Politique

Burkina Faso : qui est Paul-Henri Sandaogo Damiba, l’homme à la tête de la junte ?

Le 24 janvier, un groupe de soldats a pris le pouvoir en renversant le président Roch Marc Christian Kaboré. L’auto-proclamé Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) a annoncé qu’un lieutenant-colonel de 41 ans, aux états de service brillants, prenait sa tête.

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Par - à Ouagadougou
Mis à jour le 26 janvier 2022 à 12:59

Des partisans de la junte brandissent un portrait du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, à Ouagadougou, le 25 janvier. © AP Photo/Sophie Garcia

Ils étaient des centaines à affluer ce mardi 25 janvier place de la Nation, en plein cœur de Ouagadougou, pour applaudir les militaires putschistes. Le poing levé, brandissant des drapeaux rouges, des centaines de personnes ont gagné la place de la République, en plein cœur de Ouagadougou. La foule acclamait un homme, dont le nom est sorti de l’ombre lundi, aux alentours de 17h30 temps universel, quand un groupe de 14 soldats s’est installé devant les caméras de la télévision nationale pour revendiquer la destitution du président Roch Marc Christian Kaboré.

L’auto-proclamé Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) a annoncé avoir pris le pouvoir, avec à la tête de l’État un lieutenant-colonel de 41 ans originaire de Koupéla, dans le centre du pays : Paul-Henri Sandaogo Damiba. Les membres du MPSR assurent qu’il est déjà au travail, depuis un bureau du camp général Baba Sy : « Avec ses lieutenants, parmi lesquels le commandant Victor Tankouano, il travaille sur la structuration des organes de la transition. »

Excédé par la situation sécuritaire

Son coup d’éclat n’a rien d’improvisé. Selon des proches du chef de la junte, Damiba avait préparé le renversement du régime de Roch Marc Christian Kaboré depuis des semaines, excédé par le traitement réservé à l’armée et les conditions dans lesquels les militaires étaient censés combattre. Il en avait discuté avec ses compagnons de promotion du prytanée militaire de Kadiogo, qui l’ont soutenu et encouragé à passer à l’acte ces dernières semaines.

Auparavant, maintes fois, en opération sur les terrains les plus durs, il avait écrit des lettres, alertant sa hiérarchie. L’attaque d’Inata durant laquelle 53 personnes ont été tuées et les révélations sur les difficultés des gendarmes en poste dans cette localité du Soum ont été l’évènement de trop.

Sa seule lubie ? Une passion pour les grosses cylindrées

Car Paul-Henri Sandaogo Damiba est d’abord militaire de terrain, passé par les meilleures écoles militaires burkinabè. « Rigoureux », aux états de service exemplaires, il incarne si bien sa fonction qu’il est surnommé « l’armée » par ses hommes. Très apprécié par ces derniers, il est décrit comme un soldat intègre qui ne possède qu’une maison en location. Sa seule lubie ? Une passion pour les grosses cylindrées.

Après avoir été formé au prytanée militaire de Kadiogo, où il est entré en 1992, Damiba intègre le centre d’entraînement commando de Pô. Il rejoint plus tard le Régiment de sécurité présidentielle (RSP), la meilleure des unités du pays, dirigée par Gilbert Diendéré, l’ancien chef d’état major particulier de Blaise Compaoré, puis par Isaac Zida, le lieutenant-colonel qui prendra la tête du pays en 2014.

Damiba se fait remarquer par son fort caractère. En 2011, des mutineries de soldats mécontents contre leur hiérarchie secouent le pays : la résidence de Damiba, située dans l’enceinte du Conseil de l’Entente, est alors visée par un tir de roquette. Le lieutenant-colonel est contraint de quitter le RSP.

En première ligne contre les groupes armés

Muté à Dori, dans le Nord-Est, il devient commandant du Régiment d’infanterie commando (RIC), puis prend le commandement du 12e RIC à Ouahigouya et devient le chef des forces anti-terroristes sur ce front. Il opère notamment dans la zone de Djibo, en première ligne dans les combats contre les groupes armés.

Paul-Henri Sandaogo Damiba ne joue aucun rôle en 2015, lors du coup d’État mené par le RSP. Ni soutien ni détracteur de ses anciens camarades. Mais ensuite, il effectue des stages de perfectionnement à l’extérieur du pays. Il complète également sa formation à l’école militaire de Paris, en intégrant la 24e promotion de l’École de guerre, en 2017, et au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) de Paris. Enfin, il déclare avoir une certification d’expert de la défense en management, commandement et stratégie.

De retour au pays, il est promu chef de corps du 30e régiment de commandement d’appui et de soutien (RCAS) basé au camp général Baba Sy encore appelé camp Boiro, l’un des plus grands de la capitale.

Parallèlement, il s’attèle à l’écriture d’un essai, « Armées ouest-africaines et terrorisme : réponses incertaines? », publié en juin aux éditions Les 3 colonnes. L’ouvrage analyse les particularités du terrorisme ouest-africain et critique les réponses apportées par les pouvoirs actuels. Il y raconte aussi son expérience acquise au combat et la dure réalité de la lutte contre le terrorisme.

Très récemment, lors du réaménagement qui a suivi l’attaque d’Inata, le 16 décembre, il s’était vu confier le commandement de la plus importante des régions militaires du pays, la 3e, qui couvre Ouagadougou, Koudougou, Fada N’Gourma et Manga.