Diplomatie

RDC : Félix Tshisekedi veut entrer dans une East African Community minée par les tensions internes

Le président rwandais Paul Kagame et son homologue congolais Felix Tshisekedi arrivent à l'Africa CEO Forum, à Kigali le 26 mars, accompagnés du togolais Faure Gnassingbé et de l'éthiopienne Sahle-Work Zewde.

Le président rwandais Paul Kagame et son homologue congolais Felix Tshisekedi arrivent à l'Africa CEO Forum, à Kigali le 26 mars, accompagnés du togolais Faure Gnassingbé et de l'éthiopienne Sahle-Work Zewde. © DR / présidence Rwanda

Le président congolais a officiellement demandé à son homologue rwandais Paul Kagame l'adhésion de la RDC à l'East African Community, dans un contexte tendu entre les membres du bloc régional. La demande sera examinée lors du prochain sommet, en novembre prochain.

La RDC sera-t-il le septième État à rejoindre l’EAC ? Félix Tshisekedi a exprimé, dans une lettre adressée le 8 juin au président rwandais Paul Kagame, qui préside la Communauté d’Afrique de l’Est, son souhait de voir le Congo intégrer le bloc régional. Le dernier pays a avoir rejoint l’EAC est le Soudan du Sud, en 2016.

Cette demande est « une confirmation de la priorité affichée par le président Tshisekedi d’axer sa politique régionale sur la coopération et l’intégration », estime Olivier Nduhungirehe, secrétaire d’État en charge de l’EAC au ministère rwandais des Affaires étrangères. La requête de Tshisekedi, précise la lettre, « fait suite aux échanges commerciaux qui ne cessent de croître entre les opérateurs de la République démocratique du Congo et ceux des États de la susdite Communauté ».

Parmi les exemple de cette coopération, quelques jours après la première visite de Tshisekedi à Kigali, la compagnie nationale rwandaise RwandAir avait lancé une ligne directe entre Kigali et Kinshasa, concrétisé par un premier vol, le 17 avril.

Félix Tshisekedi en Tanzanie et au Burundi

Félix Tshisekedi, investi le 24 janvier, a déjà rendu visite à plusieurs pays membres de l’EAC en commençant, dès sa première tournée régionale, par le Kenya avant de se rendre en Ouganda et au Rwanda au mois de mars. Il doit par ailleurs se rendre en Tanzanie, ce jeudi 13 juin, avant de se rendre à Bujumbura le 14 juin, une visite confirmée par les autorités burundaises.

L’adhésion de la RDC à l’EAC avait déjà été évoqué à deux reprises entre le président congolais et son homologue rwandais

Les discussions entre le président congolais et ses homologues ont, jusqu’à présent, beaucoup tourné autour de thématiques sécuritaires. Tshisekedi, qui a promis de ramener la paix dans l’Est, a d’ailleurs accueilli une réunion des services de renseignements de la région à Kinshasa les 5 et 6 juin dernier. Rencontre finalement boudée par le Burundi.

Mais l’adhésion de la RDC à l’EAC avait déjà été évoqué à deux reprises entre le président congolais et son homologue rwandais, qui a succédé à l’Ougandais Yoweri Museveni à la présidence de l’organisation régionale le 1er février. Les deux hommes ont une première fois abordé la question à Kigali, le 26 mars, lors de la visite de Félix Tshisekedi qui avait alors appelé à « construire des ponts, pas des murs » entre les différents voisins du Congo.

Le sujet à de nouveau été à l’ordre du jour le 31 mai, lors d’une rencontre bilatérale entre les deux dirigeants qui s’est tenue en marge des obsèques de l’opposant Étienne Tshisekedi.

Tensions diplomatiques internes

L’organisation régionale que souhaite aujourd’hui rejoindre la RDC est miné par les tensions internes. Depuis plusieurs mois Kigali et Kampala sont à couteaux tirés. La fermeture temporaire fin février pour causes de travaux du poste frontière de Gatuna a mené à une escalade verbale entre les deux pays, qui multiplient les accusations mutuelles.

Bujumbura, comme Kampala, se montre méfiant face au rapprochement entre Paul Kagame et Félix Tshisekedi

Le point de passage en question à rouvert le 10 juin, mais la crispation reste forte entre Paul Kagame et Yoweri Museveni. Le Rwanda accuse notamment Kampala de fournir un soutien logistique à des groupes rebelles, dont le Rwanda National Congress et les FDLR. De son côté le gouvernement ougandais accuse régulièrement son homologue d’espionnage et d’ingérence dans les affaires politiques locales. D’un côté comme de l’autre, on nie ces allégations.

Bujumbura, de son côté, échange avec Kigali les mêmes accusations de soutien à des groupes hostiles. Le Burundi est sous la pression de ses voisins à un an d’une présidentielle qui s’organise dans un climat tendu, après l’échec de la médiation initiée par l’EAC.

L’absence d’un représentant burundais au dernier sommet de l’EAC, en novembre 2018, lors duquel le sujet devait être évoqué, avait poussé à un report de la rencontre, qui s’était finalement tenue trois mois plus tard. Bujumbura, comme Kampala, se montre méfiant face au rapprochement entre Paul Kagame et Félix Tshisekedi.

La requête de la RDC sera discutée lors du prochain sommet de l’EAC, prévu en novembre. La Somalie a aussi demandé son adhésion.

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