Politique

Coup d’État au Burkina : qui sont les hommes de confiance du lieutenant-colonel Damiba ?

Les discussions sont encore en cours autour de la constitution du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR). Mais quelques figures commencent à émerger dans l’entourage du tombeur de Kaboré.

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Mis à jour le 3 février 2022 à 22:06

Portrait du colonel Paul Henri Sandaogo Damiba brandi lors d’une manifestation de soutien à la junte, le 25 janvier 2022, à Ouagadougou © Sophie Garcia/AP/SIPA

Depuis la prise du pouvoir, le 24 janvier,  du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) la discrétion est de mise dans ses rangs. Le nom de son président a été révélé dès la naissance de la junte : Paul-Henri Sandaogo Damiba. Le lieutenant-colonel n’est pas un inconnu. Il avait été promu le 16 décembre commandant de la 3e région militaire, la plus grande du pays, qui couvre Ouagadougou ainsi que les garnisons de Tenkodogo, de Fada et de Pô. Mais des tractations sont toujours en cours pour désigner deux vice-présidents et le coordonnateur du mouvement.

Plusieurs officiers ayant joué un rôle dans les événements restent encore tapis dans l’ombre. Si l’entourage de Damiba est hétéroclite en matière de corps et de générations, tous ces hommes ont un point commun : ils sont passés par le Prytanée militaire du Kadiogo (PMK).

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• Naon Daba

Issu de la même promotion que Damiba, en 1992, le lieutenant-colonel Naon Daba est un de ses hommes de confiance. Il vient d’être nommé commandant de la brigade sapeurs-pompiers. C’est lui qui a notamment échangé avec la délégation ministérielle de la Cedeao le 31 janvier au palais présidentiel de Kosyam. Il a également assisté à la rencontre des émissaires de l’organisation avec le président déchu Roch Marc Christian Kaboré.

En 2015, il faisait partie des services des écoutes des renseignements burkinabè. Ceux-ci sont à l’origine des écoutes téléphoniques qui ont éclaboussé certaines personnalités, dont Djibrill Bassolé ou Guillaume Soro, lors du putsch manqué contre les autorités de la transition politique dirigée par Michel Kafando, en 2015. De 2005 à 2010, il avait été le commandant de l’École nationale de sapeurs-pompiers (ENASAP) basée à Bobo-Dioulasso.

• Victor Koagri Tankoano

Un autre camarade de promotion de Damiba est au cœur du dispositif du MPSR : le commandant Victor Koagri Tankoano, ex-chef de corps du 22ème régiment d’infanterie commando de Gaoua mis à la disposition de l’état-major de l’armée de terre en décembre dernier.

Le 23 janvier, il avait été sollicité par le régime déchu pour mater les mutineries

Né à Fada N’Gourma et âgé de 41 ans, il a été commandant par intérim de l’École nationale de sous-officiers d’active (ENSOA) à Kamboinsin, près de Ouagadougou, du 1er août 2017 au 26 décembre 2018. Il est présenté comme faisant partie du noyau des officiers s’étant opposé au putsch de 2015. Selon nos informations, Tankoano avait été sollicité par le régime déchu pour monter une opération visant à mater les putschistes. Sans succès.

• Cyprien Kaboré

Le 24 janvier dernier, lorsque les putschistes ont proclamé leur prise de pouvoir devant les caméras de la RTB, la télévision burkinabè, c’est le capitaine Sidsoré Kader Ouédraogo, un autre ancien du PMK (promotion 2003), qui a été chargé de lire la déclaration. Mais c’est désormais le lieutenant-colonel Cyprien Kaboré qui est présenté comme le porte-parole du MPSR. Il a lu l’acte fondamental du mouvement, qui comprend 8 titres et 37 articles, à la RTB.

Après sa formation au PMK, Cyprien Kaboré a intégré l’académie militaire Georges Namoano de Pô, d’où il est sorti muni d’un brevet de chef de section en 2003. Il a également suivi plusieurs stages à l’international. En août 2015, il avait pris le commandement du Groupement d’instruction des forces armées (GIFA) situé à Bobo-Dioulasso. Il est aujourd’hui chef de corps de l’académie militaire de Pô.

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Des jeunes lieutenants et capitaines présentés comme des hommes de terrain font également partie de proches conseillers du lieutenant-colonel Damiba. Parmi eux figurent le capitaine Karim Souabou, de la promotion 1998 du PMK, qui officiait jusqu’au putsch à la Direction des sports et le lieutenant Aboubacar Ouattara, de la promotion 2003, est tient le rôle de chargé du protocole de Damiba.

Evrard Somda

Le 1er février, le lieutenant-colonel Evrard Somda a été promu au poste prestigieux de chef d’état-major de la gendarmerie nationale. Nommé commandant des forces spéciales le 16 décembre dernier, il se considère comme un véritable frère d’armes de Damiba. Tous deux étaient ensemble au PMK – au point qu’ils en sont sortis le même jour -, ils ont suivi la même école d’officier. À deux ans d’écart (en 2017 concernant Damiba, en 2017 pour Somda), ils ont intégré l’école de guerre de Paris, et suivi ensemble un master de criminologie au CNAM.

Avant d’être nommé chef d’État-major de la gendarmerie nationale, Evrard Somda a assuré la sécurité du premier ministre Paramanga Tertius Zongo (2007-2011), puis a dirigé l’Unité d’élite de la gendarmerie nationale du Burkina Faso (USIGN), une entité qui a vu le jour en 2013 pour intensifier la lutte contre le terrorisme.

Il a pesé de tout son poids durant le putsch pour éviter un affrontement entre gendarmes et bérets rouges

Somda a pesé de tout son poids durant le putsch pour éviter un affrontement entre gendarmes et bérets rouges. Avec sa nomination, Damiba espère apaiser les tensions entre les deux corps.

Trois civils

Enfin, quelques civils conseillent la junte. Rassablega Seydou Ouédraogo, directeur de Free Afrik, un institut de recherche basé à Ouagadougou, a été approché pour intégrer le comité restreint autour de Damiba. Le constitutionnaliste Luc Marius Ibriga, qui a dirigé l’Autorité supérieure de contrôle d’État et de la lutte contre la corruption (ASCE-LC), conseille également le MPSR. Nourdine Tall, directeur de l’informatique et du fichier électoral à la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), lui aussi promotionnaire de Damiba au PMK, officie également auprès du Mouvement.