Politique

Cameroun : les coulisses de la succession du roi des Bamouns 

Le nom du nouveau souverain sera dévoilé ce 10 octobre, au lendemain de l’inhumation du sultan Ibrahim Mbombo Njoya. Voici, selon les règles édictées par la tradition, les prétendants au trône.

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Mis à jour le 9 octobre 2021 à 12:41

Le sultan Ibrahim Mbombo Njoya, décédé le 27 septembre. © MABOUP

Le roi est mort, vive le roi ! Le nom du nouveau souverain bamoun sera révélé, ce 10 octobre, tout juste vingt-quatre heures après l’inhumation du sultan Ibrahim Mbombo Njoya, décédé le 27 septembre à Paris. Si la tradition bamoun interdit de spéculer sur ce sujet, les pronostics vont bon train.

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Dans le testament dont il a solennellement révélé, il y a trois ans, avoir transmis un exemplaire au président de la République dès 2004, le sultan défunt a désigné un prince qui sera fait roi, ainsi qu’une princesse, sœur consanguine de ce dernier, qui sera son accompagnatrice.

Selon la tradition, ce duo sera choisi parmi les vingt-cinq princesses et princes nés après le 10 août 1992, date marquant le début du règne de Ibrahim Mbombo Njoya.

Deux noms se détachent

Parmi ceux qui sont nés au palais, deux noms se détachent du lot pour la succession au trône. D’abord celui de Njoya Sadou Mbombo Njoya, diplômé en muséologie, formé aux Beaux-Arts de Besançon, en France, et conseiller au Musée royal de Foumban.

Mais surtout celui de Nabil Mbombo Njoya, 28 ans, diplômé de la Saint-John’s University de New-York et de l’École nationale d’administration et de magistrature de Yaoundé. Chef de division dans les services du gouverneur de la région du sud, il était déjà appelé par certains, du vivant de son père, « prince-héritier ».

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Exit donc le plus connu des princes, Seidou Mbombo Njoya, deuxième de la fratrie, né en 1961, candidat à la présidence de la Fédération camerounaise de football. Ou encore Ahmed Mbombo Njoya, entraîneur de l’équipe féminine de basket du Cameroun, et Arouna Mbombo Njoya, directeur du Musée du Palais des Rois Bamoun, à Foumban. Pourtant, estimant qu’il n’en a pas toujours été ainsi, des voix s’élèvent pour demander le respect du principe d’égalité entre les enfants en matière de succession, comme l’exige la loi camerounaise. Les traditionalistes, eux, établissent un net distinguo entre les règles de succession fixées par la loi et celles édictées par la tradition.

Les femmes privées de trône

Autres personnalités exclues de la course au couronnement : les filles. Même si, par le passé, trois reines ont exercé le pouvoir, dont une pendant trente minutes, avant de passer le flambeau à son fils, afin d’éviter un saut de génération, du grand-père au petit-fils. Le dernier règne féminin, celui de la très indépendante reine Mengab, date de l’an 1400.

En dépit de son influence incontestée, Ndoufou Mbombo Njoya Lantana, 28 ans, fera donc les frais de cette règle qui prive les femmes de trône. Quid de Jennifer Mbombo Njoya ? Si elle a pu peser dans le choix du nouveau roi des Bamouns, notamment en sa qualité de proche conseillère, l’épouse africaine-américaine de Ibrahim Mbombo Njoya sera désormais sans doute une reine parmi d’autres, la mère du nouveau souverain devenant la nouvelle reine-mère.

S’il manque vraiment de maturité, le sultan sera soutenu et encadré par des conseillers

Bien que le pouvoir se transmette exclusivement de père en fils depuis la création du royaume Bamoun, en 1394, on prête au frère et premier adjoint du défunt roi, le docteur Ngoupayou Inoussa Njoya, une forte envie d’accéder au trône. Ceux qui le soutiennent estiment qu’avoir du sang bleu suffit ; ils voient en lui la solution pour pallier le manque d’expérience des princes nés pendant le règne de Mbombo.

Trop jeunes, ceux-ci n’auraient pas la carrure suffisante pour exercer le pouvoir royal dans les conditions actuelles. Nouvelle réponse des traditionalistes : tout prince pubère (dès 15 ans) est habilité à régner. Et s’il manque vraiment de maturité, le sultan sera soutenu et encadré par des conseillers. Seul doit prévaloir le respect des traditions.

Rituel d’intronisation

Après l’ouverture du testament dans la nuit du 9 au 10 octobre, on procédera à « l’arrestation » du souverain désigné. Concrètement, un collège de 32 notables usera de stratagèmes pour le conduire dans l’enceinte du palais et l’enfermer dans l’une des pièces où il subira les premiers rites d’intronisation.

On lui enduira la tête d’une motte de boue extraite du caveau royal, sur laquelle seront plantées douze plumes. Le rituel d’intronisation se terminera au lever du jour par un bain que va lui administrer un chef coutumier, le Foalem, à une quinzaine de kilomètres de Foubam. Le nouveau sultan sera présenté à la Cour d’Apparat à 9 heures, en même temps que la princesse accompagnatrice.