Économie

Assurances : le partenariat Sanlam-Allianz rebat les cartes en Afrique francophone

La filiale commune de Sanlam et Allianz devrait prendre l’ascendant sur la concurrence, en Côte d’Ivoire, au Cameroun et au Sénégal.

Mis à jour le 4 mai 2022 à 16:00

Le siège de Sanlam, au Cap, en Afrique du Sud. The logo of South Africa’s largest insurer Sanlam is seen outside the company’s headquarters in Cape Town, South Africa March 12, 2020 © Mike Hutchings/REUTERS

Dans un communiqué daté du 4 mai, le groupe allemand Allianz a annoncé avoir noué un partenariat avec le géant panafricain Sanlam afin de constituer une co-entreprise qui rassemblera leurs actifs sur le continent, hors Afrique du Sud.

Plusieurs scénarios – allant d’une alliance globale à la signature de plusieurs accords séparés selon les zones géographiques – avaient été évoqués sur les marchés africains depuis l’annonce, en décembre 2021, de l’ouverture de discussions portant sur la formation d’un « partenariat stratégique » entre le colosse de Munich (148,5 milliards d’euros de revenus en 2021) et le leader africain des assurances (9 milliards de dollars de revenus en 2020).

Présidence tournante

« La co-entreprise abritera les unités commerciales de Sanlam et d’Allianz dans les pays africains où les deux sociétés, ou au moins l’une d’entre elles, sont présentes », explique-t-on dans le groupe allemand, dont la filiale panafricaine, Allianz Africa, est dirigée, depuis novembre 2021, par la Burkinabè Delphine Traoré.

Cette co-entreprise sera le plus grand acteur panafricain de l’assurance

« Les opérations combinées de Sanlam et d’Allianz créeront une entité panafricaine de services financiers non bancaires de premier plan, active dans vingt-neuf pays du continent », complète l’assureur, qui indique que « la Namibie sera incluse à un stade ultérieur » et que « l’Afrique du Sud est exclue de l’accord ».

Selon les projections d’Allianz, cette co-entreprise « sera le plus grand acteur panafricain de l’assurance et devrait se classer parmi les trois premiers sur la majorité des marchés où elle sera présente ». La valorisation des fonds propres de la nouvelle entité est estimée à environ 2 milliards d’euros.

La présidence de son conseil d’administration alternera tous les deux ans entre représentants des deux partenaires. La nomination d’un directeur général devrait être annoncée prochainement.

Plusieurs inconnues demeurent, notamment la date de la conclusion de l’opération, qui dépend de l’approbation de diverses autorités réglementaires. « Jusqu’à la mise au point finale de l’opération (obtention des approbations réglementaires et autres prérequis), nos opérations et nos processus resteront inchangés », indique à Jeune Afrique une source impliquée dans les négociations.

« Nous continuerons à servir nos clients et nos partenaires comme avant. Les deux entités continueront à travailler distinctement. Pour l’instant, nous nous concentrons sur le volet approbation », conclut notre interlocuteur.

Axa, Sunu et NSIA menacés

Sur le papier, la nouvelle entité devrait bouleverser le classement des assureurs dans plusieurs pays d’Afrique francophone. En effet, depuis le rachat, en 2018, du marocain Saham (rebaptisé depuis), Sanlam et Allianz sont au coude-à-coude au sommet de ce palmarès dans plusieurs pays, dont le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Sénégal.

Au Cameroun, sur le marché de l’assurance dommages (Iard), l’alliance entre Sanlam (9 milliards de F CFA, environ 13,68 millions d’euros, de primes émises sur ce segment en 2019) et Allianz (19,9 milliards) devrait leur permettre de doubler AXA, leader avec 20,7 milliards de revenus. Allianz est déjà numéro un de l’assurance-vie dans ce pays.

En Côte d’Ivoire, Sanlam et Allianz sont déjà les leaders de l’assurance non-vie (avec respectivement 56,8 milliards et 25,4 milliards de F CFA de primes en 2019). Sur le segment vie, le groupe allemand est le numéro trois (26,5 milliards) et Sanlam, numéro quatre, avec 25,5 milliards de F CFA de primes. Une alliance entre eux leur permettrait de dépasser Sunu (50,7 milliards de revenus en assurance-vie) et NSIA (30,2 milliards).

Il en va de même à Dakar, où leur poids combiné leur permettrait de déloger Axa de son premier rang dans l’assurance non-vie et Sonam de sa position de leader sur le créneau de l’assurance-vie.

Le cas du Maroc

Au Maroc, où l’avance de Wafa Assurance (18% du marché combiné vie et non-vie en 2021) reste très nette, les nouveaux partenaires pourraient se rapprocher de RMA (15,4%) et prendre l’avantage sur Mutuelle Taamine Chaabi (12,7%).

Sanlam occupe déjà le quatrième rang (11,3% du marché global) et est leader sur la branche non-vie. Allianz Assurance Maroc se classe, en revanche, loin derrière (9e, avec 2,9% du marché global). Ses revenus ont toutefois doublé entre 2019 et 2021. Ils s’élèvent à 302,7 millions de dirhams (28,4 millions d’euros).