Cinéma

Côte d’Ivoire : « Cacao », la première saga familiale africaine de Canal+

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série « cacao »© Canal Plus

série « cacao »© Canal Plus © série « cacao » © Canal Plus

Depuis le 15 juin, Canal+ International diffuse une toute nouvelle série, « Cacao », réalisée par l’Ivoirien Alex Ogou. Cette fiction raconte une saga familiale sur fond d’exploitation de l’or brun en Côte d’Ivoire.

Avec Cacao, Canal+ a son Dallas africain. Dans cette série originale, le cacao a remplacé le pétrole. Deux familles ivoiriennes, les Desva, des aristocrates, et les Ahitey, bruts de décoffrage, se déchirent pour en contrôler le négoce dans la ville fictive de Coadji.

Au bout des deux premiers épisodes où le décor, superbe au demeurant, est planté, les principaux personnages se dévoilent – avec un jeu plus ou moins subtil selon les acteurs – et nous permettent d’ores et déjà de constituer les divers ressorts de l’intrigue : conflit entre père et fils, entreprise familiale en danger, histoire d’amour à la Roméo et Juliette, complots intrafamiliaux, vengeance, corruption, etc.

« Véracité populaire »

« Il s’agit là de notre sixième création originale. La saga familiale est un genre que nous n’avions encore jamais exploré », explique Fabrice Faux, directeur des chaînes et des contenus chez Canal+ International.

« Selon moi, ce type de fiction se rapproche le plus de ce qu’est la vie familiale en Afrique. Nous avons des familles tellement élargies que nous vivons une saga au quotidien. Il y a une forme de véracité populaire. De plus, on s’immerge dans le monde du cacao, un marché très peu connu de l’intérieur. Ce qui est paradoxal puisqu’une grande majorité de la population ivoirienne a un lien avec le cacao, que ce soit au niveau des producteurs ou des cueilleurs de fèves On sait que l’on va toucher un grand nombre de personnes rien qu’en Côte d’Ivoire », analyse quant à lui le réalisateur ivoirien Alex Ogou.

Le scénario, imaginé par Yolande Bogui – par ailleurs fille de producteur de cacao, nous apprend le réalisateur –, fait aussi la part belle aux éléments contextuels ivoiriens : les dessous du marché du cacao dans un pays qui en est le premier producteur mondial, la problématique de la déforestation, les coopératives de petits producteurs, le développement durable, le chocolat… Avec une touche de nouchi et des proverbes africains mais aussi des clins d’œil à la culture akan, entre autres.

Bien entendu, la stratégie de Canal+ International implique que ce type de production fasse écho à toute l’Afrique francophone. « Nous tournons principalement en français et nous nous attachons à des castings où les acteurs sont d’origines différentes. Dans le cas de Cacao, les personnages ne sont pas tous incarnés par des Ivoiriens », souligne Fabrice Faux.

Public exigeant

« Avec nos productions originales, nous sommes en train de constituer un catalogue de programmes forts pour, notamment, faire face à la concurrence qui s’annonce. Je pense à Netflix, même si, pour l’instant, peu de gens ont accès à l’internet haut débit et qu’il est plus simple d’installer une parabole. De plus en plus de foyers africains ont accès à la télévision. Le public est donc de plus en plus exigeant et veut suivre des histoires africaines, pointe Fabrice Faux. Il ne peut pas se contenter de séries ou de films venus d’Europe ou des États-Unis. »

Un tournage « lourd et éprouvant »

Cacao compte, pour le moment, 12 épisodes de 50 minutes dont le tournage a été « lourd et éprouvant ». Dans un souci de réalisme et de qualité, les 80 acteurs et les 400 figurants mobilisés se sont notamment retrouvés au cœur de la Nawa, région située dans le Sud-Ouest de la Côte d’Ivoire et première zone de production du cacao dans le pays.

La série donne aussi à voir de magnifiques paysages de forêt luxuriante. « Pour donner naissance à la ville imaginaire qu’est Coadji, nous avons tourné dans plusieurs localités de la région comme Soubré mais aussi ailleurs dans le pays, à Gagnoa, Adzopé, San Pedro ou même Abidjan. Cela a été un véritable challenge de réussir à tourner de façon constructive avec tant de comédiens. Nous avions beaucoup de matériel à déplacer et il fallait tester la réalisation en extérieur. Ce tournage, c’était un peu le cirque », s’amuse Alex Ogou – qui a notamment pu compter, pour ses recherches préliminaires sur l’univers du cacao, sur l’aide de nombreuses personnes en Côte d’Ivoire, dont la famille Donwahi.

Série « cacao »© Canal Plus

Série « cacao »© Canal Plus © Série « cacao »
© Canal Plus

« Ce qui m’a toute de suite intéressée dans ce scénario, c’est le cacao », avance l’actrice ivoirienne Evelyne Ily Juhen. « Il constitue la première ressource économique de mon pays et me plonger dans ce monde c’était aussi rendre hommage à mon père et à mon mari qui, tous les deux, travaillent dans ce secteur. De plus, c’était excitant de tourner en dehors d’Abidjan, de découvrir d’autres paysages. Je pense sincèrement que l’authenticité des personnages et toutes ces synergies familiales vont plaire aux Africains. »

Soupçon d’inattendu

Evelyne Ily Juhen campe la très ambitieuse Alexia Desva, l’un des personnages les plus complexes et mystérieux de la série avec le gendarme Lago (Mahoulah Kane). De quoi apporter le soupçon d’inattendu qui pourrait manquer à la fiction. « Alexia est un personnage très ambivalent. J’ai eu beaucoup de mal à la cerner au début. Elle est sûre d’elle, peut se montrer redoutable tout en étant manipulable et fragile. La seule chose que nous avons en commun c’est de porter nos cheveux au naturel. Je n’ai pas spécialement envie de la rencontrer (rires). »

En outre, il s’agit de la série la plus chère tournée en Afrique francophone à ce jour, indique Fabrice Faux, sans toutefois révéler le budget qu’a nécessité sa production – assurée par Canal+ dans sa quasi-totalité. « En Afrique francophone, nous sommes implantés en Côte d’Ivoire et au Sénégal, les deux pays les plus dynamiques en matière d’audiovisuel, reprend Fabrice Faux. Mais nous tournons également des séries à vocation plus internationale en Afrique du Sud. Il y est d’ailleurs plus facile de mettre en place des coproductions. Nous tournons aussi au Nigeria – une série en anglais peut être exploitée dans le monde anglophone comme dans l’univers francophone. En Afrique francophone, le marché n’est pas structuré. On se retrouve donc à financer la production quasi entièrement. »

Canal+ a-t-elle eu raison de mettre les petits plats dans les grands pour Cacao ? S’il est encore trop tôt pour évaluer l’accueil que réservera le public au programme, les ingrédients sont déjà réunis pour imaginer une suite. « Si deuxième saison il y a, je n’hésiterai pas », s’enthousiasme Evelyne Ily Juhen. « Nous avons besoin de ces histoires et de ces personnages qui nous ressemblent. »

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