Politique

Gestion du coronavirus au Maroc : les bons et les mauvais points du gouvernement

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Déclaration de presse de MM. Sa‚d-Eddine El Otmani et Khalid Ait Taleb suite au passage de la 3ème phase du plan de déconfinement.

Déclaration de presse de MM. Sa‚d-Eddine El Otmani et Khalid Ait Taleb suite au passage de la 3ème phase du plan de déconfinement. © Omar AL MOURCHID/MAP

Alors que le Maroc lève progressivement les restrictions imposées pour lutter contre la propagation du coronavirus, les responsables gouvernementaux ne peuvent échapper à l’évaluation de leur action pendant la crise. Passage au scanner du cabinet du docteur El Othmani.

La crise du Covid-19 a mis à rude épreuve le gouvernement dirigé par Saâdeddine El Othmani. Ce dernier y a lui-même laissé des plumes, suite à des sorties médiatiques hasardeuses. « Nous n’avons pas de vision », avait-il déclaré lors d’une intervention télévisée, début mai, lâchant ainsi un aveu d’impuissance ainsi qu’une formule qui ne manquera pas de le pourchasser.

Certains de ses ministres n’ont pas fait mieux, laissant passer une précieuse occasion de transformer la crise en opportunité, et livrant parfois une véritable démonstration de maladresse politique.

Mais tous les ministres ne sont pas à mettre dans le même panier. Ces cinq derniers mois, certains ont fait preuve d’ingéniosité ou de dynamisme. Tour d’horizon des réalisations des responsables gouvernementaux, selon leur comportement face à la crise du Covid-19.

Les ministres qui ont résisté au virus

Dans une crise sanitaire, c’est tout naturellement le ministre de la Santé qui s’est retrouvé en première ligne. Khalid Aït Taleb, qui a pris en charge le département en octobre dernier, a tenu bon. Sa gestion du volet sanitaire a été efficace, même si certains lui reprochent un excès de prudence et une précipitation dans l’acquisition de masques au prix fort, alors que quelques semaines plus tard, le Maroc en produisait.

Son collègue à l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, a lui aussi été mis sur le devant de la scène : sous sa tutelle, les services de police et les agents d’autorité ont été fermes dans l’application de l’état d’urgence.

À côté de ce duo de technocrates, un trio de ministres appartenant au Rassemblement national des indépendants (RNI) a été très actif durant cette période. Le président de la formation politique et ministre de l’Agriculture et de la Pêche, Aziz Akhannouch, a assuré un approvisionnement normal des marchés en cette période de confinement, qui a coïncidé avec le mois de Ramadan.

Au département de l’Économie et des Finances, Mohamed Benchaâboun a su dynamiser le Comité de veille économique (CVE), dont le rôle a été déterminant dans l’atténuation des conséquences socio-économiques de cette crise inédite.

De son côté, Moulay Hafid Elalamy, en charge du Commerce, de l’Industrie et de l’Économie numérique a trouvé l’astuce pour une réadaptation de l’industrie marocaine, avec l’adoption de mesures incitant les industriels à adapter leurs outils production pour la fabrication de matériel nécessaire pour la lutte contre le Covid.

Autre responsable gouvernemental à avoir bien manœuvré pour s’adapter au contexte : Saïd Amzazi, titulaire du portefeuille de l’Éducation nationale et appartenant au Mouvement populaire (MP). Il a réussi l’exploit de sauver comme il a pu l’année scolaire, en lançant rapidement les cours à distance et en organisant tant bien que mal les épreuves du baccalauréat.

Ceux qui ont présenté des symptômes de faiblesses

S’il y a un volet de la gestion de crise sur lequel le royaume a failli, c’est bien celui du rapatriement des Marocains restés bloqués à l’étranger, après la suspension du trafic aérien et la fermeture des frontières. Nezha El Ouafi, ministre déléguée chargée des MRE (Marocains résidant à l’étranger) a essayé de justifier le fiasco devant les parlementaires, mais la responsable du Parti de la justice et du développement (PJD) n’a fait que s’enfoncer.

Si son ministre de tutelle, Nasser Bourita, a pris son temps pour se prononcer sur le sujet, il s’est au moins montré plus convaincant, et a pu annoncer des mesures concrètes de rapatriement, dont les opérations se poursuivent. Le ministre des Affaires étrangères a néanmoins pu redorer son blason en se voyant confier la mission de coordonner l’aide royale destinée aux pays africains. Son ministre délégué, Mohcine Jazouli, en principe chargé de la coopération avec les pays du continent, est resté curieusement effacé.

Acheminement d’aides médicales à plusieurs pays africains afin de les accompagner dans leurs efforts de lutte contre le Covid-19.

Acheminement d’aides médicales à plusieurs pays africains afin de les accompagner dans leurs efforts de lutte contre le Covid-19. © MAP

Pour sa part, Aziz Rebbah ministre de l’Énergie, s’est contenté de faire des apparitions au début de la crise pour rassurer quant à la capacité du royaume à satisfaire ses besoins énergétiques. Avant de s’évaporer dans la nature et de faire profil bas.

Idem pour sa collègue du PJD, Jamila El Moussali. La ministre de la Solidarité s’est cantonnée à piloter quelques opérations d’accueil de sans-abri au début du confinement, alors que le contexte lui ouvrait un boulevard pour s’illustrer.

Autre ministre n’ayant pas fait ses preuves : Nadia Fettah, la nouvelle recrue du RNI, qui s’était vue confier le département du Tourisme. Si celle-ci est restée discrète durant la phase de confinement, elle est aujourd’hui attendue pour relever le difficile défi d’accompagner la relance du secteur.

Les ministres au chômage technique

Abdelkader Amara s’est distingué en tant que seul membre du gouvernement à avoir été affecté par le coronavirus. Sa convalescence au sein de l’hôpital militaire de Rabat ne l’a pas empêché de rester en télétravail, mais le ministre des Transports n’a pas eu fort à faire. Son département tournait quasiment en pilotage automatique, tout comme le ministère des Affaires islamiques dirigé par Ahmed Toufiq.

Après la fermeture des mosquées, décidée après consultation du conseil des Oulémas, les activités religieuses qui se tiennent traditionnellement pendant le mois de Ramadan ont toutes été annulées.

Mais le ministre le plus été affecté par le chômage technique imposé par le contexte n’est autre que Nezha Bouchareb. La ministre de l’Habitat s’est retrouvée, à l’instar du marché immobilier, en arrêt quasi total d’activité. Et alors que la question de la relance se pose aujourd’hui, elle reste hors des radars médiatiques.

Ceux qui ont failli y passer

Mohamed Benabdelkader aurait pu être une des vedettes de cette période de confinement. Le département de la Justice qu’il dirige a déployé des efforts louables pour assurer des procès à distance. Mais l’unique membre de gouvernement appartenant à l’Union socialiste des forces populaires (USFP) n’a pas surfé médiatiquement sur cet exploit.

Bien au contraire, il a dû courber l’échine pour laisser passer la vague d’un scandale politique dont il était à l’origine. Son projet de loi sur les réseaux sociaux, jugé liberticide, a ainsi failli lui coûter son maroquin.

Il aurait pu subir le même sort que son ancien collègue Hassan Abyaba, éjecté en plein confinement du triple département (Culture, Jeunesse et Sports) et du porte-parolat du gouvernement pour ses bourdes répétitives.

Deux autres ministres sont également passés tout près de prendre la porte du gouvernement dès la sortie du confinement. Il s’agit des figures emblématiques du PJD que sont Mustapha Ramid et Mohamed Amkraz. Respectivement ministre d’État chargé des droits de l’homme et ministre du Travail, les deux anciens avocats se sont retrouvés au cœur d’un scandale de fraude aux cotisations sociales. Une affaire qui a révélé au grand jour la face obscure d’un parti, dont le fonds de commerce politique repose essentiellement sur sa probité aux yeux de ses électeurs.

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