Politique

Pas de troisième mandat pour Alassane Ouattara : les coulisses d’un coup d’éclat

Réservé aux abonnés | | Par - à Abidjan
Mis à jour le 06 mars 2020 à 17h34
Le président ivoirien Alassane Ouattara, devant le Congrès, à Yamoussoukro, le 5 mars 2020.

Le président ivoirien Alassane Ouattara, devant le Congrès, à Yamoussoukro, le 5 mars 2020. © Présidence ivoirienne

Le chef de l’État ivoirien a surpris tout le monde en annonçant renoncer à la présidentielle d’octobre 2020. Une décision longuement mûrie et hautement stratégique.

C’est la mi-journée à Yamoussoukro. Alassane Ouattara quitte la Fondation Félix-Houphouët-Boigny un brin ému. Dans l’assistance, ses fidèles n’en reviennent toujours pas. Le Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, le président de l’Assemblée nationale, Amadou Soumahoro, ou la ministre Kandia Camara ont les yeux embués. Plus loin, une députée pleure à chaudes larmes. Le chef de l’État ivoirien adore les surprises, dire une chose puis faire son contraire. En annonçant le 5 mars, devant les parlementaires réunis en Congrès, qu’il ne sera pas candidat à l’élection présidentielle d’octobre 2020, il prend tout le monde de court.

Lorsqu’il fait son entrée dans l’amphithéâtre de la Fondation, ils ne sont qu’une poignée à avoir été mis dans la confidence. Son épouse, Dominique, l’a précédé, entourée du vice-président Daniel Kablan Duncan, d’Amadou Gon Coulibaly et du ministre de la Défense, Hamed Bakayoko.

Décision mûrie, calendrier précipité

À la tribune, Alassane Ouattara dresse le bilan de ses neufs années à la présidence, puis déclare : « Durant les deux mandats que vous m’avez confiés à la tête de notre beau pays, j’ai toujours accordé une importance toute particulière au respect de mes engagements. Dans le même esprit, j’avais à plusieurs occasions indiqué, au moment de l’adoption de la Constitution de la IIIe République, en 2016, que je ne souhaitais pas me représenter à un nouveau mandat présidentiel. En conséquence, je voudrais vous annoncer solennellement que j’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle de 2020. »

Alors qu’il envisageait initialement de se prononcer en juillet, le chef de l’État a donc décidé de précipiter son calendrier. « Cela faisait plusieurs semaines que l’option était sur la table. Elle s’est vraiment concrétisée lors du dernier sommet de l’Union africaine, début février, à Addis-Abeba, puis lors de son séjour en France le 14 février », explique l’un de ses proches.

Ce jour-là, présent dans la capitale française pour inaugurer la bibliothèque Félix Houphouët-Boigny de l’Académie des sciences d’outre-mer, Alassane Ouattara paraît alors fatigué. Est-il prêt à passer la main ? Dans les jours qui suivent, il informe son premier cercle que sa décision est prise, mais les réactions divergent. Certains souhaitent le voir patienter encore un peu, au moins jusqu’à ce que la Cour pénale internationale (CPI) tranche sur les conditions de la liberté conditionnelle de Laurent Gbagbo. D’autres plaident encore pour qu’il se présente en 2020, quitte à se retirer au bout d’un ou deux ans. Rien n’y fait.

Respect des règles

Henri Konan Bédié (à g.), Alassane Dramane Ouattara, Laurent Gbagbo.

Henri Konan Bédié (à g.), Alassane Dramane Ouattara, Laurent Gbagbo. © Montage JA/REUTERS/AP SIPA/ Sylvain Cherkaoui pour JA

En annonçant qu’il ne sera pas candidat, Ouattara peut-il influencer le choix de Bédié et de Gbagbo ?

Après avoir longtemps laissé planer le doute sur ses intentions, il a finalement décidé de respecter sa parole, notamment celle donnée aux autorités françaises, transformant une annonce qui allait de soi au début de son second mandat en un discours historique.

« Il a toujours eu la volonté d’apparaître aux yeux de certains chefs d’État africains et de la communauté internationale comme quelqu’un qui respecte les règles, raconte l’un de ses vieux amis. Il était pour lui impensable de prendre le risque que sa candidature déclenche des violences et de se retrouver un jour comme Blaise Compaoré, exfiltré par l’armée française. »

En annonçant qu’il ne sera pas candidat, Alassane Ouattara peut-il influencer le choix d’Henri Konan Bédié et de Laurent Gbagbo ? S’il est aujourd’hui acquis que le premier souhaite se lancer dans la course à la magistrature suprême, les intentions du second demeurent incertaines. « Le président estime que c’est le meilleur moyen de les dissuader de se lancer, explique-t-on dans son entourage. Ils apparaîtront maintenant comme dépassés, même au sein de leur parti. »

Qui pour porter les couleurs du RHDP ?

Amadou Gon Coulibaly, premier ministre de Cöte d'Ivoire, en 2017 à Abidjan (archives).

Amadou Gon Coulibaly, Premier ministre de Cöte d'Ivoire, en 2017 à Abidjan (archives). © ©Issam Zejly pour Jeune Afrique

Si Albert Toikeusse Mabri et Marcel Amon-Tanoh ne cachent pas leurs ambitions, le choix du président est connu depuis de longs mois : Amadou Gon Coulibaly

L’annonce devrait également bousculer le calendrier du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Cette coalition, qui n’aurait pas vu le jour sans la détermination d’Alassane Ouattara, et dont il compte rester le président après l’élection, comptait lancer prochainement le processus de désignation de son candidat.

Finalement, celui-ci pourrait être connu dès la fin de mars ou au début d’avril. « Nous ne voulons pas conditionner notre choix à celui de l’opposition, explique un dirigeant du parti. Cela permettra à notre candidat d’avoir suffisamment de marge de manœuvre. »

Alassane Ouattara parviendra-t-il ainsi à empêcher la bataille de succession ? Il a récemment reçu plusieurs potentiels candidats pour leur demander de rester unis. Si Albert Toikeusse Mabri et Marcel Amon-Tanoh ne cachent pas leurs ambitions, le choix du président est connu depuis de longs mois et il se nomme Amadou Gon Coulibaly. Dans l’entourage du Premier ministre, on affirme qu’Alassane Ouattara l’a clairement dit à ses proches au début de mars : « Je souhaite laisser la main à une équipe et je propose qu’Amadou en soit le chef. »

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