Politique

États-Unis : ce qu’il faut savoir sur Ketanji Onyika Brown Jackson, première femme noire à siéger à la Cour suprême

Son élection, le 7 avril dernier, a été qualifiée d’historique. Elle est en première ligne dans la bataille qui fait rage autour du droit à l’avortement aux États-Unis, que les juges conservateurs veulent remettre en question.

Mis à jour le 7 mai 2022 à 10:09

Le président Joe Biden avec la juge Ketanji Brown Jackson à la Maison Blanche, le 7 avril 2022. © Adam Schultz/White House/Sipa

« C’est un jour historique », s’est exclamé Joe Biden le 7 avril, après que le Sénat américain a confirmé la nomination de sa candidate au sein de la plus haute juridiction américaine. Pour la première fois, une femme noire occupe un siège à la Cour suprême. Un symbole fort. Mais cette magistrate au parcours brillant fera-t-elle pour autant basculer les votes ?

Alors que la Cour suprême s’apprête à mettre fin à un droit constitutionnel difficilement obtenu il y a un demi-siècle, en renvoyant aux seuls États la prérogative de légiférer sur le droit à l’avortement, la question se pose avec acuité. Le fruit d’un déséquilibre du rapport de forces au sein de la plus haute juridiction du pays, qui compte six juges conservateurs – dont trois nommés par Donald Trump au cours de son mandat –, contre seulement trois progressistes, dont Ketanji Onyika Brown Jackson. Portrait d’une femme d’exception. 

• Harvard

Née le 14 septembre 1970 à Washington, Ketanji Onyika Brown Jackson a passé son enfance à Miami, en Floride. Élevée par des parents professeurs, elle suit un parcours scolaire sans fautes. En 1992, elle obtient une licence à Harvard et poursuit son cursus à la faculté de droit de la prestigieuse université américaine, où sont passés avant elle Barack et Michelle Obama. Elle a deux filles. 

Africanité   

Descendants d’esclaves, ses parents ont toujours revendiqué leur africanité. Ils ont tenu à lui donner un prénom d’origine nigériane, même s’ils étaient conscients que porter un nom à consonance africaine pouvait être un handicap aux États-Unis, notamment dans la sphère professionnelle. 

Diversité  

La confirmation de sa nomination à la Cour suprême, par 53 voix contre 47 au Sénat, est une première pour une juge noire. S’il symbolise la diversité, ce choix ne va cependant pas changer l’orientation idéologique de la juridiction. Celle-ci demeure conservatrice, car les républicains y comptent six juges, contre seulement trois pour les démocrates. 

Promesse 

Sa désignation correspond à une promesse de campagne. En 2020, pour s’attirer les suffrages de l’électorat africain-américain, Biden avait annoncé qu’il nommerait une Noire à la Cour suprême, ce qui constituerait une première. Le président a saisi l’occasion du départ à la retraite du juge Stephen Breyer pour tenir parole. 

Manœuvre politique  

La nomination de Ketanji Onyika Brown Jackson est un « coup » stratégique. Pour espérer remporter les élections de mi-mandat, en novembre prochain, le président Biden doit soigner sa cote de popularité auprès de l’électorat africain-américain, traditionnellement acquis aux démocrates. 

Trois républicains « modérés », parmi lesquels Mitt Romney, se sont distingués en votant en faveur de sa nomination

Attaques  

Lors de ses auditions devant le Sénat, la magistrate a fait l’objet d’attaques virulentes de la part des élus républicains. Le très conservateur Ted Cruz, sénateur du Texas, l’a accusée d’avoir « milité pour les prédateurs sexuels » et d’avoir retenu des « peines inférieures aux réquisitions dans 100 % des dossiers de pédopornographie » qui lui avaient été soumis. Trois républicains « modérés », parmi lesquels l’ancien candidat à la présidence Mitt Romney, se sont tout de même distingués en votant en faveur de sa nomination. 

Irréprochable  

Son parcours s’est déroulé sans heurts. En 2003, elle intègre la commission bipartite des États-Unis, où elle travaille sur « la détermination des peines ». À partir de 2005, elle est l’assistante du défenseur public fédéral, à Washington DC. Sa carrière décolle véritablement en 2012, quand Obama, alors président, la nomme juge fédérale dans la capitale.

Guantánamo 

En tant qu’assistante du défenseur public fédéral, elle a eu à plaider pour certains détenus de Guantánamo, peu après les attentats du 11 septembre 2001. Ce passé lui a valu de sévères critiques de la part des sénateurs républicains. Lors des auditions préalables à la confirmation de sa nomination à la Cour suprême, ses détracteurs lui ont reproché d’avoir défendu des « combattants ennemis ». Elle leur a rétorqué que n’importe quel individu avait droit à la meilleure défense possible.

Anti-Trump 

Juge au sein du tribunal fédéral de Washington, elle a été plusieurs fois amenée à statuer contre l’administration Trump. En 2019, alors que le président, menacé de destitution, contestait la comparution de l’un de ses proches devant le Congrès, Ketanji a rejeté la requête et a rappelé au camp Trump qu’«il ressort[ait] de l’histoire américaine que les présidents [n’étaient] pas des rois ». 

Famille

Elle est parente par alliance avec le républicain Paul Ryan, ancien président de la Chambre des représentants. Malgré leurs divergences politiques, celui-ci a salué son élection : « Nos idées politiques peuvent différer mais, pour moi, l’intelligence, le caractère et l’intégrité de Ketanji ne font aucun doute », a-t-il écrit sur Twitter.