Politique

Burkina : les premiers pas du lieutenant-colonel Damiba à la tête de l’État

Près d’une semaine après avoir renversé le président Kaboré, le nouveau dirigeant du Burkina Faso s’est assuré du soutien des différents corps d’armée, et poursuit ses consultations. Il s’est notamment entretenu avec plusieurs chefs d’État de la sous-région.

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Par - à Ouagadougou
Mis à jour le 28 janvier 2022 à 20:07

Capture d’écran d’une vidéo du de la junte militaire du Burkina Faso, Paul-Henri Sandaogo Damiba durant son premier discours, trois jours après sa prise de pouvoir. © AFP PHOTO / Radiodiffusion Télévision du Burkina

C’est en tenue de combat qu’il s’est présenté. Pour sa première allocution à la tête du Burkina Faso, enregistrée depuis le palais présidentiel de Kosyam et diffusée quatre jours après son putsch, Paul-Henri Sandaogo Damiba avait revêtu sont treillis estampillé « Terre du Burkina ». Air grave, ton ferme et déterminé, le chef du Mouvement patriote pour la sauvegarde et la refondation (MPSR) a d’abord salué la mémoire des quelques 2 000 Burkinabè, civils et militaires, tombés en six années de guerre contre les groupes armés terroristes.

« Si les priorités sont nombreuses, il est clair que la principale demeure la sécurité. Il nous faut réduire significativement les zones sous influence terroriste et les impacts de l’extrémisme violent en redonnant aux Forces de défense et de sécurité et aux Volontaires pour la défense de la patrie, la volonté de combattre et d’aller encore plus à l’offensive avec des moyens adéquats », a déclaré le commandant de la 3e région militaire du pays.

Une garde rapprochée hétéroclite

Quatre jours après le renversement du président Roch Marc Christian Kaboré, le lieutenant-colonel n’a pas encore désigné les hommes chargés de le seconder dans sa gestion des affaires du pays. Aucun calendrier de désignation d’un gouvernement ou d’un éventuel transfert du pouvoir n’a été avancé. Il s’appuie pour l’instant essentiellement sur de jeunes officiers, dont certains sont apparus à la Radio-télévision burkinabè (RTB) le 24 janvier au soir.

Ses plus proches conseilleurs forment un ensemble hétéroclite. Ils sont issus de différents corps et ne sont pas de la même génération. Parmi eux : le commandant Victor Tankouano, qui était chef de corps à Gaoua, à la frontière ivoirienne, jusqu’aux remaniements de décembre ; le capitaine Karim Souabou, qui officiait jusqu’au putsch à la Direction des sports ; le capitaine Kader Ouédraogo, pilote de l’Armée de l’air ; ou encore Aziz Aouba, commandant chez les pompiers. « Ce sont des jeunes de confiance qui connaissent le terrain et savent ce qu’il se passe sur le théâtre des opérations. Ils ont pris leurs responsabilités avec pour leitmotiv le patriotisme et la restauration de l’intégrité territoriale », glisse une source proche du MPSR.

Beaucoup de consultations

Alors que la junte travaille à mettre sur pied les organes de la transition, Paul-Henri Sandaogo Damiba a débuté des concertations avec les différentes composantes des forces vives de la nation. « Damiba consulte beaucoup. Il a déjà réussi à ramener l’unité entre les différentes composantes des forces de l’ordre, notamment avec la gendarmerie », poursuit cette source. Les tensions, déjà fortes entre militaires et gendarmes, ont été renforcées par le face-à-face du 23 janvier au soir. Devant la résidence personnelle de Roch Marc Christian Kaboré, les putschistes ont tiré sur des véhicules appartenant à des gendarmes membres de la garde rapprochée du président. « La catastrophe a été évitée de justesse », mais désormais, les différents corps « se sont parlé et tout est rentré dans l’ordre », poursuit notre source.

Le chef des putschistes s’est ainsi entretenu avec l’état-major militaire du régime Kaboré, qui l’a assuré de son soutien, et avec les forces paramilitaires, tels que les représentants de la police et des douanes. Le 25 janvier, dès le lendemain de sa prise de pouvoir, il a reçu les syndicats, et les ministres du gouvernement Lassina Zerbo, le dernier du président Kaboré. Ces derniers sont repartis libres de leurs mouvements, mais ont interdiction de quitter Ouagadougou et de séjourner à l’étranger.

Une médiation ?

Depuis son coup d’État, le chef de la junte n’a en revanche pas vu l’homme qu’il a renversé. Après avoir été arrêté, le président déchu a été placé en résidence surveillée dans une villa du quartier de Ouaga-2000.

La situation au Burkina Faso a été à l’ordre du jour du sommet extraordinaire de la Cedeao, le 28 janvier, lors duquel les chefs d’État ouest-africains ont décidé de suspendre le pays des instances de l’organisation. Si certains proches de Damiba ont évoqué l’entame d’une médiation par Umaro Sissoco Embaló, le président bissau-guinéen a fermement démenti la rumeur. Joint par « Jeune Afrique », il a affirmé qu’il n’en avait jamais été question. Il précise également qu’après avoir été à nouveau discutée entre les dirigeants de la région à Accra, le 3 février, la situation burkinabè sera mise à l’ordre du jour du sommet de l’Union africaine, les 5 et 6 février prochain.