Politique

Burkina : ce que la mission ONU-Cedeao a dit au lieutenant-colonel Damiba

Une délégation ministérielle s’est rendue le 31 janvier à Ouagadougou pour voir l’ex-président Roch Marc Christian Kaboré. Et faire passer un message très clair au nouvel homme fort du Burkina.

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Mis à jour le 2 février 2022 à 10:03

La mission ONU-Cedeao, avec le lieutenant-colonel Damiba, au Palais de Kosyam le 31 janvier. © koaci.com

Le 31 janvier, des émissaires de l’ONU et de la Cedeao ont emboîté le pas aux chefs d’état-major du Bénin, du Ghana, de la Guinée-Bissau, du Liberia, du Nigeria et du Sénégal, venus rencontrer deux jours plus tôt à Ouagadougou la junte au pouvoir.

Parmi ces envoyés spéciaux figuraient notamment les ministres des Affaires étrangères Shirley Ayorkor Botchway (Ghana), Mamadou Tangara (Gambie) et Aurélien Agbénonci (Bénin), le représentant spécial de l’ONU en Afrique de l’Ouest Mahamat Saleh Annadif et deux représentants de la Cedeao : Jean-Claude Kassi Brou, président de la commission et le général Francis Béhanzin, commissaire aux affaires politiques, paix et sécurité.

Première étape : le palais de Kosyam, où la délégation s’est entretenue avec un groupe de militaires (accompagnés de quelques civils), conduit par le lieutenant-colonel Naon Daba. Cet officier est considéré comme l’un des hommes de confiance de Paul-Henri Sandaogo Damiba, dont il fut le promotionnaire au Prytanée militaire de Kadiogo (PMK).

Transition courte

Shirley Ayorkor Botchway a alors demandé où était le chef du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) et rappelé que sa délégation était venue à Ouagadougou pour le rencontrer. Réponse des militaires : « Vous pourrez éventuellement lui parler tout à l’heure ».

Après une heure d’échanges « cordiaux », les émissaires de l’ONU et de la Cedeao ont enfin été reçus par Damiba. Le message qu’ils lui ont adressé était clair : il faut revenir à l’ordre constitutionnel et ne pas suivre l’exemple du Mali et de la Guinée. Ils ont préconisé une transition courte (entre 9 et 12 mois maximum), rappelant que tant que la junte demeure dans cette situation d’exception, elle ne pourra pas bénéficier d’aides extérieures.

Ils ont aussi demandé au nouvel homme fort de Ouaga de préparer un chronogramme, mais ce dernier ne leur a pas apporté de réponse concrète. Enfin, ils lui ont fait savoir qu’il fallait qu’il « libère immédiatement » Roch Marc Christian Kaboré. Réponse de Damiba : « nous ne pouvons pas le laisser rentrer chez lui, nous devons le tenir sous bonne garde afin d’assurer sa sécurité ».

Visite encadrée à Kaboré

Puis, ils sont allés rendre visite à l’ancien président, toujours assigné à résidence dans une villa ministérielle dans le quartier de Ouaga 2000. Ils n’ont pas pu le voir seuls, le lieutenant-colonel Naon Daba ayant assisté à la rencontre. Ils ont quitté Ouagadougou en fin de journée.

Leur rapport, ainsi que celui des chefs d’état-major, servira de base au sommet de la Cedeao qui se tiendra le 3 février à Accra. Le 28 janvier, les chefs d’État de l’organisation sous-régionale, réunis en urgence, avaient décidé de suspendre le Burkina de leurs instances. De nouvelles sanctions pourraient être prises. Cette réunion sera aussi l’occasion de faire le point sur la situation en Guinée, où le Conseil national de transition (CNT) a été mis en place le 22 janvier, et sur celle qui prévaut au Mali, après les récentes escalades diplomatiques avec Paris et l’expulsion de l’ambassadeur de France le 31 janvier.