Société

Covid-19 en Afrique : une carte pour suivre au jour le jour l’avancée de l’épidémie

Comme dans la plupart des régions du monde, les contaminations se poursuivent à un rythme assez lent sur le continent et l’OMS prévoit de fortes baisses des statistiques fin 2022. Les principaux problèmes restent toutefois inchangés : manque de capacité de séquençage pour tracer les variants et bien sûr manque de vaccins en nombre suffisant, même si sur ce second point la situation s’améliore sensiblement.

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Mis à jour le 21 novembre 2022 à 11:00

Séance de vaccination contre le Covid-19 à l’hôpital Mbagathi de Nairobi, au Kenya, le 12 avril. © ROBERT BONET/AFP

Le ralentissement général des contaminations est une réalité palpable sur le continent – certains rares pays ont même cessé d’actualiser leurs statistiques Covid – et si la maladie n’est pas éradiquée, elle semble sous contrôle. Les quelques pays qui affichent encore des progressions importantes du nombre de patients sont Maurice et les Seychelles, ainsi que l’Afrique du Sud, le Maroc et la Tunisie où la pandémie a été particulièrement virulente.

Le nombre total de cas de contaminations en Afrique devrait, selon ces nouvelles données, s’établir autour de 166,2 millions à la fin de cette année, contre 227,5 millions en 2021. Mieux encore : la mortalité devrait s’effondrer en 2022, baissant de 94 %. En 2021, le Covid-19 a officiellement tué 113 102 personnes sur le continent, soit comme l’a rappelé la directrice du bureau Afrique de l’organisation, Matshidiso Moeti, 970 décès chaque jour. Les prévisions actuelles tablent sur 23 000 morts – soit environ 60 par jour – pour l’ensemble de l’année.

On sait cependant, et l’OMS l’a rappelé en annonçant ces nouveaux chiffres, que ces statistiques officielles sont à prendre avec des pincettes : nombre de médecins estimaient depuis longtemps que le nombre de cas était grandement sous-estimé, et les chercheurs ont jeté un pavé dans la mare en annonçant mi-octobre 2021 que le bilan réel était sans doute sept fois supérieur à ce qui est annoncé (avec un nombre de décès a priori supérieur également, mais pas dans les mêmes proportions). En cause, principalement : le très grand nombre de malades totalement asymptomatiques. Ce qui ne les empêche malheureusement pas d’être contagieux.

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Début mars, le Lancet se montrait plus alarmiste encore, citant une nouvelle étude selon laquelle la sous-estimation systématique du nombre de cas ne serait pas un problème africain, mais mondial. Selon le magazine scientifique de référence, le bilan de la pandémie serait environ trois fois supérieur à ce qui est annoncé, avec non pas 5,9 millions de décès enregistrés entre début 2020 et fin 2021 mais… 18,2 millions ! Toujours selon les scientifiques, les pays dans lesquels l’écart entre chiffres officiels et mortalité réelle est le plus important seraient, par ordre décroissant, l’Inde, les États-Unis, la Russie, le Mexique, le Brésil, l’Indonésie et le Pakistan.

En avril enfin, le bureau Afrique de l’OMS a estimé que le véritable bilan était sans doute encore plus élevé que ces différentes évaluations le laissaient entendre. Selon Matshidiso Moeti, ce seraient en fait 65 % de la population africaine qui auraient été infectée au Covid-19 depuis 2020. Un chiffre 97 fois plus élevé que les statistiques officielles qui ne peut qu’étonner. Mais qui, encore une fois, s’expliquerait par le fait que dans la grande majorité des cas (les deux tiers, selon l’OMS), les Africains contaminés n’auraient développé aucun symptôme.

Les chiffres ne cessent donc d’évoluer, mais quelques données peuvent être évoquées avec certitude. La gravité de la pandémie, d’abord, ne devrait plus être mise en doute car après deux années de contaminations, le bilan total est lourd. Le cap (officiel) des 12 millions de contaminés (dont 4 millions pour la seule Afrique du Sud) a été franchi au début de l’été, tandis que le nombre de morts dépasse maintenant les 254 000. Madagascar a atteint en fin d’année dernière le cap symbolique des 1 000 morts du Covid, et le Zimbabwe celui des 5 000. Quant à la Tunisie, elle a eu début mars le triste privilège d’être, après l’Afrique du Sud et le Maroc, le troisième pays du continent à dépasser le million de contaminations. Tandis la Libye franchissait le palier des 500 000. Début avril enfin, l’Afrique du Sud a atteint les 100 000 décès du Covid.

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Des capacités de séquençage très insuffisantes

Quant aux mesures de riposte mises en place face au virus, on sait maintenant que la lutte contre la pandémie passe par une meilleure identification des variants qui sévissent au sein de chaque communauté, ce qui suppose de procéder à beaucoup plus de séquençages des échantillons prélevés sur les malades. Les capacités techniques permettant de procéder à cette opération sont malheureusement très insuffisantes dans la plupart des pays. L’Afrique ne représente à ce jour que 1 % des opérations de séquençage du Covid réalisées dans le monde.

Sur le plan de la vaccination, le bilan reste décevant, même si les chiffres progressent et que la perspective de produire prochainement des sérums en Afrique même, au moins sous licence, semble de moins en moins utopique. L’accord obtenu le 16 juin dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce, qui prévoit enfin une levée temporaire des brevets sur les vaccins anti-Covid, aidera sans doute enfin à améliorer la situation, même si l’on sait que bien d’autres questions – production en nombre des sérums et administration aux populations, en particulier – resteront à résoudre.

L’inauguration, le 23 juin à Kigali, au Rwanda, de la première usine produisant des vaccins à ARN-messager sur le continent, en partenariat avec le laboratoire allemand BioNTech, constitue aussi une avancée symbolique importante, tout comme la mise en service prochaine du vaccinopôle de Diamniadio, au Sénégal. À mesure que les sites de production se multiplieront, l’Afrique s’émancipera de ce qui reste l’un de ses principaux problèmes : sa dépendance presque totale aux importations pour tout ce qui touche aux médicaments et au matériel médical.

 

Mise à jour régulièrement, notre carte évolutive dresse un panorama en temps réel de l’état d’avancée de la maladie. Elle se concentre sur trois variables : le nombre de décès, le nombre total de cas déclarés depuis le début de l’épidémie, et le nombre de guérisons recensées (que beaucoup de pays ont toutefois tendance à actualiser de moins en moins régulièrement). En passant votre souris sur chaque pays, vous pourrez consulter le détail de ces informations par pays, mais aussi les différentes mesures de restriction mises en place.

La couleur de la carte est graduée selon le nombre de décès.

Si vous ne parvenez pas à lire la cartecliquez ici.