Politique

Vers un gouvernement d’union nationale au Maroc ?

| Par - correspondant à Rabat
Le chef du gouvernement marocain, Saadeddine El Othmani, à la Chambre des représentants, en avril 2020.

Le chef du gouvernement marocain, Saadeddine El Othmani, à la Chambre des représentants, en avril 2020. © Hassan Baayou/MAP

Devant la perspective d’un report des élections de 2021, plusieurs voix appellent à la formation d’un gouvernement d’union nationale, qui ferait la part belle aux technocrates. Une idée qui commence à faire son chemin au sein de la sphère politique marocaine, malgré des réticences de certains partis.

2020 aurait dû être cette année pré-électorale durant laquelle la compétition entre formations politiques s’accentue crescendo. Elle a finalement donné lieu à une forme d’union sacrée entre partis face au Coronavirus, matérialisée dès les premières semaines de la crise par des communiqués communs signés par tous les grands mouvements politique du royaume — majorité comme opposition — pour saluer « les efforts fournis par les autorités sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi » ou dénoncer « les rassemblements irresponsables » au début de l’état d’urgence sanitaire, soutenus par certaines courants politiques.

Jusque-là, ce type de déclaration concertée était réservé à des causes majeures telles que l’atteinte à l’intégrité du territoire. Raison pour laquelle, au fil du temps, cette union de façade tend à se  fissurer. À commencer par l’imbroglio juridico-médiatique autour du projet de loi sur les réseaux sociaux, qui a offert à l’opposition l’occasion rêvée de déterrer la hache de guerre. Et, après une brève accalmie, les hostilités ont repris de plus belle avec l’ouverture de la session du printemps du Parlement.

Calendrier électoral

Lors de son dernier passage devant l’hémicycle, Saâdeddine El Othmani a essuyé les critiques de ses opposants. Abdellatif Ouahbi, secrétaire général du Parti authenticité et modernité (PAM), a reproché au Chef de gouvernement « de ne pas exercer toutes ses attributions », en référence à la marge de manœuvre dont dispose le ministre des Finances Mohamed Benchaâboun, qui préside le Comité de veille économique (CVE) appelé à gérer le plan de relance.

Driss Lachgar, premier secrétaire de l’USFP, plaide pour un gouvernement de salut national qui n’exclut personne

Aujourd’hui que le Maroc sort progressivement de son confinement, la vie politique reprend aussi au sein des états-majors des partis. Une question revient avec insistance à chaque réunion : le double scrutin communal et législatif attendu en 2021. « Jusqu’à décision contraire, les dates des élections sont maintenues », se rassure Slimane Amrani, numéro 2 du Parti justice et développement (PJD). Méthode Coué ? D’autant que la question de la date n’était même pas tranchée avant le déclenchement de la crise sanitaire.

Début mars, Saâdeddine El Othmani avait tout juste lancé les premières concertations pour une révision du Code électoral, réclamée par de nombreux ténors comme préalable à l’organisation des scrutins. « On était déjà en retard et on se fixait comme objectif de finaliser la révision des textes de loi traitant des élections durant cette session même du printemps. Cette échéance semble aujourd’hui compromise, compte-tenu des priorités imposées par le contexte », explique à Jeune Afrique un député.

L’exécutif actuel pourrait donc voir son mandat prolongé. Aussi, Driss Lachgar, premier secrétaire de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), plaide pour un « gouvernement de salut national qui n’exclut personne ». Sa proposition a suscité une levée de boucliers de quasiment toutes les formations politiques, certaines jugeant que Lachguar tente de détourner le débat de la crise interne à son parti. « L’appel à constituer un gouvernement d’union nationale ne peut provenir que d’une partie qui n’est pas démocratique », a commenté Abdellatif Ouahbi, secrétaire général du PAM, opposé à l’idée.

Une pétition pro-technocrate

Les autres formations estiment l’idée farfelue, voire fatale pour « l’option démocratique ». Quant au PJD, principal concerné et potentiellement pénalisé par une telle mesure, il a pondu une réponse cinglante, dans un article publié sur son site web, qui qualifie la manœuvre de « réaction politicienne loin de toute logique » d’un parti « adepte de petits calculs politiques ». « Comme si le Maroc traversait une crise qui menacerait la stabilité de ses institutions et la capacité de l’État à poursuivre sa mission ! », s’agace l’auteur de l’article.

Le débat sur la constitution d’un gouvernement apolitique continue d’agiter les réseaux sociaux

Abdellatif Ouahbi estime néanmoins qu’en cas de report des élections, « il faudrait revoir plusieurs volets, dont la composition du gouvernement d’union nationale, et notamment qui le présiderait. » Mais pour l’heure, les partis restent confiants quant au maintien des deux scrutins de 2021. Et gardent espoir quant à la reprise des concertations au sujet des lois électorales, et ce dès la fin du confinement

Le débat sur la constitution d’un gouvernement apolitique continue néanmoins d’agiter les réseaux sociaux. Une pétition a été lancée pour la formation d’une équipe de technocrates, arguant que les responsables gouvernementaux les plus compétents sont généralement recrutés en dehors des cercles partisans. En ces temps de crise, le choix cornélien entre option démocratique et approche pragmatique se pose avec plus d’acuité.

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