Économie

Madagascar : les détails de l’aide française dans les infrastructures

Antananarivo et Paris ont signé deux accords financiers afin d’améliorer les transports publics et l’accès à l’eau et à l’électricité dans la grande Île. Concrètement, quels changements sont attendus ? Et quels autres besoins pressants demeurent ?

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Mis à jour le 30 septembre 2021 à 16:24

Dans le centre d’Antananarivo, Analakely, qui voit affluer chaque jour des milliers de commerçants est l’un des quartiers les plus denses de la capitale malgache. © Juliette ROBERT/HAYTHAM/REA

Au total, le financement alloué ces dernières semaines par différents organismes français en vue d’améliorer les infrastructures malgaches atteint 150 millions d’euros. Le premier protocole mis en place concerne l’équipement de la capitale Antananarivo d’un téléphérique, et le deuxième la construction d’une centrale hydroélectrique. Les deux accords de financement ont été signés le 20 septembre, moins d’un mois après la finalisation des discussions, le 27 août 2021, à la suite d’un entretien entre le président français, Emmanuel Macron, et son homologue malgache, Andry Rajoelina.

La ligne de téléphérique, longue de 12 km, sera construite par le spécialiste français des téléphériques Poma et Colas(filiale du groupe Bouygues).

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L’infrastructure sera financée grâce à un crédit de 88 millions d’euros de Société générale garanti par la banque publique Bpifrance, et à un prêt direct du Trésor français de 28 millions d’euros.

Antananarivo disposera d’un système de transport inclusif, innovant et respectueux de l’environnement

À Antananarivo, la première ligne, dénommée ligne rouge, soutenue par 56 pylônes et desservant 8 arrêts sur 9,1 km, reliera les deux quartiers d’Anosy et d’Ambatobe en 30 minutes. Un trajet qui prend plus de 3h30 en voiture et comprend plus de 35 arrêts par bus. La ligne jaune soutenue par 19 pylônes et comportant 4 arrêts sur un trajet de 2,6 km mettra Anosy à 10 minutes d’Ambanidia, contre 35 minutes en voiture et 1 heure en bus.

Désenclaver, réduire les GES, développer les mobilités actives

Ces deux lignes sont vouées à transporter environ 30 000 passagers par jour. Cette avancée contribuera significativement à la diminution de la congestion, au désenclavement des quartiers, à la réduction des émissions de CO2 et au développement des mobilités actives.

Moins de 27 % des Malgaches en zone rurale ont accès à l’électricité

D’après le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, ce téléphérique représente les premiers jalons d’un nouveau système de transport public à Antananarivo.

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« Ce projet est une vitrine du savoir-faire français, un exemple éclatant de la capacité de nos entreprises à apporter des réponses concrètes aux enjeux de développement urbain. Poma, leader mondial dans le transport par câble et Colas, solidement implanté à Madagascar, sauront mener à bien ce projet qui permettra à Antananarivo de disposer d’un système de transport public inclusif, innovant et respectueux de l’environnement », a déclaré Franck Riester, ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité.

Manque drastique de moyens

À ce jour, l’île de l’océan Indien produit moins de 500 mégawatts (MW) d’électricité par an, dont plus de 73 % à base de fuel. En 2019, selon la Banque mondiale, à peine 27 % des Malgaches avaient accès à l’électricité. En zone rurale, cette proportion était de 7,7 %. Or le pays dispose d’une capacité hydraulique estimée à 7 800 MW, « dont seuls 2 % sont exploités, laissant 1 500 sites de 10 kW à 600 MW inexploités », selon un rapport du ministère malgache de l’Énergie.

Accès à l’électricité en zone rurale (en % de la population) © Source : Accès à l’électricité en zone rurale (en % de la population), Banque mondiale

Accès à l’électricité en zone rurale (en % de la population) © Source : Accès à l’électricité en zone rurale (en % de la population), Banque mondiale

Face aux besoins accrus en électricité, un accord permettant la construction d’une centrale hydroélectrique (Mandraka III) a été signé entre la France et Madagascar. D’une puissance de 5 MW, cette centrale illustre la stratégie de verdissement des financements exports français visant à répondre au double défi de la transition énergétique : plus d’énergie et moins d’émissions. Même si le principe de l’octroi du prêt du Trésor de 35 millions d’euros a été acté, les négociations relatives au contrat commercial sont toujours en cours.

Le pays table sur un parc de 800 MW à l’horizon 2023

Pour ne rien arranger, Jirama – la compagnie nationale d’eau et d’électricité de Madagascar – est endettée vis-à-vis de ses prestataires à hauteur de 400 millions d’euros.

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Le gouvernement affiche toutefois de fortes ambitions dans le domaine électrique. À l’image de Mandraka III, le gouvernement malgache a lancé des appels d’offres pour « 350 centrales mini-hydroélectriques totalisant une capacité de 1 500 MW », indique le ministère de l’Énergie, qui notait, en 2019, que « quatre projets de barrages sont en attente de développement sous la forme de partenariat public-privé ou selon le modèle EPC : Sahofika (190 à 300 MW) ; Volobe Amont (120 MW) ; Antetezambato (142 à 202 MW) ; et Ambodiroka (42 MW). » Le pays table sur un parc de 800 MW à l’horizon 2023.

 

PIB par habitant en dollars courant à Madagascar et en moyenne dans les pays d'Afrique subsahariennes, hors ceux à revenus élevés. © PIB par habitant en dollar courant à Madagascar et en moyenne dans les pays d’Afrique subsaharienne, hors ceux à revenus élevés. Banque mondiale

PIB par habitant en dollars courant à Madagascar et en moyenne dans les pays d'Afrique subsahariennes, hors ceux à revenus élevés. © PIB par habitant en dollar courant à Madagascar et en moyenne dans les pays d’Afrique subsaharienne, hors ceux à revenus élevés. Banque mondiale

La relance attendue

Le développement de ces infrastructures demandera d’importants investissements autant publics que privés. Outre le gouvernement français, plusieurs partenaires tels que la Banque mondiale (plus de 350 millions de dollars), l’institution allemande de développement KfW (15 millions d’euros), la Banque africaine de développement (plus de 40 millions de dollars), la Belgique (8 millions d’euros) et l’Union européenne (au moins 30 millions d’euros) ont lancé de nombreux programmes de financement et d’appui en faveur de Madagascar ces dernières années.

Du côté du secteur privé, selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), Madagascar a reçu 359 millions de dollars d’entrées d’IDE en 2020, contre 474 millions de dollars en 2019, soit 99 millions de moins en raison de la crise économique mondiale.

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D’après les perspectives de l’Agence française de développement, le déficit du compte courant est attendu à 4,5 % en 2022. Selon le FMI, l’inflation devrait y augmenter à hauteur de 5,7 % du PIB, notamment en raison des importations.

Après un recul de -4,2 % du PIB réel en 2020, le FMI prévoit une reprise de la croissance économique à +3,2 % en 2021. De son côté, la Banque africaine de développement estime que « la reprise devrait être soutenue par un rebond des investissements publics et privés et une reprise des exportations, comme le nickel, le cobalt et la vanille, au fur et à mesure de la reprise de l’économie mondiale et du commerce international ».