Pétrole & Gaz

Comment Dakar muscle Petrosen pour tirer parti de la manne pétro-gazière

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Image de synthèse de la future unité flottante de BP sur le champ gazéifère offshore de Grand Tortue-Ahmeyim.

Image de synthèse de la future unité flottante de BP sur le champ gazéifère offshore de Grand Tortue-Ahmeyim. © BP

Afin d’optimiser son entrée dans le club des producteurs africains d’hydrocarbures, l’État, qui nourrit aussi de grandes ambitions dans l’aval, a totalement réorganisé l’entreprise publique.

«Les ressources naturelles appartiennent au peuple. Elles sont utilisées pour l’amélioration de ses conditions de vie », récite Manar Sall, directeur général de la nouvelle branche aval de Petrosen, l’entreprise publique pétrolière. Introduit en 2016 dans la Constitution sénégalaise, l’article 25-1 sert de feuille de route au gouvernement au moment où le pays se prépare à un développement spectaculaire de sa production d’hydrocarbures.

Les champs gazéifères de Grand Tortue-Ahmeyim et de Yakaar, exploités par la major britannique BP, devraient entrer en production en 2023, tout comme le gisement pétrolifère de Sangomar, confié à la compagnie australienne Woodside. C’est Petrosen qui représente les intérêts de l’État dans ces deux projets.

Création de deux filiales

Au début de l’année, le gouvernement a totalement revu l’organisation de la société nationale en créant deux filiales placées sous la responsabilité de Mamadou Faye, directeur général de Petrosen depuis 2012. La première, chargée de l’exploration et de la production (E&P), a été confiée à Joseph Oufam Medou, jusque-là numéro deux de l’entreprise publique. La seconde, spécialisée dans les activités de distribution, Petrosen Trading & Services, est pilotée par Manar Sall, qui, il y a encore quelques mois, conseillait le ministre du Pétrole.

Dakar a bénéficié de l’appui financier de la Banque mondiale à hauteur de 29 millions de dollars

Petrosen E&P continuera à assurer la promotion du bassin sédimentaire. « Tout le travail mené depuis les premières découvertes, en 2014, est remarquable », souligne Manar Sall. Au cours du premier semestre, ses équipes se sont rendues au Cap, à Londres et à Houston pour présenter aux investisseurs douze blocs que le gouvernement souhaite vendre. Des gisements dont l’État pourra détenir jusqu’à 30 %, selon le code des hydrocarbures adopté l’an dernier.

Petrosen possède aujourd’hui 20 % de la partie sénégalaise de Grand Tortue-Ahmeyim et 18 % de Sangomar. Pour négocier les contrats avec les pétroliers, faire certifier les réserves et diligenter des études, Dakar a notamment bénéficié de l’appui financier de la Banque mondiale à hauteur de 29 millions de dollars (25,7 millions d’euros).

Repenser l’ensemble du secteur énergétique

Pour le Sénégal, devenir producteur de pétrole représente bien sûr l’opportunité de retirer d’importants bénéfices de son sous-sol, mais aussi de repenser l’ensemble de son secteur énergétique. Si les délestages sont devenus exceptionnels depuis quelques années, la facture payée par l’État pour la fourniture de l’électricité se révèle très élevée. Chaque année, il doit verser près de 100 milliards de F CFA (près de 152 millions d’euros) à la Société nationale d’électricité du Sénégal (Senelec), qui vend son énergie à perte malgré la récente augmentation des tarifs.

L’objectif est d’atteindre un taux d’électrification de 100 % d’ici à 2025

Cette situation devrait prendre fin avec l’entrée en production d’une future centrale de 250 MW, à laquelle il faut ajouter différents projets éoliens et solaires. Grâce à l’accès à un gaz bon marché, le gouvernement espère faire passer le coût de production du kWh de 110 F CFA à moins de 80 F CFA.

Cette baisse de la facture énergétique doit aussi permettre d’améliorer l’accès des populations à l’électricité. L’objectif est d’atteindre un taux d’électrification de 100 % d’ici à 2025 – celui-ci n’atteignait que 53 % en 2018. Pour cela, Petrosen Trading & Services jouera un rôle important en détenant 43 % du futur réseau de pipelines : 470 km de tuyaux permettant de transporter le gaz à travers le pays, notamment jusqu’à la future centrale de 250 MW.

L’entreprise chargée de sa gestion a été créée et le chantier pourra commencer quand les partenaires stratégiques et financiers, qui détiendront une part du capital, auront été sélectionnés. Aucune date n’est, pour le moment, communiquée. Comme sur tous ses projets, Petrosen a travaillé au ralenti depuis le début de l’épidémie de Covid-19 dans le pays.

Développer son réseau de stations-service

Détentrice de 46 % de la Société africaine de raffinage (SAR), la filiale aval de l’entreprise publique entend par ailleurs opérer une percée dans le secteur de la distribution de produits pétroliers. Une activité dont l’État sénégalais est aujourd’hui totalement absent. Ce marché, estimé à 1 100 milliards de F CFA, comprend la livraison de produits raffinés aux grands industriels, aux compagnies aériennes, aux armateurs, ainsi que la fourniture de carburant et de gaz domestique aux ménages.

Manar Sall, nouveau DG de Petrosen Trading & Services, a pour mission de dynamiser le marché

L’entreprise publique souhaite notamment développer son propre réseau de stations-service. Ce secteur est actuellement dominé par Total, Vivo, Ola Energy (ex-OiLibya) et Oryx, lesquels trustent 70 % des ventes. Même si le président Macky Sall ne lui a pas assigné d’objectif financier, Manar Sall, ancien cadre d’Exxon et d’OiLibya, a pour mission de dynamiser le marché.

« Tous les acteurs vendent leurs produits au prix plafond fixé par l’État – qui entend maintenant s’assurer qu’il y aura une saine concurrence », décrypte une source proche du dossier.

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