Politique

Gabon : Rose Christiane Ossouka Raponda à l’heure du premier bilan

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Mis à jour le 16 juillet 2021 à 16:06

Rose Christiane Ossouka Raponda et Ali Bongo Ondimba, lors de la prestation de serment du nouveau gouvernement, le 22 juillet 2020. © DR / Présidence du Gabon

Économie, pandémie, politique… Le 16 juillet 2020, la première Gabonaise à être nommée au poste de Premier ministre entrait en fonction. Pour quels résultats ?

Elle a su cultiver une apparence sobre et sérieuse. Première femme à occuper la primature gabonaise, Rose Christiane Ossouka Raponda ne manque pas d’allure ni de stature. Nul ne le lui conteste sur la scène internationale, où elle représente le Gabon en lieu et place du président Ali Bongo Ondimba, lequel goûte désormais moins les voyages. Si on l’a souvent vue sur la scène diplomatique, paradoxalement, on entend peu la cheffe du gouvernement sur les missions qui lui ont été confiées à sa nomination : faire repartir une croissance en berne depuis 2014 ; gérer la crise sanitaire en cours.

Économiste diplômée de l’Institut gabonais des Finances, plusieurs fois ministre titulaire de portefeuilles économiques ou régaliens, son CV relève de la méritocratie républicaine. Mais pourquoi met-elle autant de soin à éviter les journalistes en recherche de bilan ? La question se pose d’autant que cet inventaire est loin d’être prématuré, eu égard à la longévité des Premiers ministres au Gabon. Quatre impétrants s’étant succédé en cinq ans, soit un bail moyen d’un an et deux mois sur ce fauteuil éjectable, il n’est pas trop tôt pour dresser un bilan d’étape un an après.

Retard à l’allumage

Un constat s’impose : la vue panoramique du pays a peu changé sous l’ère Ossouka. Ceux qui attendaient une femme providentielle douée de la capacité d’accélérer la sortie de crise vont encore devoir attendre. De ces derniers mois, les Gabonais retiennent surtout la succession de confinements et le couvre-feu, qui ont eu pour effet de restreindre les libertés individuelles. Les commentateurs politiques se plaignent d’une certaine anesthésie de la vie politique, à peine troublée par le retour au sein du Parti démocratique gabonais (PDG) de quelques vétérans de la politique spécialistes des va-et-vient entre majorité et opposition, à l’instar de René Ndemezo Obiang. S’agissant de la chronique économique, elle s’inquiète des déficits publics et de la dette, qui ont pris des proportions importantes par rapport au PIB.

Délivrée le 4 septembre 2020, sa déclaration de politique générale n’était pourtant pas avare de bonnes intentions. « La croissance mondiale devrait être de retour en 2021 et pourrait s’établir à 5,4 %. En Afrique subsaharienne, elle serait de 3,4 % et pour le Gabon, elle se situerait entre 2 et 3 %. L’enjeu pour notre gouvernement, au-delà de la forte contrainte budgétaire, est de faire repartir les activités économiques ». Pour cela, le Premier ministre préconise d’« accélérer l’exécution des projets en partenariat publics-privés, de rendre lisible l’action de l’État en matière d’investissement public, de poursuivre l’exécution des projets d’investissements en cours et de restaurer la confiance des investisseurs en améliorant l’environnement des affaires ».

En pratique, en janvier 2021, un séminaire gouvernemental a abouti au lancement du Plan d’accélération de la transformation (PAT), dont Ossouka est maitre d’ouvrage, tandis qu’un Conseil national de pilotage du PAT, dirigé par Yves Sylvain Moussavou, le secrétaire général adjoint du gouvernement, est à l’œuvre. La formule fonctionne, mais pas assez vite pour rattraper les six premiers mois de « retard à l’allumage » de la primature Ossouka Raponda. Au bout d’un an, le résultat est mitigé. Selon tableau de bord relevé en avril dernier par le FMI, la croissance s’établissait à 1,2 % du PIB au lieu des 3 % prévus.

Travaux publics et éducation

Le tableau n’est pour autant pas entièrement noir. On peut observer un frémissement dans le secteur des travaux publics. Les voiries de Libreville sont en rénovation. Échec du précédent septennat, la construction des logements a repris. Huit immeubles de 12 appartements chacun, soit près de 100 logements, construits par la Société nationale immobilière (SNI), ont été inaugurés début juillet par le Premier ministre. Dans le secteur de l’éducation, son gouvernement construit des salles de classe pour le secondaire et réhabilite le campus vétuste de l’Université Omar Bongo (UOB).

L’opposition attend Ossouka Raponda au tournant

Autre priorité, le projet routier titanesque baptisé Transgabonaise, dont la Première ministre a posé la première pierre le 25 septembre 2020 mais démarre timidement. Cet axe routier national prévu pour traverser six des neuf provinces du Gabon sur 828 kilomètres, est pourtant censé être livré en 2023.

Les délais pourront-il être tenus ? L’opposition en doute et attend Ossouka Raponda au tournant : « Je ne suis pas fort en mathématiques, mais je rappelle que vous avez fait PK 5 – PK 12 (Une départementale en banlieue de Libreville, Ndlr), soit 7 kilomètres, en 7 ans. Sept kilomètres, 7 ans. Donc 1 kilomètre par an. Et vous pensez réaliser plus de 700 km d’ici 2023 ? (…) Venez annoncer, Mme le Premier Ministre, ce qui est réalisable. Ne mentez pas au peuple, ne mentez pas au chef de l’Etat », l’a vertement tancée Séraphin Akure-Davain, député Les Démocrates de Lambaréné.

Reste, aussi, à concrétiser la promesse d’amélioration de l’offre de santé par le moyen du « renforcement des plateaux techniques des structures hospitalières, de deuxième et troisième niveaux », érigé en priorité par la Première ministre, qui l’a inscrite dans le programme d’investissements du secteur de la santé pour la période 2020-2022.

Petit comité

Quelle cheffe d’équipe est Ossouka Raponda ? « Indifférente », lui reproche une fonctionnaire de la primature qui a connu quatre de ses prédécesseurs. À l’immeuble du 2-Décembre, abritant les services de la numéro 2 du pouvoir exécutif, bien peu de personnes lui ont serré la main. Elle travaille en petit comité avec des cadres qui l’entourent depuis plusieurs années au fil de ses mutations. Directeur de cabinet, Noël Landry Posso est un ancien du ministère des Mines, du Pétrole et des Hydrocarbures mais il a surtout été conseiller d’Ossouka Raponda lorsqu’elle était maire de Libreville de 2014 à 2019. De retour au gouvernement, au ministère de la Défense, il l’accompagne comme conseiller technique.

Secrétaire particulier, Elvis Tchinga Mouélé est lui aussi un ancien de la mairie de la capitale qui a déménagé à la primature. Paule Addhas Kogou Mombo, son chef de cabinet est une ex-chargée d’étude au ministère de la Défense, où Ossouka Raponda a officié avec le titre de ministre d’État du 12 février 2019 au 16 juillet 2021. Membres eux aussi de cette garde rapprochée, Angèle do Marcolino, l’intendante de la Primature, Janvier Ngoua Ona, Directeur de cabinet adjoint.

Elle compte aussi des rivaux au sein de son propre gouvernement

Au gouvernement, Ossouka Raponda a constitué un noyau dur essentiellement féminin comptant en son sein Denise Mekam’ne, la ministre d’État chargée des Relations avec les institutions constitutionnelles, de Madeleine Berre, la ministre de l’Emploi et de la Fonction publique, de Nicole Roboty Mbou, la ministre de l’Économie, mais aussi de Pacôme Moubelet Boubéya, le ministre des Affaires étrangères et de Sosthène Ossoungou Dibangoye, le ministre du Budget et des Comptes publics.

Elle compte aussi des rivaux au sein de son propre gouvernement. Ainsi du ministre de la Santé, l’ambitieux Guy-Patrick Obiang Ndong, un jeune médecin proche de la Première dame Sylvia Bongo Ondimba. Lui et bien d’autres scrutent ses faits et gestes, guettant le faux-pas qui pourrait précipiter sa chute. L’objectif non écrit du gouvernement étant de présenter un bilan avant la présidentielle de 2023, le Palais du bord de mer n’hésitera pas à écourter son bail au « 2-décembre » en cas de doute. Et cela quoi qu’il en coûte.