Politique

Cameroun : face au RDPC de Paul Biya, l’opposition joue son va-tout

Seize députés du SDF, de l’UDC, du PCRN et de l’UMS créent un groupe parlementaire. Une tentative de tenir tête au parti au pouvoir, ultra majoritaire à l’Assemblée.

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Par - à Yaoundé
Mis à jour le 16 mars 2022 à 13:11

Le Parlement camerounais, à Yaoundé (illustration). © AFP

Conformément aux dispositions de l’article 20 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale, Patricia Tomaino a remis ce 14 mars à Laurentine Koa Mfegue, doyenne de l’hémicycle par l’âge, la liste des membres de l’Union pour le changement, nouveau groupe parlementaire qui rassemble les seize députés des différentes forces de l’opposition.  

Après avoir mis sur pied la plateforme ayant conduit à la proposition d’un nouveau code électoral, ces dernières continuent donc de jouer la carte de l’union. Avec ce nouveau coup politique, l’opposition entend élargir son champ d’action. L’Union pour le changement place en effet en tête de son agenda aussi bien « l’amélioration du quotidien des Camerounais », que « la défense des intérêts du peuple », « la justice sociale », « l’égalité des chances » ou encore « la légifération et le contrôle de l’action du gouvernement ». 

Tout un symbole

Aucun parti n’ayant atteint la barre des quinze députés nécessaires pour se constituer en groupe parlementaire à l’issue des législatives de février 2020, ce front commun était le seul moyen, pour une opposition dont la présence au Parlement s’est réduite comme peau de chagrin, d’en conserver un. L’Union pour le changement succède de fait au groupe parlementaire du Social Democratic Front (SDF, dix-huit députés), actif lors de la précédente législature. Tout un symbole pour cette formation politique jadis leader de l’opposition, dont le plus grand exploit enregistré – une mémorable deuxième place à l’issue de la présidentielle de 1992 – fut à l’époque réalisé par une coalition elle aussi dénommée Union pour le changement.  

Ce nouveau groupe devrait permettre aux députés de l’opposition de renforcer leur présence au sein du bureau de l’Assemblée. « Cela nous donnera droit à un poste de président de groupe parlementaire, lequel prendra part à la conférence des présidents, l’instance qui décide de l’ordre du jour des sessions parlementaires, ainsi qu’à un poste de vice-président, commente Hilaire Nzipang, leader du Mouvement progressiste et membre de la plateforme de l’opposition pour la modification du code électoral. Si on ajoute à cela les quatre postes qui sont déjà occupés par des députés de l’opposition, cela nous fera un total de sept places dans le bureau, et [cela nous permettra] d’être plus présents au sein de l’Assemblée. »  

Cela peut-il créer un véritable rapport de force avec la majorité obèse du RDPC ?

Au sein de l’opinion cependant, nombre d’observateurs voient plus un symbole en ce groupe qu’un instrument susceptible de créer un véritable rapport de force face à la majorité obèse du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir), qui dispose de 152 élus sur les 180 que compte la Chambre basse. « Le SDF a toujours disposé d’un groupe parlementaire, mais il n’a jamais été capable de faire passer la moindre proposition de loi ni même d’introduire un débat sur la crise anglophone en 2016, rappelle un analyste politique. Le système parlementaire est verrouillé.”  

« Désormais, on avance »

« Dans un Parlement ayant cette configuration, on ne peut pas attendre une révolution, admet Parfait Mbvoum, l’un des cadres du SDF. Ce qui est important en revanche, c’est le rassemblement des forces politiques auquel on assiste. On s’est réunis autour du code électoral, aujourd’hui c’est au sein du Parlement. Cela augure de choses meilleures à l’avenir. Les leaders de ne se parlaient pas, c’est désormais le cas, on avance. »  

Cette alliance saura-t-elle s’inscrire dans la durée ? Les divergences souvent observées entre les membres de l’opposition laissent planer le doute quant à la pérennité de la lune de miel. L’épilogue de la plus notoire d’entre elles, celle ayant mis aux prises les députés SDF Jean-Michel Nintcheu et Joshua Osih, est toujours pendante devant les instances de leur parti. En comité restreint, les membres de la plateforme de l’opposition assurent être disposés à faire taire leurs ego et à se plier au collectif. En sera-t-il de même si le pouvoir venait à vouloir piocher au sein de ce groupe les futurs membres de sa majorité ?