Politique

[Tribune] RDC : soixante ans après l’indépendance, brisons le cycle de la dépendance

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Mis à jour le 26 juin 2020 à 19h11

Par  Patrick Muyaya Katembwe

Député du Parti lumumbiste unifié depuis 2011, Patrick Muyaya Katembwe est président du Réseau de jeunes parlementaires congolais, co-fondateur et rapporteur du Réseau de jeunes parlementaires au sein de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie.

Le président Joseph Kasa-Vubu, le 30 juin 1965, lors de la célébration du cinquième anniversaire de l'indépendance du Congo.

Le président Joseph Kasa-Vubu, le 30 juin 1965, lors de la célébration du cinquième anniversaire de l'indépendance du Congo. © AFP

Il est temps de concrétiser le rêve de nos pères fondateurs et de construire une véritable indépendance politique et économique. La classe politique doit aujourd’hui se rassembler dans un sursaut patriotique.

Histoire, mémoire. Des mots très en vogue par les temps qui courent, avec la vague Black Lives Matter venue d’Amérique. En Afrique, elle ne soulève pas les foules mais elle ravive le triste souvenir d’une colonisation sauvage dont les stigmates restent vivaces.

Ce mouvement coïncide, cette année, avec les soixante ans de l’indépendance de nombreux pays africains. Mais le faste prévu ne sera pas déployé. La pandémie de coronavirus venue de Chine impose son ordre. Elle a changé les règles de vie et dicte au continent des méthodes radicales de lutte contre sa propagation.

C’est dans la méditation que Kinshasa célébrera l’indépendance. Ce jour qui rappelle le combat des Pères fondateurs qui se sont affranchis, de haute lutte, du joug du colonisateur. Mais soixante ans après, leur rêve de grandeur semble s’éloigner de plus en plus. Nous, leurs descendants, n’avons pas pu assurer la pérennité de leur combat avec un engagement patriotique réel. Et pourtant, nous sommes mieux préparés et plus outillés. À qui la faute ? À l’héritage et à la culture politiques.

« Servir et non se servir »

Nous avons ainsi développé une dépendance à des pratiques qui plombent toute évolution vers une véritable indépendance politique et économique.

Primo : le tribalisme. Le recours à la tribu, facteur de réunification qui s’imposait avant l’indépendance, reste l’ultime rempart des hommes politiques soixante ans après. Et pourtant, tous se réclament de la République qui s’appuie sur des valeurs supplantant toutes les considérations tribales.

Secundo : le culte de la personnalité. Mobutu reste celui qui aura façonné le modèle du politique congolais, friand de gloire et d’honneurs. Il est difficile aujourd’hui d’établir une différence claire entre les concepts de « président-fondateur » et d’« autorité morale ».

Même avec des objectifs partagés, nous sommes incapables de nous unir.

Tertio : le rapport au pouvoir. On se souvient de l’expression « Servir et non se servir », symbole du ras-le-bol de Mobutu face à l’égoïsme de ses dignitaires qui privilégiaient leurs intérêts à ceux de l’État. Et de l’aveu de Joseph Kabila : « Je n’ai pas réussi à changer l’homme congolais. » En trois décennies, nos dirigeants ont reproduit les mêmes comportements : népotisme, corruption, détournement des deniers publics, etc.

Arrivée du président Mobutu et de sa femme Marie-Antoinette à Kinshasa, le 20 avril 1977, au Zaïre.

Arrivée du président Mobutu et de sa femme Marie-Antoinette à Kinshasa, le 20 avril 1977 au Zaïre. © CILO/Gamma-Rapho via Getty Images

Quarto : la division. Même avec des objectifs partagés, nous sommes incapables de nous unir. Le plus grand gâchis, c’est de voir que nous comptons des milliers de talents dans notre pays mais que nous sommes incapables de construire une intelligence commune pour sortir le pays de la pauvreté.

Voici résumées les tares qui caractérisent la classe politique et plombent le développement de ce pays-pilier pour l’essor de l’Afrique. En soixante ans, nous n’avons pas pu égaler le travail de construction du pays abattu par les Belges. Alors que la pression démographique ne fait que s’accroître, aucun espoir de relance n’est permis si l’on ne combat pas, de manière acharnée, ces fléaux.

Jeunesse brillante

« Nous briser pour nous reconstruire », voilà la clé. Ceci impose une prise de conscience collective autour du diagnostic et requiert un leadership fort pour la mise en œuvre de solutions adaptées. Le président de la République, Félix Antoine Tshisekedi, doit aujourd’hui concilier les intérêts, toujours divergents, d’une élite boudée par le peuple.

Certes, nous n’avons jamais été si nombreux et si pauvres. Mais jamais nous n’avons autant compté de Congolais préparés et prêts à relever les défis de notre temps. Il faudrait, dès à présent, que les politiques s’accordent à construire une colonne vertébrale sur laquelle peuvent se greffer les différents talents, pour donner une nouvelle chance au pays.

La jeunesse de la RDC est une des plus brillantes du continent. Elle a développé une résilience qui lui sert de ressort pour entretenir le rêve d’un pays fort. Il lui faut créer l’écosystème, fait de lois et de politiques publiques, qui lui permettra d’atteindre son plein potentiel.

J’exhorte le président Tshisekedi à rassembler autour de lui son prédécesseur Joseph Kabila et ses opposants.

Sursaut patriotique

Un sursaut patriotique s’impose pour marquer ce nouveau départ. J’exhorte le président Tshisekedi à rassembler autour de lui son prédécesseur Joseph Kabila, les opposants Jean-Pierre Bemba, Adolphe Muzito, Martin Fayulu, des représentants de Vital Kamerhe et Moïse Katumbi pour qu’ils discutent et élaborent un schéma pour la mise en œuvre des réformes qu’ils réclament tous et qui vont jeter les bases de la transformation du pays.

Il n’aurait pas meilleure preuve de patriotisme pour ces principaux leaders qui prétendent tous aimer le Congo et vouloir défendre son bien au prix de leur vie.

« Nous briser pour nous reconstruire. » Ces mots s’imposent et signifient le début de la fin de la dépendance ainsi que la construction d’une véritable indépendance politique et économique.

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