Politique

Crise franco-algérienne : les petits pas de Macron en direction d’Alger

Le président français tente d’apaiser la colère d’Alger après la crise engendrée par ses propos sur le « système politico-militaire » algérien.

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Mis à jour le 10 novembre 2021 à 14:58

Emmanuel Macron, le 16 novembre 2020, dans le Salon doré du palais de l’Élysée. © François Grivelet pour JA

Après les piques et les polémiques, le temps de la détente ? Le président français a fait un pas en direction du président algérien pour tenter d’apaiser les tensions entre les deux pays. Le 9 novembre, l’Élysée a dit regretter les polémiques et les malentendus engendrés par les propos du président français et affirme son « plus grand respect pour la nation algérienne, pour son histoire et pour la souveraineté de l’Algérie ».

Sauf surprise, aucun officiel algérien ne prendra part à la conférence internationale sur la Libye

« Il est fortement attaché au développement de la relation » entre la France et l’Algérie, précise un conseiller de Macron lors d’un brief de presse consacré à la conférence sur la Libye, qui se tiendra le 12 novembre à Paris.

Appel ignoré

Le président français, ajoute encore son conseiller, souhaite que la relation franco-algérienne se développe « au bénéfice des populations algérienne et française mais également pour répondre aux grands défis régionaux, à commencer par la Libye ».

Peu de temps avant cette déclaration, Macron a tenté de joindre au téléphone son homologue algérien pour reprendre langue avec lui et lui faire part de son souhait de le voir à Paris pour assister à cette conférence. Mais Abdelmadjid Tebboune a refusé de répondre à l’appel. Signe que la colère du locataire d’El-Mouradia est loin de s’apaiser.

Sauf surprise, aucun responsable algérien ne prendra part à la conférence internationale qui réunira les dirigeants de la plupart des pays impliqués dans la crise libyenne ou dans son règlement. La vice-présidente américaine Kamala Harris, le président égyptien Abdelfattah el-Sissi, ainsi que le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov seront présents.

Abdelmadjid Tebboune, qui jusque-là entretenait d’excellentes relations avec Emmanuel Macron, se montre désormais intransigeant, tenant des propos durs et presque définitifs. Dans une interview accordée au journal allemand Der Spiegel, le président algérien affirme qu’il ne fera pas le premier pas en direction de la France sinon il perdrait la face devant ses compatriotes.

« C’est un problème national, ce n’est pas un problème du président de la République, explique-t-il à l’hebdomadaire allemand […] Aucun Algérien n’accepterait que je reprenne contact avec ceux qui ont formulé ces insultes […] M. Macron a blessé la dignité des Algériens. »

Propos polémique

Abdelmadjid Tebboune s’est montré encore plus inflexible sur la décision prise par Alger d’interdire le survol de son espace aérien par des avions militaires français pour rallier le Sahel.

« Si les Français veulent aller au Mali ou au Niger, désormais ils devront voler 9 heures au lieu de 4, indique Tebboune. Toutefois, nous sommes disposés à faire une exception pour secourir les blessés. »

À la demande de l’ancien président François Hollande, l’Algérie avait ouvert en janvier 2013 son espace aérien aux appareils français engagés dans la guerre contre les groupes terroristes au Mali.

Un mois et dix jours après son rappel à Alger, l’ambassadeur n’a pas encore regagné son poste

Bien que les autorités algériennes aient catégoriquement refusé de s’engager dans cette lutte anti-terroriste menée à ses frontières du Sud, la coopération sécuritaire entre Alger et Paris notamment dans le cadre du renseignement n’a jamais fait défaut.

Les tensions entre les deux pays ont éclaté le 2 octobre suite aux propos d’Emmanuel Macron, rapportés par le journal Le Monde, accusant le système politico-militaire algérien d’entretenir une rente mémorielle en servant aux Algériens une « histoire officielle » qui « ne s’appuie pas sur des vérités » mais sur « un discours qui repose sur une haine de la France ».

Macron s’interrogeait également sur l’existence d’une nation algérienne avant la colonisation française et jugeait que le système algérien était fatigué et fragilisé par le Hirak. Certes, il se félicitait de l’état de ses relations avec Tebboune, mais précisait que celui-ci est « pris dans un système qui est très dur ».

Le moins que l’on puisse dire est que les Algériens, à commencer par le locataire d’El-Mouradia, n’ont pas du tout goûté les déclarations du président français. Première conséquence de leur colère : le rappel, le 2 octobre, pour consultation d’Antar Daoud, l’ambassadeur d’Algérie à Paris.

Un mois et dix jours plus tard, le diplomate algérien n’a toujours pas regagné son poste. C’est à l’aune de l’évolution de ce rappel que l’on jugera si les relations entre les deux capitales amorcent un début de détente.

Un éventuel retour de l’ambassadeur d’Algérie en France est « conditionné au respect total de l’État algérien » par Paris, a déclaré Abdelmadjid Tebboune, le 10 octobre.