Communication & Médias

Afin de conquérir la diaspora en France, Canal+ importe ses contenus africains

Sur le tournage de la nouvelle émission d'A+ Le Parlement du rire. © A+

Depuis le 9 février, la chaîne A+, fer de lance du groupe audiovisuel sur le continent, est disponible dans l'Hexagone. Objectif : relancer les abonnements sur son marché historique.

Le temps où l’Afrique n’était qu’un marché secondaire pour Canal+ est révolu. Désormais, la filiale de Vivendi valorise ses investissements subsahariens jusque dans l’Hexagone. Lancée en octobre 2014, A+, sa chaîne africaine, est intégrée, avec Nollywood TV, aux bouquets Canalsat commercialisés en France métropolitaine depuis le 9 février, moyennant un supplément de 4 euros par mois. Sa diffusion avait déjà été élargie à l’océan Indien fin 2015 et le sera d’ici peu aux Antilles et à Haïti.

« L’arrivée d’A+ sur les écrans français répond à des demandes répétées des partenaires de la chaîne, qui veulent obtenir de la visibilité hors du continent », explique Damiano Malchiodi, son directeur général ; et « à la frustration de nos abonnés français », complète François Deplanck, directeur des chaînes et contenus de Canal+ Overseas, la division internationale du groupe français.

Basée à Abidjan, A+ est la nouvelle vitrine de Canal+ sur le continent. Sa grille est composée presque exclusivement de séries et d’émissions africaines, dont cinq heures de programmes inédits chaque jour. Dans les prochaines semaines, les abonnés découvriront par exemple en exclusivité la série Vert olive, réalisée par le Camerounais Jean Hubert Nankam (également conseiller d’A+ pour le développement de la fiction) et coproduite par la chaîne.

A+ a également bâti son succès sur des émissions de téléréalité panafricaine telle Star Chef (cuisine), auxquelles viendront s’ajouter en 2016 des nouveautés comme Le Parlement du rire, présidé par l’humoriste Mamane. En France, pour séduire la diaspora, cette offre a été renforcée avec des émissions qui, sur le continent, sont diffusées sur Canal+, la chaîne premium du groupe. C’est notamment le cas du magazine économique Réussite (en partenariat avec Jeune Afrique).

Canal + investit sur le continent

Au-delà de l’enthousiasme de ses promoteurs, le succès d’A+, dont le budget reste confidentiel, est difficile à évaluer en l’absence de mesures d’études télémétriques. Canal+ indique néanmoins avoir doublé le nombre d’abonnés à ses bouquets (à des prix compris entre 5 000 et 40 000 F CFA par mois en fonction des offres, soit entre 7,60 et 61 euros) au cours des deux dernières années en Afrique, passant de 1 million à 2 millions (sur un total de 5,5 millions d’abonnés hors de France).

Sous l’impulsion de David Mignot, directeur général de Canal+ Afrique depuis trois ans, le groupe a accéléré le développement de son réseau commercial au sud du Sahara : il y compte aujourd’hui dix filiales (contre trois en 2011) et y emploie environ 1 000 salariés. Il a également augmenté de 20 à 65 le nombre de télévisions africaines dans ses offres, a acquis fin 2014 la société Thema, qui édite Nollywood TV, et a lancé il y a six mois quatre chaînes 100 % sport.

Un élan accompagné par la création d’une régie publicitaire interne, Canal+ Advertising, consacrée au continent. Outre les chaînes du groupe (auparavant confiées à France Télévisions Publicité International), celle-ci gère déjà les écrans de Gulli Africa, propriété du groupe Lagardère. Et si le piratage est encore un combat quotidien, David Mignot dit avoir réalisé des progrès en la matière. Canal+ a notamment noué des accords avec d’importants diffuseurs locaux qui, auparavant, proposaient ses chaînes illégalement.

Canal+ explore le secteur en devenir de la vidéo à la demande, en partenariat avec la start-up nigériane Iroko

Pour accélérer le développement de son portefeuille d’abonnés africains, la filiale de Vivendi ne se limite plus à la diffusion de ses chaînes par satellite. Le 26 janvier, elle a inauguré sa première offre de télévision numérique terrestre (TNT) payante à Pointe-Noire, au Congo. Appelé Easy TV, ce bouquet est vendu 6 000 F CFA par mois et propose une trentaine de chaînes, dont A+ et cinq télévisions locales. Ce service sera étendu à Brazzaville dans les prochains mois, puis à la RD Congo. D’autres pays comme la Côte d’Ivoire pourraient suivre si le groupe y décroche des licences. Sur ce marché, Canal+ croise notamment le fer avec le chinois StarTimes, qui l’a devancé à Madagascar, en RD Congo, au Rwanda et en Guinée.

Enfin, en parallèle de ses activités traditionnelles d’éditeur de chaînes et de diffuseur, Canal+ explore le secteur en devenir de la vidéo à la demande, en partenariat avec la start-up nigériane Iroko. « Ce mode de diffusion a un vrai potentiel de croissance. Nous estimons que sur notre zone il y aura en 2020 environ 160 millions de smartphones en circulation », s’enthousiasme Jacques du Puy, président de Canal+ Overseas.

La diaspora, une cible importante

Le dynamisme du marché africain est bienvenu pour le groupe, alors que ses performances se dégradent en France. Entre septembre 2014 et septembre 2015, Canal+ (40 euros par mois, 60 euros avec Canalsat) y a perdu 338 000 abonnements sous l’effet de la concurrence, BeIn Sports (13 euros) et Netflix (7,99 euros) en tête. Des difficultés atténuées par le succès de Canalplay (7,99 euros), sa plateforme de programmes en ligne. Au total, le groupe Canal+ (4 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur les neuf premiers mois de 2015) compterait aujourd’hui entre 9 millions et 10 millions d’abonnés français.

Dans ce contexte morose, la diaspora est une cible importante. Le bouquet africain de 23 chaînes, commercialisé en France par Thema depuis 2008, dépasse les 160 000 abonnés et a été lancé en novembre au Canada. Un exemple à suivre pour A+ et Nollywood TV : « Avec A+, on va aller jusqu’au Canada. Nous avons l’ambition d’aller chercher les francophones là où ils vivent », promet Jacques du Puy, conscient que le volume de cette communauté linguistique pourrait tripler d’ici à 2050 pour atteindre 750 millions de personnes dans le monde, dont 85 % en Afrique.


IROKO, L’ALLIÉ NIGÉRIAN

Dans les couloirs de Canal+ Afrique, on garde encore le secret. Mais la date de lancement de la plateforme en français de vidéo à la demande (VOD) sur téléphone mobile d’Iroko devrait être dévoilée dans les semaines à venir. En décembre, Canal+ et la start-up nigériane, pionnière de la VOD en Afrique, ont signé une alliance pour développer cette offre commune.

À la clé, 19 millions de dollars (environ 17,4 millions d’euros) de contrats en faveur d’Iroko, incluant un apport en capital (dont le montant reste confidentiel) et un appui pour la production de nouveaux contenus (avec un objectif de 300 heures en 2016). Pour Canal+, qui siège désormais au sein du comité exécutif de son partenaire, ce rapprochement aussi ambitieux qu’onéreux présente un double intérêt : un accès privilégié au catalogue d’Iroko (plus de 5 000 films nigérians) et, à moyen terme, un nouveau canal de diffusion à fort potentiel pour élargir la distribution de son propre catalogue dans les pays anglophones.

 

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