Politique

Algérie : sexisme et misogynie à l’Assemblée contre la réforme du code de la famille

L'assemblée populaire nationale algérienne (APN) © Wikimedia Commons

Le député algérien Mohamed Daoui (islamiste) a déclaré mardi devant l’Assemblée populaire nationale (APN) que les Algériennes "étaient responsables des violences qu'elles subissent en raison de leur accoutrement et de leur maquillage", provoquant l’ire d’une partie des parlementaires présents.

"On ne peut criminaliser un homme qui a été excité par une femme". Cette assertion, pour le moins rétrograde, a été prononcée mardi 3 mars par Mohamed Daoui, un député islamiste algérien membre de l’Alliance de l’Algérie Verte (AAV), au sein de l’assemblée populaire nationale (APN). Le contexte n’était pourtant pas a priori propice à ce genre de déclarations : les députés algériens étaient réunis pour débattre d’un projet d’amendement au code pénal afin de lutter, justement, contre les violences faites aux femmes.

Selon la "pensée" de Mohamed Daoui, il n’y aurait nul besoin d’avoir recours à la loi pour résoudre le problème de harcèlement sexuel et de violences envers les femmes : il suffirait simplement que les Algériennes fassent preuve de "pudeur". Et l’élu d’affirmer que ces dernières sont "responsables des violences qu’elles subissent en raison de leur accoutrement et de leur "maquillage"…

Surenchère sexiste

Les députées de l’assemblée n’ont pas tardé à réagir à ce qu’elles ont qualifié de "provocations d’une misogynie moyenâgeuse", rappelant vertement à Daoui "qu’on était au "21e siècle". Mais, certainement encouragé par leur confrère, d’autres députes islamistes de l’AAV ont eux aussi laissé s’exprimer leur penchants sexistes lors des débats, attaquant sans nuance le projet d’amendement du code pénal censé protéger les femmes, notamment contre la violence conjugale.

Les députés islamistes de "l’Alliance de l’Algérie verte" ont ainsi dénoncé des amendements "contraires à la charia" et de nature "à détruire la famille". Une députée du groupe, Fatma-Zahra Bounar, a même assuré que ces amendements "vont causer encore plus de dégâts après ceux introduits dans le code de la famille en 2005". Puis, cédant à sa propre surenchère, Mohamed Daoui est revenu à la charge, pointant du doigt une loi "idéologique" qui va "inciter les femmes à se rebeller contre leurs maris".

>> lire aussi :  Être une femme en Algérie

Affrontements entre progressistes et conservateurs

Le soutien aux femmes algériennes est venu des députés progressistes du Front des Forces Socialistes (FFS) et du Parti des Travailleurs (PT) de Louisa Hanoune, qui ont réclamé l’abrogation pure et simple du code de la famille et soutenu le projet d’amendement. Lequel prévoit notamment "des sanctions contre des époux coupables de violence contre leur conjoint ayant entraîné une incapacité temporaire, un handicap permanent ou une amputation".

Des sanctions à l’encontre des auteurs d’agressions sexuelles contre les femmes font également partie des mesures proposées. En revanche, une disposition du projet prévoyant que "les poursuites soient abandonnées si la victime décide de pardonner à son conjoint" a été jugée pernicieuse par les associations féministes qui exigent son retrait.

 

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