique le 15 juillet au sujet de sa candidature.

 

Pour Hamed Bakayoko, 55 ans, un temps cité comme potentiel joker du RHDP pour la présidentielle à venir, à l’instar de Patrick Achi, le secrétaire général de la présidence, il faudra donc encore attendre. Du haut de son 1,90 mètre, l’homme y est habitué. Et il est convaincu que son tour finira par venir.

Stratégie de loyauté

Hamed Bakayoko et Alassane Ouattara, lors d'une conférence de presse à Man, en avril 2012.

Hamed Bakayoko et Alassane Ouattara, lors d'une conférence de presse à Man, e, avril 2012. © REUTERS/Thierry Gouegno

Dans le bouillonnant marigot ivoirien, cet historique du Rassemblement des républicains (RDR) est toujours resté fidèle à sa ligne de conduite : se plier aux ordres du président. Une stratégie de loyauté à toute épreuve qui paie.

En une décennie, l’ancien directeur de la radio Nostalgie a gravi un à un les échelons dans l’ombre de son patron. Une fois au pouvoir après la crise post-électorale de 2010-2011, Alassane Ouattara le nomme ministre de l’Intérieur. Un poste stratégique qu’il occupe six ans, jusqu’en 2017. Cette année-là, des mutineries secouent le pays et font plier l’exécutif. Le chef de l’État nomme alors Hamed Bakayoko ministre d’État, chargé de la Défense, avec une feuille de route : mettre l’armée au pas.

Il est devenu l’un des personnages les plus puissants du pays et son réseau dépasse les frontières ivoiriennes. Il a ses propres entrées dans plusieurs palais présidentiels, à commencer par celui de Kosyam, à Ouagadougou, où il est proche de Roch Marc Christian Kaboré, mais aussi à Conakry, auprès d’Alpha Condé.

En parallèle, le natif d’Adjamé, un quartier populaire d’Abidjan, s’est imposé comme une figure incontournable du RHDP. Bon tribun, entretenant volontiers l’image d’un dirigeant resté proche du peuple, cet amateur de zouglou à la réputation de bon vivant jouit d’une popularité certaine.

Une marche de plus

Une affiche d'Hamed Bakayoko, lors de la campagne des élections locales à l'issue desquelles il l'a emporté à Abobo.

Une affiche d'Hamed Bakayoko, lors de la campagne des élections locales à l'issue de laquelle il l'a emporté à Abobo. © REUTERS/Thierry Gouegno

Lors des municipales, fin 2018, la commune abidjanaise d’Abobo, 1 million d’habitants et fief du RDR, menace de basculer dans l’opposition. Pour conserver ce bastion, le chef de l’État missionne Bakayoko. Après une campagne énergique durant laquelle il déploie les grands moyens, le ministre de la Défense est élu maire haut la main avec près de 60 % des suffrages. Un succès électoral qui forge, un peu plus encore, son image de potentiel successeur de Ouattara pour la présidentielle de 2020.

Même s’il n’en pense pas moins, Bakayoko ne montre aucune ambition personnelle

Et pourtant. Au précieux « Hambak », le président préfère Amadou Gon Coulibaly, son fidèle collaborateur depuis trente ans, en qui il a entière confiance pour prendre sa relève aux manettes du pays. À ses yeux, Bakayoko n’est pas encore prêt pour le job, il n’a pas encore l’envergure d’un homme d’État, ni le profil de technocrate policé qu’ADO affectionne tant.

Son poulain n’en ignore rien, mais ne bronche pas. Il se range derrière Gon Coulibaly, dont il devait initialement être l’un des directeurs de campagne. Puis survient le 8 juillet et ce funeste conseil des ministres, durant lequel il assiste au malaise qui sera fatal au chef de gouvernement.

Très vite, en interne, les cadres du RHDP, Adama Bictogo en tête, militent auprès de Ouattara pour qu’il revienne sur sa parole et brigue un troisième mandat. Même s’il n’en pense pas moins, Bakayoko ne montre aucune ambition personnelle et fait, une fois de plus, figure de bon soldat : il accompagnera le président quel que soit son choix.

De son côté, Alassane Ouattara sait qu’il ne peut pas se passer d’un tel atout dans les circonstances actuelles. Il a besoin de Bakayoko, de son sens politique, de son énergie et de sa gouaille. Il faut donc lui donner des gages pour qu’il reste mobilisé et l’aide à rester au pouvoir. Malgré les pressions de certains ministres proches de Gon Coulibaly, qui ne voient pas d’un bon œil l’ascension de Hambak, le président a donc choisi de le nommer Premier ministre.

Pour Bakayoko, une marche de plus est gravie. Reste maintenant à franchir la dernière : celle qui mène au Palais présidentiel. Mais avant cela, il faudra d’abord réussir à faire réélire Ouattara. Sans quoi sa patiente ascension s’interrompra.

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