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Guinée : dix choses à savoir sur Ousmane Gaoual Diallo, opposant à Alpha Condé devenu ministre de Mamadi Doumbouya

Il fait partie des rares ministres « politiques » au sein du gouvernement de Mohamed Béavogui. Retour sur le parcours hors norme de ce cadre de l’UFDG en guerre ouverte contre Cellou Dalein Diallo.

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Mis à jour le 11 novembre 2021 à 12:23

Ousmane Gaoual Diallo© DR Ousmane Gaoual Diallo © DR

1. Un ex-opposant parmi les militaires

Ousmane Gaoual Diallo, membre de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), a rejoint un exécutif composé de technocrates et de quelques militaires fidèles à Mamadi Doumbouya. Avec Ibrahima Abé Sylla, le leader de la Nouvelle génération pour la république (NGR), et Alpha Soumah, membre de l’Union des forces républicaines (UFR, de Sidya Touré), il compte parmi les rares « politiques » désignés parmi les anciens opposants à Alpha Condé pour rejoindre l’équipe gouvernementale dirigée par Mohamed Béavogui.

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2. Proche du CNRD

S’il s’employait à entretenir le mystère autour de ses relations avec les putschistes conduits par Mamadi Doumbouya, Ousmane Gaoual Diallo s’est très rapidement trouvé plongé au cœur du dispositif mis en place par le Comité national de rassemblement pour le développement (CNRD), le nom que s’est donné la junte militaire. Il a notamment travaillé au sein d’une commission d’évaluation des marchés publics de l’État mise en place par le nouvel homme fort de Conakry.

Avant même la nomination de Mohamed Béavogui, il rencontrait régulièrement Mamadi Doumbouya

Tout comme le général Aboubacar Sidiki Camara – dit Idi Amin –, Ousmane Gaoual Diallo avait installé son bureau dans la Cité des Nations, non loin du palais Sékhoutouréya et du palais Mohamed V, où a été transférée la présidence. Une position privilégiée, qui lui a permis, avant même la nomination de Mohamed Béavogui, de rencontrer régulièrement Mamadi Doumbouya.

Malgré cette proximité avec le président du CNRD, Gaoual Diallo a dû attendre la toute dernière salve de nominations au sein du gouvernement, le jeudi 4 novembre, pour qu’il n’hérite par décret du ministère de l’Urbanisme, de l’Habitat et de l’Aménagement du territoire.

3. Champion de lutte

Ancien lutteur de haut niveau, il affirme que cette discipline a fortement influencé sa tumultueuse carrière politique, en lui inculquant « la maîtrise de soi et la gestion de la pression ».  Il a défendu les couleurs de la Guinée lors de plusieurs compétitions africaines et mondiales de lutte gréco-romaine. En 1985, alors âgé de 17 ans, il a ainsi été sélectionné au sein de l’équipe nationale junior de Conakry. L’année suivante, il bénéficie d’une bourse de formation en ex-URSS d’un an et demi, attribuée par le Comité international de la solidarité olympique.

Médaillé de bronze au championnat d’Afrique en 1987 à Tunis, il se qualifie pour le championnat du monde de lutte qui se tient la même année en France, à Clermont-Ferrand. Il combattra également sous les couleurs de la Guinée lors des Jeux africains de Nairobi, où il manque de peu la médaille de bronze, terminant quatrième. L’année suivante, il se rendra à Séoul, pour les Jeux Olympique 1988.

4. Opposant à Lansana Conté

Né en 1968 à Labé, dans le nord de la Guinée, Gaoual a commencé à militer dès le lycée. Mais c’est son passage sur les bancs de l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry, où il multiplie les grèves et manifestations, qui sera déterminant.  Farouche opposant à Lansana Conté, il prend à cette époque sa carte au Parti guinéen du peuple (PGP), d’Alpha Abdoulaye Diallo – dit « Portos ». Il y rejoint notamment un autre étudiant de sa génération, Abdoulaye Yéro Baldé, qui deviendra, en 2016, ministre de l’Enseignement supérieur.

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5. Siradiou Diallo pour modèle

À l’époque, il prend pour modèle ses aînés guinéens, les opposants Alpha Condé, feu Siradiou Diallo, ou encore Bah Oury. L’étudiant d’alors s’intéresse aussi à ce qu’il se passe au sein de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI) ou au Sénégal, où Abdoulaye Wade mène la contestation.

6. Long exil

Son activisme contre Lansana Conté lui vaut, comme plusieurs autres étudiants remuants, d’être exclu de l’université. En 1992, Ousmane Gaoual Diallo s’enfuit pour la France, où il poursuit ses études entre Paris et Lyon, avant de partir pour Montréal. Devenu ingénieur en informatique, il mènera une grande partie de sa carrière en France, où il a travaillé dans le secteur bancaire – à la Société générale et à BNP Paribas – et dans l’automobile, chez Renault.

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7. « Gorko soussaye »

De retour en Guinée en 2009, après la mort de Lansana Conté, Ousmane Gaoual Diallo se remet très vite en selle, au sein de l’UFDG, où il acquiert le surnom de « Gorko soussaye » (« l’homme doit oser » en peul), qu’il doit tout autant à sa posture radicale qu’à ses coups d’éclat.

En mars 2011, lors d’une des toutes premières visites officielles d’Alpha Condé en France, Ousmane Gaoual Diallo joue les trouble-fêtes lors d’une rencontre entre le chef de l’État récemment élu et les représentants du Medef. Interpellé ce jour-là, il revient cependant à la charge le lendemain et le surlendemain, parvenant même à empêcher une rencontre prévue entre Alpha Condé et la diaspora… en jetant des grenades lacrymogènes dans la salle où devait se tenir l’évènement.

Au lendemain de la présidentielle de 2020, il est arrêté pour « fabrication et détention d’armes de guerre »

8. Trois incarcérations

De retour en Guinée, il multipliera les sorties tonitruantes à l’encontre d’Alpha Condé. La virulence de ses propos lui vaut d’être écarté par une partie de la presse, qui rechigne à relayer ses attaques verbales extrêmement offensives. Elle lui vaut aussi des ennemis : en 2014, sa villa de Gbessia est brûlée. Il accuse alors « des militants du RPG », le Rassemblement du peuple de Guinée d’Alpha Condé.

Entre 2015 et 2020, Ousmane Gaoual a été incarcéré trois fois. La première fois, en 2015, il passe quelques jours en détention préventive à la prison de Conakry dans le cadre de poursuites pour « coups et blessures » après une bagarre avec un homme d’affaires adjudicateur du marché de fourniture de véhicules à l’Assemblée nationale. Il sera condamné à dix-huit mois de prison avec sursis. Un an plus tard, il est condamné à deux ans de prison pour « outrage au chef de l’État » après avoir traité Alpha Condé de « criminel ». Au lendemain de la présidentielle de 2020, comme plusieurs autres cadres de l’opposition, il sera à nouveau arrêté et incarcéré, cette fois pour « fabrication et détention d’armes de guerre ». Il passera neuf mois en détention préventive.

9. Remise en liberté

Ousmane Gaoual Diallo a acquis la nationalité française lors de son long exil. En janvier 2021, interrogé sur l’incarcération de ce Franco-Guinéen lors d’une séance au Sénat, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a annoncé avoir demandé à ce que l’opposant bénéficie de la protection consulaire, s’est inquiété de son état de santé et a affirmé avoir réclamé aux autorités guinéennes de « prendre les initiatives nécessaires ».

Sa nomination au gouvernement est un coup supplémentaire pour Cellou Dalein Diallo

Il faudra cependant attendre le mois de juillet suivant pour qu’il bénéficie d’une remise en liberté pour raisons de santé, négociée directement avec la présidence. Il quittera alors la Guinée pour se faire soigner en France, où il se trouvait lorsqu’il a appris la chute d’Alpha Condé, le 5 septembre 2021.

10.  Un ambitieux face à Cellou

Dès son élection comme député de Gaoual, en 2013, Ousmane Gaoual Diallo ne cache pas ses ambitions politiques, aux premiers rangs desquelles celle de prendre la suite de Cellou Dalein Diallo à la tête de l’UFDG. Il accuse ce dernier de concentrer tous les pouvoirs entre ses mains et de bloquer l’ascension des éventuels concurrents. S’il l’a accusé d’être trop « mou » face à Alpha Condé, il a changé de position lors de son incarcération, reprochant à Cellou son isolement et se montrant cette fois favorable à l’ouverture d’un dialogue avec Alpha Condé.

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Le patron de l’UFDG a affirmé avoir appris la nomination de Gaoual au gouvernement qu’une fois celle-ci entérinée, assure n’avoir été ni consulté, ni informé. Il a cependant souhaité « bonne chance » – du bout des lèvres – au nouveau ministre issu des rangs de son parti.

Si les deux hommes assurent aujourd’hui entretenir de « bonnes relations », la nomination au gouvernement de ce remuant cadre, en guerre ouverte avec lui au sein de son propre parti, est un revers pour Cellou Dalein Diallo.