Politique

Cameroun : dix choses à savoir sur Nabil Njoya, le nouveau sultan des Bamouns

Le vingtième roi de la dynastie a été présenté au public le 10 octobre, peu après l’inhumation de son père, Ibrahim Mbombo Njoya. Mais qui est Nabil Njoya, 28 ans, choisi parmi 25 princes et princesses ?

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Mis à jour le 13 octobre 2021 à 15:23

Nabil Njoya a été présenté à la population le 10 octobre 2021, à Foumban © MABOUP

1. Dix-sept ans de préparation

Désigné successeur par son père Ibrahim Mbombo Njoya en 2004, Nabil Mbombo Njoya a été initiée dès sa plus tendre enfance aux rites et coutumes du royaume bamoun. Sa jeunesse sera cependant partagée entre la ville de Foumban, dans l’Ouest, et la capitale Yaoundé, où il a été scolarisé chez les pères catholiques du collège Vogt. Après l’obtention de son baccalauréat en 2011, il rejoindra la Saint-John’s University de New York, avant de revenir au Cameroun, où il entamera un cursus d’administrateur civil à l’École nationale d’administration et de magistrature (ENAM) à partir de 2016.

2. Démission

Diplômé de l’Enam en 2018, Nabil Njoya était, quelques temps avant son intronisation, chef de la division juridique auprès des services du gouverneur de la région du Sud. Devenu chef traditionnel, le nouveau sultan est maintenant contraint de se départir de tout engagement civil. Nabil Njoya devrait donc abandonner son bureau d’Ebolowa, dans le Sud, pour définitivement s’installer dans ceux qu’il détient désormais dans le sultanat à Foumban.

La tradition bamoun exige que le nouveau chef trouve une épouse dans les plus brefs délais

3. Célibataire…

Contrairement à son défunt père, qui était marié lors de son intronisation en 1992, le nouveau sultan a été choisi alors qu’il était encore célibataire. Une situation qui ne devrait cependant pas durer. La tradition bamoun exige en effet que le nouveau chef trouve une épouse dans les plus brefs délais.

4. …mais bientôt polygame

Nabil Njoya peut choisir de reprendre certaines des épouses de son père ou de se marier avec ses propres femmes. Cette dernière solution est celle pour laquelle avait opté son père. Dans l’un ou dans l’autre cas, c’est à la famille du notable Nji Monshou que revient la responsabilité de proposer la première prétendante.

Au moment de l’intronisation de Mbombo Njoya, la seule célibataire de ce clan avait trois ans. S’il l’avait prise en charge, il ne l’a cependant jamais épousée. À la majorité de la jeune femme, celle-ci s’était marié à l’un des membres de la cour. Le nombre d’épouses du sultan reste un secret, tout comme leurs âges et leurs fonctions.

5. Première sortie

Nabil Njoya fera sa première sortie officielle le samedi 16 octobre, jour de marché dans la ville de Foumban. Il devrait alors prononcer son premier discours lors duquel il doit donner les grandes lignes de sa politique en tant que souverain.

En attendant, le jeune roi a poursuivi son processus d’intronisation. Deux jours après sa présentation officielle au peuple, dimanche 10 octobre, le sultan Nabil Njoya s’est baigné dans la rivière Nshi de Njiloum, comme le veut la tradition. Il s’est également rendu à Njimon, berceau du royaume bamoun, où il s’est soumis à un rite initiatique vieux de 627 ans, devant l’ensemble des notables de la contrée.

Il devrait poursuivre l’implantation du parti au pouvoir dans son royaume

6. RDPC

Fils d’un pilier du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) au pouvoir dans la région de l’Ouest, Yaoundé fonde un grand espoir dans la capacité du nouveau sultan à contenir l’opposition dans l’un de ses principaux fiefs. Pour le secrétaire général du RDPC, Jean Nkuete, le vœu du parti est « de voir éclore la prise de conscience de l’unité du peuple bamoun sous la conduite du nouveau sultan ». Traduction : que le peuple suive la direction que leur donnera leur nouveau chef. « Le RDPC se tiendra à coté du peuple dans cette quête », a-t-il indiqué.

Mais si Nabil Njoya n’a jamais ouvertement revendiqué la moindre couleur politique, il ne fait aucun doute qu’il ne déviera pas de la ligne tracée par son prédécesseur. Celui qui arpentait les couloirs du sénat aux cotés de son père, membre de la chambre haute du parlement, devrait donc poursuivre l’implantation du parti au pouvoir dans son royaume.

7. Querelles politiques

La division entre les pro et anti-Njoya – pour la plupart des adeptes de l’Union démocratique du Cameroun (UDC) de feu Adamou Ndam Njoya – a rythmé le règne du sultan Mbombo Njoya, qui a été couronné en pleine réouverture du pays au multipartisme.

Les joutes électorales entre les deux camps ont souvent donné lieu à des rixes violentes. La dernière en date, lors des élections locales de février 2020, a entrainé le décès de trois personnes à Koupa-Matapit, un village proche de Foumban. Si certains analystes estiment que l’unité des habitants du royaume est plus forte que leurs divergences politiques, le nouveau sultan n’en aura pas moins la charge de réconcilier un peuple meurtri par les batailles politiciennes. Cela passe notamment par une collaboration avec les autorités municipales emmenées par Tomaino Ndam Njoya, la nouvelle présidente de l’UDC. Cette dernière n’a pas pris part aux funérailles du défunt sultan. Une absence remarquée.

8. 25 princesses et princes

Nabil Njoya est l’un des 25 princesses et princes nés au palais du sultan après qu’Ibrahim Mbombo Njoya a accédé au trône, en 1992. S’il faisait figure de favori pour prendre sa succession, d’autres noms étaient évoqués, au premier rang desquels celui de Njoya Sadou Mbombo Njoya. Parmi ces membres de la famille souveraine, on compte également Seidou Mbombo Njoya, candidat à la président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), Ahmed Mbombo Njoya, entraîneur de l’équipe nationale féminine de basket, ou encore Arouna Mbombo Njoya, directeur du musée du Palais des rois bamouns.

9. Festival Nguon et Musée des rois

Interdit par l’administration coloniale française en 1924, le retour du festival culturel du peuple bamoun – connu sous le nom de Nguon –, à des dates régulières, a été l’un des faits majeurs du règne du sultan Ibrahim Mbombo Njoya. Engagé dans un processus visant à introduire cette cérémonie au patrimoine immatériel de l’Unesco, le nouveau sultan devrait poursuivre cet objectif porté par le peuple bamoun.

Il devrait notamment accompagner la délégation qui ira défendre ce dossier au Sri Lanka lors de la prochaine session du Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel qui se tiendra à Colombo du 13 au 18 décembre 2021.

Il hérite d’un important patrimoine immobilier et de vastes domaines agricoles

Nabil Njoya devra également soigner ses relations avec Yaoundé, qui n’a toujours pas donné son feu vert à l’inauguration du musée des rois bamouns, dont la construction est achevée depuis 2018. Cette cérémonie, à laquelle devaient assister les principaux donateurs, dont les présidents congolais et équato-guinéen Denis Sassou Nguesso et Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, avait été reporté sine die par les organisateurs, à cause de cette fameuse autorisation qui tarde à être délivrée.

10. Patrimoine immobilier

En tant que chef traditionnel de premier degré, Nabil Njoya sera rémunéré par l’État du Cameroun à hauteur de 200 000 francs CFA par mois. Une somme bien dérisoire par rapport à la fortune dont le jeune roi vient d’hériter. Des richesses qui comprennent, outre un patrimoine immobilier dans les villes de Foumban, Douala et Yaoundé, de vastes domaines agricoles dans diverses contrées à l’ouest du pays. Actionnaire de la Société anonyme des brasseries du Cameroun (SABC), Nabil Njoya devrait également récupérer les dividendes dus à son défunt père.