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Numériser le patrimoine : les ambitions africaines d’Arkhênum

Archives du Maroc, le 11 décembre 2012. © Baptiste de Ville d'Avray pour JA

Absorbée en 2016 par le groupe de déménagement international AGS-Mobilitas, présent dans les 54 pays africains, la société française de numérisation entend se développer activement sur le continent, où les politiques de préservation du patrimoine et d'archivage sont encore balbutiantes.

L’exemple des dégradations subies par les Archives du Sénégal (humidité, moisissures, pertes de microfilms…), hébergées dans le quartier du Plateau à Dakar, illustrent les difficultés rencontrées par les administrations africaines pour sauvegarder et entretenir leurs fonds patrimoniaux et documentaires.

Si l’ancien chef de l’État sénégalais, Abdoulaye Wade, s’était engagé à « construire (à Dakar) un bâtiment pour les archives qui seront en fait des archives africaines », et les numériser par la même occasion, ainsi qu’il l’indiquait en 2010 à Afrique Magazine, elles ne sont pas, depuis, sorties de terre.

Un nouveau venu, la société Arkhênum, entend répliquer sur le continent le procédé de numérisation patrimoniale qu’elle réalise déjà pour le compte d’archives nationales, de bibliothèques, de musées ou d’entreprises, en France et d’autres pays depuis 1999.

De la demande au Zimbabwe, en Tunisie et au Sénégal

L’entreprise spécialisée dans la numérisation et la valorisation de fonds patrimoniaux, qui emploie une soixantaine d’archivistes et techniciens entre Paris et Bordeaux, est déjà intervenue sur le continent. En 2013, elle a effectué une opération de numérisation des manuscrits de Tombouctou (Mali), partiellement brûlés par les islamistes et depuis stockés à Bamako.

Plus récemment, elle a réalisé la numérisation d’une toile de sarcophage méroïtique — la langue des « pharaons noirs », ces rois qui ont conquis et dominé l’actuel Soudan pendant plusieurs siècles. L’enveloppe fragmentée en lin avait été excavée au sud de l’Égypte par une mission archéologique en 1999, avant son rapatriement, après restauration en France, au Musée national du Soudan de Khartoum en 2016.

Mais depuis que la société aux 4 millions d’euros de chiffre d’affaires (2015) a été absorbée par AGS-Mobilitas en 2016, le groupe de déménagement international — qui vante à l’envi son implantation dans les 54 pays africains — affirme sa volonté d’accélérer le développement africain d’Arkhênum.

L’Unesco débloque des budgets sur la numérisation.

« Nous sommes en cours de discussion avec le parti au pouvoir au Zimbabwe [Zimbabwe African National Union Patriotic Front] pour numériser leurs archives datant de l’indépendance. Des contacts sont en train d’être pris en Égypte ainsi qu’en Tunisie, où un appel d’offres pour des travaux d’une valeur de plusieurs centaines de milliers d’euros est en cours. Et l’Unesco débloque des budgets sur la numérisation », assure Alain Taieb, le président directeur général d’AGS-Mobilitas.

Le parc d’une cinquantaine de scanners (dont la valeur unitaire monte à 160 000 euros) capables de rendre des images fidèles aussi bien d’états civils, de registres militaires, d’estampes, de plaques de verres, de tableaux que de toutes sortes d’objets, doit lui aussi s’ouvrir à l’Afrique. Quelques modèles seront implantés dans plusieurs capitales et des archivistes seront recrutés.

Quid de la conservation des originaux ?

Reste l’épineuse question de la conservation des pièces numérisées, au moment même où la demande officielle du Bénin de restitution des œuvres d’art emportées par le général Dodds en 1892 a été refusée par la France.

C’est justement au Quai Branly, qui abrite les pièces du royaume du Dahomey réclamées par le Bénin, qu’Alain Taieb, qui y présentait jeudi 30 mars les ambitions africaines d’Arkhênum, a assuré que le sujet ne posait pas de problème. L’ensemble des images et des originaux seront systématiquement rendus à leurs propriétaires, a-t-il plaidé.

Quoi qu’il en soit, le potentiel historique de telles prestations est important, comme en témoigne le rôle joué par les archives de la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS) dans l’instruction du procès de Hissène Habré, retrouvées plus de dix ans après la fuite de l’ancien chef d’État tchadien. Au Rwanda, ce sont 60 millions de documents des « Gacaca », du nom des tribunaux populaires rwandais qui ont jugé les exécutants présumés du génocide de 1994, qui seront achevés d’être numérisés par la Commission Nationale de Lutte contre le Génocide (CNLG) à l’horizon 2018.

Mais le potentiel est aussi administratif, notamment concernant la numérisation des états civils.  Sur ce point, un contrat serait d’ailleurs sur le point d’aboutir au Sénégal.

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