Économie

Fintech : secteur à croissance rapide en Afrique, mode d’emploi

Mastercard revient dans un livre blanc sur les records de croissance du secteur depuis cinq ans, et analyse comment les régulateurs se sont saisis du sujet pour favoriser son développement.

Mis à jour le 3 novembre 2022 à 11:52

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Une croissance explosive. En Afrique, le nombre de start-up de la fintech a augmenté de 81 % entre 2019 et 2021, passant de 311 à 564. Cette augmentation des jeunes pousses s’observe également à travers les financements : dans la zone d’Afrique subsaharienne, ceux-ci ont enregistré une croissance de 894 % sur un an, avec 1,56 milliard de dollars levés.

Dans son livre blanc « The Future of Fintech – Africa » publié à la fin d’octobre, Mastercard explique pourquoi la fintech s’est imposée comme le secteur à la plus forte croissance sur le continent, représentant 61 % des 2,7 milliards de dollars investis en Afrique en 2021 dans les start-up.

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Entre des enjeux de digitalisation des services et d’inclusion financière, le livre blanc attribue ce boom d’innovation dans le domaine des technologies financières à la nécessité de résoudre de multiples problèmes structurels. Le faible taux de bancarisation sur le continent et l’adoption massive du mobile money depuis une dizaine d’années ont, de fait, créé un environnement propice aux solutions apportées par les fintechs.

Un continent sous-bancarisé

L’étude souligne le rôle déterminant des PME, qui utilisent les solutions fintech et de commerce électronique pour se « développer, s’approvisionner et atteindre leurs clients » pour pallier le manque d’accès aux services bancaires, qui touche près de la moitié de la population adulte sur le continent – près de 90 % des transactions sont encore réalisées en espèces, selon la Banque mondiale.

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En fournissant des services financiers alternatifs par le biais d’internet, de la blockchain et des algorithmes, les fintechs ont élargi la portée des services financiers traditionnellement proposés par les banques, notamment les prêts, les paiements, les investissements ou la gestion de patrimoine. Ainsi, selon le Mastercard New Payments Index, 95 % des consommateurs du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (Mena) envisageront, au cours de l’année prochaine, d’utiliser au moins une méthode de paiement émergente, comme les crypto-monnaies, la biométrie, le sans contact ou le code QR.

« La grande opportunité de croissance en Afrique réside dans les communautés sous-bancarisées qui n’ont jamais eu accès aux services bancaires traditionnels. L’acceptation des cartes bancaires est encore très limitée et coûteuse pour les commerçants », explique dans le livre blanc Drisha Kirkman, responsable de la gestion des programmes et du développement durable à Paymentology (ex-Tutuka). « L’infrastructure en Afrique n’est pas comparable à celle des marchés développés. La pénétration de la téléphonie mobile est extrêmement élevée, ce qui fait des solutions numériques une priorité évidente », ajoute-t-elle

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D’autres facteurs entre également en jeu : une urbanisation rapide avec 1 milliard de citadins projetés d’ici à 2045, le plus fort taux de croissance de la population au monde (2,6 %), une chute des coûts de l’usage d’internet et enfin un taux des dépenses personnelles en forte en hausse entre 2020 et 2025.

Un secteur de plus en plus régulé

Véritables fers de lance de cette révolution financière, l’Afrique du Sud, le Nigeria et le Kenya sont considérés comme faisant partie des hubs technologiques qui mènent la transition vers les paiements numériques, avec des infrastructures et des cadres politiques qui permettent cette croissance. Selon des chiffres de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), 39 des 54 pays africains disposent désormais d’une législation ou de projets de législation sur la protection des données et la vie privée.

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Au cours des quatre dernières années, plusieurs pays comme le Ghana, la Sierra Leone, le Kenya, le Rwanda, Maurice, le Mozambique, le Nigeria, l’Ouganda, la Tunisie et l’Afrique du Sud ont implémenté des cadres réglementaires. Une volonté forte des régulateurs d’autant plus visible si l’on se concentre sur les solutions de paiements digitales – secteur dominant dans la fintech africaine – avec 90% des juridictions africaines ayant déjà établi des cadres réglementaires.

La rareté des moyens d’identification formels est reconnue depuis longtemps comme un obstacle à l’extension de la portée de la finance numérique

Contrairement au marché européen, il n’existe pas encore de régulation facilitant les paiements transfrontaliers. Mais l’arrivée prochaine du système panafricain de paiement et de règlement (Papss) pourrait transformateur le commerce intrarégional.

Autre challenge, la rareté des moyens d’identification formels en Afrique, qui est reconnue depuis longtemps comme un obstacle à l’extension de la portée de la finance numérique. Selon Mastercard, plus de la moitié (53 %) des personnes interrogées dans le cadre d’une enquête ont déclaré avoir « un besoin urgent » d’un soutien réglementaire pour le KYC (Know-Your-Customer), processus de vérification d’identité et de solvabilité des clients, là où en Afrique subsaharienne, 45 % de la population (environ 500 millions de personnes) ne dispose pas d’identité officielle.