Politique

Mohammed VI : une riposte royale face au coronavirus

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Mis à jour le 02 juillet 2020 à 18h14
Mohammed VI (au centre) lors de la célébration de la Nuit du destin, le 20 mai, au Palais royal de Rabat.

Mohammed VI (au centre) lors de la célébration de la Nuit du destin, le 20 mai, au Palais royal de Rabat. © MAP

Tout au long de la pandémie de Covid-19, le roi a prescrit la plupart des mesures drastiques entreprises par le Maroc, sur fond de volontarisme politique et sanitaire.

Les deux événements n’ont bien sûr rien de commun, si ce n’est la date – le 14 juin 2020 – et l’identité de leur singulier acteur : celui par lequel, au Maroc, tout devient un, le roi Mohammed VI. Ce dimanche-là, dans la clinique du Palais royal de Rabat, cinq cardiologues réputés procèdent avec succès à une opération « techniquement simple, relativement courte, peu risquée et avec d’excellents résultats », si l’on en croit les spécialistes : une ablation cardiaque par radiofréquence destinée à débarrasser le monarque d’une arythmie récidivante du cœur, pour laquelle il avait déjà été soigné dans une clinique de Neuilly, à l’ouest de Paris, en février 2018.

Ce même 14 juin commence dans l’aéroport de Casablanca une opération d’un autre type. Étalée sur quatre jours et mobilisant huit avions de la RAM, elle consiste à livrer à une quinzaine de pays subsahariens plusieurs millions de masques et d’équipements sanitaires, mais aussi ce qui manque le plus dans les dons chinois au continent : des traitements, en l’occurrence 90 000 boîtes de chloroquine et d’azithromycine made in Morocco.

Action directe

Plutôt que de participer à des visioconférences de chefs d’État sur le coronavirus, dont l’utilité est souvent inversement proportionnelle à la médiatisation, M6 a choisi ce que l’on pourrait appeler l’action directe, même en faveur de pays qui ne lui sont pas a priori acquis sur le dossier du Sahara, comme la Tanzanie et l’Angola. Et il a attendu, pour ce faire, que la production marocaine en équipements et en médicaments ait dépassé un seuil que le royaume a été, sur le continent, le seul à atteindre : celui de l’autosuffisance.

Toute la gestion de la riposte à la pandémie au Maroc porte la marque d’un roi qui, dès le début, a prescrit la plupart des mesures drastiques prises sur fond de volontarisme politique et sanitaire. Le premier cas de Covid-19 est détecté le 2 mars dans le royaume. Le 15 mars, un fonds spécial consacré à la riposte et doté d’un budget de 10 milliards de dirhams (près de 915 millions d’euros) est créé. À titre d’exemple, et puisque ce fonds est ouvert aux dons privés, M6 l’abonde de 2 milliards via le holding royal Al Mada.

Le 16 mars, les écoles et universités sont fermées. Le 20 mars, alors que le nombre de cas n’atteint pas les 90, le confinement des 35 millions de Marocains est décrété ainsi que l’état d’urgence. Le 23 mars enfin, M6 décide de passer au « tout-chloroquine » et ordonne le rachat de l’intégralité du stock de Nivaquine et de Plaquenil détenu par la filiale marocaine du laboratoire Sanofi.

Police, gendarmerie et blindés dans les rues, contrôles, sanctions, arrestations de contrevenants : l’encadrement du confinement est immédiatement strict, avec le souci permanent d’éviter les débordements. Quatorze semaines plus tard et après un lockdown (en grande partie levé le 10 juin) parmi les plus longs au monde, les résultats sont là : une pandémie globalement maîtrisée et relativement peu létale si on la compare aux voisins algérien et espagnol.

Réactivité

Outre cette réactivité, ce qui frappe les observateurs c’est aussi la capacité d’adaptation dont l’industrie marocaine a su faire preuve tout au long de la crise. Reconfigurer l’outil industriel pour la production intensive de masques, de gel hydroalcoolique et de respirateurs au point d’être en capacité de les exporter vers la France, le Mexique, l’Arabie saoudite ou encore l’Afrique du Sud, est un exploit auquel on ne s’attendait pas. À moins de se remémorer cette phrase de l’historien Daniel Rivet expliquant l’entrée des Marocains dans la modernité par « leur aptitude à surfer sur la complexité des mondes, à faire avec l’hétérogène et à se débrouiller avec le composite ».

Pour ce faire, nombre d’entrepreneurs et de start-up ont eu recours à des solutions numériques innovantes – notamment dans le partage de l’information – qui seront demain autant d’accélérateurs de la transformation digitale du royaume.

Bien évidemment, l’épreuve du confinement, qui a fait perdre l’équivalent de 100 millions de dollars par jour à l’économie marocaine, a été rude et ses lendemains s’annoncent douloureux. La communication a été trop longtemps aléatoire, voire calamiteuse par moments, lorsque le Premier ministre Saadeddine El Othmani, avant de se rattraper, a avoué le 8 mai sur la chaîne officielle qu’il n’avait « pas de vision » pour la sortie du tunnel.

Soutien à l’économie

Mais cette singularité du plan de soutien à l’économie qu’est l’ampleur, voulue par le roi, de l’appui au secteur informel (5 millions de ménages à revenus modestes ont été financièrement aidés) fait que le Maroc sortira sans doute du choc dans une situation sociale moins dégradée que ses voisins.

Il est à la fois point de convergence, carrefour névralgique et dynamo spirituel d’une nation dont il actionne la plupart des fils

À la fois point de convergence, carrefour névralgique et dynamo spirituel d’une nation dont il actionne la plupart des fils, Mohammed VI a joué, tout au long d’une crise pendant laquelle ses compatriotes ont traversé un mois de ramadan particulièrement difficile, un rôle de sultan et de chef d’État moderne, mais aussi d’imam : c’est en réponse à sa demande de fatwa que le Conseil des oulémas a procédé, dès le 16 mars, à la fermeture des mosquées.

Conscient du fait que c’est surtout en recherchant les voies de leur salut que les Marocains, depuis des siècles, font société, ce souverain de 56 ans incarne comme peu de ses prédécesseurs ce que l’historien allemand Ernst Kantorowicz appelle dans un livre devenu culte « les deux corps du roi » : un corps d’homme sujet comme tout autre aux aléas de la complexion, logé dans le corps immortel de son royaume.

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