Politique

Maroc-RDC : un thé à Rabat chez les Mobutu

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Mis à jour le 30 septembre 2021 à 11:38

Assise au centre, Mama Bobi Ladawa, veuve de Mobutu, entourée de Ngawali (à g.) et Yalitho, deux des filles du maréchal. Debout, Nzanga (à g.) et Nyiwa, ses fils et petit-fils. © HOC pour JA

La veuve de l’ancien homme fort du Zaïre vit avec une partie de ses enfants et petits-enfants dans la capitale chérifienne depuis 1997. Rencontre exclusive avec une famille très discrète.

Vendredi 20 août 2021. En ce jour férié, les rues de Rabat sont presque désertes : le royaume célèbre l’anniversaire de la « révolution du roi et du peuple », qui marque le soulèvement des Marocains contre l’exil forcé de Mohammed V à Madagascar en 1953. Et le quartier résidentiel des Ambassadors ne fait pas exception.

Le long des larges allées bordées de palmiers, d’ordinaire animées par le ballet des voitures de ministres, généraux et autres hauts commis de l’État, le temps semble s’être arrêté. Le silence est à peine interrompu, çà et là, par le sifflement d’un tuyau d’arrosage ou le bruissement de porte d’une des guérites des gardiens chargés de la sécurité des villas cossues.

L’une d’entre elles, semblable par son style néomauresque à toutes les autres, abrite depuis un quart de siècle Bobi Ladawa, veuve Mobutu, et une partie de la descendance de l’ex-président zaïrois. Sa sœur jumelle Kosia vit elle aussi à Rabat, mais se trouvait en Europe au moment de notre visite.

Depuis son départ précipité de Kinshasa, le 16 mai 1997, après que son mari a été renversé par Kabila, Bobi Ladawa se fait très discrète. C’est la première fois qu’elle accepte de recevoir un journaliste pour parler de sa vie marocaine.

La « Mama » de tous les Rbatis

Ici, tout le monde la connaît. « Cela fait vingt-quatre ans que je vis à Rabat. C’est ici que j’ai mes repères et mes habitudes. Les commerçants chez qui je fais mon marché me mettent de côté mes produits préférés. Tous m’appellent “Mama”, car ils ont bien intégré qu’il ne faut pas me dire “Madame”. Moi, je ne suis pas européenne, je suis africaine, congolaise. »

Dans les moments de joie comme de peine, les Marocains n’ont jamais hésité à être à nos côtés.

Pour autant, les codes de l’élite marocaine n’ont visiblement plus de secrets pour elle : tenue d’intérieur brodée de sfifa, enfants et petits-enfants scolarisés au lycée Descartes ou à l’Ecole américaine, villa agencée comme un riyad, avec patio et fontaine en son centre, et des séjours tout autour – salon traditionnel marocain, salon européen, salle à manger.