Politique

Togo : privée d’Agbéyomé Kodjo, la DMK en quête d’un nouveau souffle

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Monseigneur Philippe Kpodzro, archevêque émérite de Lomé

Monseigneur Philippe Kpodzro, archevêque émérite de Lomé © Equipe de Mgr Kpodzro

Près d’un an après la défaite d’Agbéyomé Kodjo à la présidentielle, et alors qu’il est toujours recherché par les autorités, la Dynamique Monseigneur Kpodzro, dont il était le candidat, ne s’avoue pas vaincue. Mais elle peine à mobiliser.

« J’ai la conviction que dans les semaines à venir, je dirigerai ce pays… » Au soir du scrutin présidentiel, le 22 février dernier, Agbéyomé Kodjo était sûr de son fait. Quelques jours plus tard, il conteste les résultats qui donnent la victoire au président sortant Faure Gnassingbé, réélu à 70,78% alors que lui est crédité de 19,46 % des voix. Le bras de fer qu’il instaure alors avec le pouvoir lui a valu une inculpation pour atteinte à la sûreté de l’État et diffusion de fausses informations. Les autorités togolaises ont par ailleurs annoncé avoir émis un mandat d’arrêt international à l’encontre de l’opposant qui, depuis plusieurs mois, vit caché et continue de se proclamer « président élu ».

Tandis que son ancien candidat a « pris le maquis », la Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK) portée par l’ancien archevêque de Lomé Philippe Fanoko Kpodzron, peine à se faire une place sur une scène politique sur laquelle elle apparaît seule contre tous, le pouvoir comme les autres partis de l’opposition. Kafui Adjamagbo-Johnson, la coordonnatrice de DMK, assure pourtant « déterminée à poursuivre le combat pour l’alternance ». Et ce, malgré les poursuites judiciaires engagées contre elle et les autres responsables de la coalition, Fulbert Attisso, Marc Mondji et Gérard Djossou. « Jamais la répression n’a été aussi dure que celle à laquelle nous assistons depuis bientôt un an. La fébrilité dont ce régime fait montre n’a d’autres justifications que sa réelle illégitimité », lance-t-elle.

Difficultés à mobiliser

Gérard Adja, numéro 2 de la Dynamique, ne peut que constater l’échec de la stratégie suivie jusqu’ici par Agbéyomé Kodjo et la Dynamique. « La concrétisation de l’alternance, à travers la reconnaissance de la volonté populaire exprimée le 22 février, n’est pas atteinte à ce jour », reconnaît-t-il, tout en affirmant qu’il y a eu « des victoires d’étapes ».

« Nous ne sommes pas hostile à un dialogue politique, encore moins aux élections régionales, affirme pour sa part Adjamagbo-Johnson. Mais pour une pleine adhésion des Togolais à toute initiative en vue d’une réconciliation nationale, il est urgent que ces questions soient réglées de façon consensuelle ». En préalable à son éventuelle participation au dialogue, la DMK pose trois conditions : l’abandon des poursuites judiciaires à l’encontre de ses responsables, un « débat sur le contentieux né de l’élection présidentielle du 22 février » et le retour au pays d’Agbéyomé Kodjo.

DMK, que ses détracteurs qualifient de « regroupement de circonstance », peine à mobiliser. Des difficultés que le politologue Senyéebia Yawo Kakpo attribue au « manque d’envergure des partis politiques qui la composent ». « Le choix d’Agbéyomé comme candidat de la Dynamique au détriment de Jean Pierre Fabre – le chef de file de l’opposition d’alors – a eu raison du peu de confiance qui existait entre les membres de cette opposition », ajoute en écho Essohanam Batchana, enseignant-chercheur à l’université de Lomé.

Avenir incertain

Un cadre de l’Union pour la République (Unir), le parti de Faure Gnassingbé, est encore plus sévère : « La coalition a usé de manipulations, sur fond d’influence religieuse, pour récupérer quelques militants des autres partis d’opposition au cours de la dernière élection présidentielle. »

Agbéyomé Kodjo, qui n’avait rassemblé que 0,9 % des suffrages à la présidentielle de 2010 et avait été élu député en 2018 alors que les principaux partis de l’opposition avaient boycotté l’élection, a surtout bénéficié de la ferveur suscitée par Monseigneur Kpodzro, ancien archevêque de Lomé, dont l’intrusion sur la scène politique est aujourd’hui dénoncée. « Il a fait beaucoup de mal à l’opposition par ses interventions, par ses mensonges et par ses agressions », tacle ainsi Éric Dupuy, cadre du parti de l’Alliance nationale pour le changement (ANC), le parti de Jean-Pierre Fabre.

« Le score d’Agbéyomé Kodjo n’est pas étonnant lorsque l’on connaît le poids et l’influence de l’Église catholique au sein de la société togolaise, juge Essohanam Batchana. Mais son avenir sans la Dynamique est incertain. »

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