Diplomatie

Cinq choses à savoir sur Mohamed Karim Jamoussi, le nouvel ambassadeur de Tunisie en France

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Mis à jour le 19 septembre 2020 à 16h10
Mohamed Karim Jamoussi, ambassadeur de Tunisie en France.

Mohamed Karim Jamoussi, ambassadeur de Tunisie en France. © DR

Après une vacance inédite de près de dix mois, Carthage vient de nommer l’ancien ministre de la Justice à la tête de l’ambassade de Tunisie à Paris.

En nommant Mohamed Karim Jamoussi à Paris, la Tunisie a décidé d’honorer la France — son premier partenaire — d’un ambassadeur à la hauteur de leurs relations bilatérales. Ce juriste discret, fin connaisseur des politiques publiques, a en effet été secrétaire d’État puis ministre au sein de différents cabinets depuis la révolution.

Sa nomination au poste d’ambassadeur de Tunisie en France intervient dans un contexte de mouvements importants au sein du ministère des Affaires étrangères, et de critiques sur la tentative de mainmise de Carthage sur les chancelleries. Il remplace Abdelaziz Rassaa, en poste depuis janvier 2017 et limogé en novembre 2019 sur fond de soupçons de corruption.

  • Fin connaisseur des procédures publiques

Ce diplômé en droit, qui est né et diplômé à Tunis, y a fait carrière au sein du Tribunal administratif. Tour à tour rapporteur, juge administratif, conseiller adjoint, commissaire d’État général, il a connu aussi bien les chambres consultatives que les cours d’appel ou de cassation et y a parcouru toute la jurisprudence.

C’est d’ailleurs le profil technique de ce fin connaisseur des procédures publiques qui l’a propulsé en politique : ses compétences lui ont en effet permis de côtoyer ceux qui l’appelleront plus tard dans leurs cabinets.

Apolitique, il assure n’avoir jamais mis les pieds dans aucun parti. D’ailleurs, il affirme garder de sa carrière de juriste un attachement au devoir de réserve — qui lui confère un sens de la mesure et de la discrétion — et au respect de la hiérarchie.

  • Plusieurs fois ministre 

Via sa nomination, la Tunisie a décidé d’honorer ses relations bilatérales avec la France — son premier partenaire — avec un ambassadeur à Paris à la hauteur de leur importance.

Mohamed Karim Jamoussi a en effet été plusieurs fois membre du gouvernement. Cet indépendant a mis le pied dans les affaires de l’État en 2012. Il est alors nommé chef de cabinet du ministre du Développement et de la Coopération internationale, Raidh Bettaïeb (Ennahda).

Secrétaire d’État aux domaines et aux Affaires Foncières sous la formation de « technocrates » de Mehdi Jomaa (janvier 2014- février 2015), il est ensuite devenu ministre de la Justice de Youssef Chahed (ex-Nidaa Tounes), de novembre 2018 à février 2020. Puis il sera ministre de la Défense par intérim au moment où Abdelkrim Zbidi était candidat à la présidentielle (octobre 2019-février 2020).

  • Artisan de la restructuration de l’administration 

Ces expériences bien que relativement brèves — à la mesure des changements de gouvernements en Tunisie — lui ont permis de s’atteler au vaste chantier de la restructuration de l’administration tunisienne. Comme chef de cabinet puis en tant que secrétaire d’État, il s’est penché sur le volet économique de la coopération en pilotant le projet de Code d’investissement.

Il a aussi fait partie des instigateurs de la création de l’Instance tunisienne de l’investissement dont le but est de fournir un interlocuteur unique aux investisseurs dans la nébuleuse administrative afin de centraliser leurs échanges avec différentes agences de l’industrie, du tourisme ou encore de l’agriculture.

En revanche, son projet de création d’une agence de gestion des biens confisqués de l’Ancien régime a, lui, avorté.

À la tête de la Justice, il a participé à la réforme du Code de procédure pénale dont la dernière mouture a été transmise à la présidence du gouvernement et amorcé celle du Code pénal. Des chantiers qui visent à harmoniser ces textes avec les standards internationaux, notamment dans les domaines des droits et libertés. Et, au final, de rompre avec les lois dites « scélérates » de l’ère Ben Ali.

  • Supporter de l’Espérance de Tunis
L'équipe de l'Espérance Tunis face au club de Guadalajara le 18 décembre 2018.

L'équipe de l'Espérance Tunis face au club de Guadalajara le 18 décembre 2018. © Kamran Jebreili/AP/SIPA

S’il n’a pas vécu en France comme nombre de ses confrères, il a été bercé par les récits de son défunt père qui y a étudié et séjourné durant dix ans. Professeur d’agronomie et chercheur en botanique devenu directeur de l’INAT (Institut national agronomique de Tunisie) de 1969 à 1974, il lui a transmis sa sensibilité pour les intérêts supérieurs de l’État.

Tunisois né à Menzah 1 mais d’origine Sfaxienne par son père, Mohamed Karim Jamoussi… soutient l’Espérance de Tunis et non pas le Club sportif de cette ville du Sud !

Celui qui se considère comme un bon vivant est également féru de cinéma et de théâtre. Moins légères, ses lectures personnelles le ramènent souvent à sa formation initiale : il se passionne pour les essais politiques et les décryptages des institutions et de l’équilibre des pouvoirs à travers le monde. Son crédo : tirer des leçons du passé.

  • Un pont avec Carthage

Indépendant attaché aux valeurs de la famille autoproclamée « progressiste » des destouriens, il a des atomes crochus avec le chef de l’État, également sans parti mais plus franchement attaché aux références à l’islam, Kaïs Saïed.

Les deux hommes ont eu l’occasion de faire connaissance et d’échanger lorsque Mohamed Karim Jamoussi assurait l’intérim du ministère de la Défense. Les deux juristes se sont découvert des centres d’intérêt communs et un même attachement au respect des institutions.

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