Politique

Togo : ce que la justice reproche à Jean-Paul Oumolou

Par - à Lomé
Mis à jour le 16 novembre 2021 à 09:13

Jean-Paul Oumolou est l’ancien président du collège des délégués de l’Université de Lomé. © DR

Critique virulent du pouvoir, l’opposant a été présenté à un juge le 12 novembre. Accusé notamment d’incitation à la révolte et d’apologie de crime, il encourt vingt ans de prison.

La nouvelle de son arrestation à Lomé, le 4 novembre au petit matin, s’était répandue comme une trainée de poudre dans les rues de la capitale et au sein de la diaspora, qui s’est mobilisée ces derniers jours pour obtenir sa libération.

Le 12 novembre, Jean-Paul Oumolou a finalement été déféré devant un juge d’instruction. L’opposant, interpellé par des hommes de l’Unité spéciale d’intervention de la gendarmerie (Usig) alors qu’il se trouvait dans une maison du quartier d’Hédzranawoé, est officiellement accusé d’« incitation à la révolte contre l’autorité de l’État », d’« outrage envers les représentants de l’autorité publique », de « diffusion de fausses nouvelles» et d’« apologie de crime ».

Vidéos à charge

Jean-Paul Oumolou n’est pas une figure de l’opposition togolaise, mais ce n’est pas un inconnu non plus. Ancien président du collège des délégués de l’Université de Lomé, il avait été arrêté, en décembre 2004, après avoir notamment réclamé de meilleures conditions d’étude. Il avait été libéré quelques semaines plus tard, en février 2005, alors que le président Gnassingbè Eyadéma venait de s’éteindre. Réfugié en Suisse, il n’avait pas renoncé à se faire entendre.

En 2018, dans la foulée des manifestations qui avaient ébranlé le pouvoir de Faure Essozimna Gnassingbé et alors que le bras de fer s’intensifiait en amont de l’élection présidentielle de 2020, Jean-Paul Oumolou avait appelé le peuple et l’armée à empêcher le chef de l’État sortant de briguer un nouveau mandat.

C’est à la candidature de l’ancien Premier ministre Agbéyomé Kodjo qu’il avait ensuite apporté son soutien. Et lorsque, contestant les résultats officiels, Agbéyomé Kodjo s’est proclamé président élu et a entrepris de constituer son administration, Jean-Paul Oumolou s’est vu confier le « poste » d’ambassadeur auprès des Nations unies, à Genève. Depuis, l’opposant n’a eu de cesse de pourfendre ceux qui doutaient de la victoire de Kodjo, lui-même accusé d’atteinte à la sécurité intérieure de l’État et en fuite.

Pendant les huit jours qui se sont écoulés entre l’arrestation et la présentation d’Omoulou à un juge, les enquêteurs ont eu tout loisir d’exhumer des documents et des vidéos l’incriminant sur les réseaux sociaux. Il a depuis longtemps en effet choisi ces derniers pour communiquer et réclamer l’alternance au Togo.

« Officiers de pacotille »

Le 24 septembre, réagissant au coup d’État perpétré en Guinée par les forces spéciales contre le régime d’Alpha Condé, il s’en est ainsi violemment pris à l’armée togolaise sur sa page Facebook : « Officier togolais, officiers de pacotille. Vos collègues de grades inférieurs et plus jeunes que vous sauvent leurs populations mais vous, vous [n’êtes] qu’une garde prétorienne et milicienne contre votre propre peuple », écrivait-il, ajoutant qu’il « suffisait d’une balle pour neutraliser chaque tyran du régime ».

Jean-Paul Oumolou doit faire face à la justice

Premier regroupement de l’opposition à réagir à l’annonce de cette arrestation, la Dynamique Monseigneur Kpodzro, proche d’Agbéyomé Kodjo, s’est indignée face à ce « kidnapping »  et a mis en garde les autorités contre « tout ce qui pourrait [lui] arriver dans sa détention arbitraire ».  « Cette arrestation illustre la fébrilité du régime », ajoute un responsable du mouvement, qui demande sa libération immédiate et sans conditions.

Dans les rangs de l’Union pour la République (Unir, au pouvoir), dont plusieurs cadres ont été publiquement épinglés par Oumolou dans le passé, on rétorque que personne n’est au-dessus des lois. « Jean-Paul Oumolou doit faire face à la justice, conclut un cadre du parti qui a requis l’anonymat. On ne peut pas diffamer d’honnêtes citoyens et appeler à la révolte impunément dans un pays doté d’institutions républicaines. »

L’activiste encourt jusqu’à vingt ans de prison ferme.