Sécurité

Mutinerie au Cameroun : Mamadou Mota du MRC et une centaine de prisonniers détenus au secret

Mamadou Mota, le  vice-président du MRC, parti de Maurice Kamto.

Mamadou Mota, le vice-président du MRC, parti de Maurice Kamto. © Page officielle Facebook Mamadou Mota.

Plus d’une centaine de prisonniers, dont le vice-président du MRC de Maurice Kamto, sont toujours détenus au Secrétariat d’État à la Défense (SED), accusés d’être les « meneurs » de la mutinerie à la prison centrale de Yaoundé. Les acteurs politiques, eux, s’inquiètent du sort qui leur sera réservé.

Près de 200 prisonniers manquaient toujours à l’appel à ,la prison centrale de Kondengui ce mercredi 24 juillet, 48 heures après la mutinerie qui y a été organisée par des détenus politiques et séparatistes anglophones. Après ces événements violemment réprimés par les autorités pénitentiaires qui assistaient les agents de la police et de la gendarmerie, une centaine de détenus ont été extraits de la prison et conduits vers une destination alors inconnue.

C’est le ministre de la Communication qui donnera finalement les premières informations sur ces transferts engagés dans la nuit du lundi et qui se sont poursuivis tout au long de la journée du mardi. « Cent soixante dix-sept détenus repérés parmi les meneurs [de la mutinerie, ndlr] ont été interpellés, et sont à l’heure actuelle en exploitation dans les services de la police et de la gendarmerie », a affirmé le ministre René Emmanuel Sadi, dans un communiqué rendu public dans la soirée du 23 juillet.

Le SED, le « Guantanamo » camerounais

Selon des sources proches du dossier contactées par Jeune Afrique, les « meneurs » dont il serait question dans la communication du porte-parole du gouvernement comprendraient non seulement des leaders sécessionnistes détenus dans le cadre de la crise anglophone, à l’instar de Mancho Bibixy, Penn Terence et Felix Ngalim, mais aussi des opposants politiques arrêtés dans le cadre des marches blanches du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC). Il s’agit notamment du vice-président du MRC, Mamadou Mota, qui apparaissait sur une des vidéos de la mutinerie ayant circulé sur la Toile, exigeant une descente du ministre de la Justice Laurent Esso pour désamorcer les tensions au sein de la prison.

Selon les mêmes sources, la majeure partie de ces personnes a été conduite au Secrétariat d’État à la Défense (SED), où se trouve la prison secondaire de Yaoundé, un établissement annexe de celle de Kondengui. Un endroit cependant considéré comme le « Guantanamo » camerounais, et régulièrement cité par les organismes de défense des droits de l’homme comme étant un centre de torture.

Un « traitement dégradant et inhumain »

Un lieu de détention désormais au cœur des inquiétudes exprimées par les proches de ces détenus, alertés de leur transfert via les réseaux sociaux. Des craintes renforcées après la diffusion sur la Toile d’une photo de Mamadou Mota, dénudé et entouré d’agents de sécurité au fond d’un pick-up. De quoi susciter une vive émotion au sein de l’opinion publique et entraîner des réactions de désapprobation.

« Le MRC s’offusque du traitement dégradant et inhumain infligé par des forces de la gendarmerie nationale à son vice-président et aux prisonniers politiques déportés à ses cotés », a affirmé dans un communiqué Olivier Bibou Nissack, le porte-parole de l’opposant Maurice Kamto, leader du parti. « Ces gens sont détenus au secret. Leurs avocats n’ont pas été autorisés à les rencontrer. La discipline au sein de la prison est assurée par les autorités pénitentiaires. De toute évidence, on en est très loin », souligne Me Hyppolite Meli, l’un des avocats du MRC.

Du côté du gouvernement, l’on insiste sur la gravité des conséquences engendrées par ce mouvement de protestation qui s’est transformé en une « insurrection violente ». « La première évaluation de cet incident fait état d’importants dégâts matériels enregistrés (…). Du fait des actes d’agression perpétrés par lesdits insurgés, deux détenus ont été blessés dans leurs quartiers respectifs », a ainsi indiqué le ministre René Emmanuel Sadi.

Peu de cas a cependant été fait du fond des revendications en elles-mêmes, le porte-parole du gouvernement se contentant d’affirmer que « le gouvernement entend œuvrer à une diligence des procédures en cours ».

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