Société

[Chronique] Le faux pas de Burna Boy : « Je ne suis pas un artiste nigérian »

Mis à jour le 21 mai 2021 à 17:12
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Glez © Glez

En affirmant qu’il n’est « pas un artiste nigérian » et qu’il ne « gagne pas d’argent avec le Nigeria », le chanteur Burna Boy s’est mis à dos une partie des réseaux sociaux.

La « fan attitude » s’arrête-elle là où commence le patriotisme ? Comme l’extrême droite française tente de minimiser le retour en équipe de France du footballeur Karim Benzema en exhumant sa déclaration d’amour à un pays africain – « L’Algérie, c’est le pays de mes parents, c’est dans le cœur » –, des internautes nigérians s’agacent de récents tweets de Burna Boy. Ce mardi 18 mai, répondant à des questions de fans, le hitmaker aux cinq albums a tenu à signaler : « Je ne suis même pas un artiste nigérian ».

« Je ne gagne pas d’argent avec le Nigeria »

Alors que le grand public ne lui connaît pas d’autre nationalité, Damini Ebunoluwa Ogulu alias « Burna Boy » a-t-il voulu dire que sa carrière se déploie davantage au-delà des frontières, comme celles de certains de ses collègues nigérians à succès ?

Quelques réactions de groupies plus tard, c’est bien sur le terrain de la structuration financière de son business que la star fait glisser le débat : « Je suis d’ici et je vis ici parce que j’aime ma maison et mon peuple » mais « je ne gagne pas d’argent avec le Nigeria ». Une façon de rappeler qu’il signa, en 2017, un contrat avec la joint-venture « Bad Habit » de la société d’édition de disques Atlantic Records, pour le marché américain, et avec « Warner Music » pour l’international.

Chafouins ou carrément écœurés, des fans ont décoché au natif de Port Harcourt ce genre de flèches dont Twitter a le secret : « Vous faites la promotion de la culture africaine et vous niez votre propre patrie » ; « En ce qui concerne l’amour et le respect authentiques des fans, merci de le laisser à Wizkid et Davido. Ils préfèrent avaler des haricots crus plutôt que de manquer de respect à leurs fans » ; « Les fans de Burna au Nigeria, j’ai pitié de vous. Tous vos efforts sont utilisés et Burna dit toujours qu’il ne gagne pas d’argent au Nigeria ».

« Il dit la vérité »

Bien sûr, beaucoup de grosses pointures de la musique africaine font davantage leur « beurre » à l’étranger que chez eux, pas par manque de popularité à domicile, mais pas fragilité de l’industrie musicale locale.

À des observateurs qui faisaient remarquer à l’Américain Michael Jackson le peu de revenus qu’il tirait de phénoménaux taux d’écoute en Afrique, « the king of pop » avait balayé d’un revers de main l’illusoire croisade anti-piraterie. En pleine polémique Burna Boy, l’animateur Joey Akan tranche : il « dit la vérité. (…) Les musiciens gagnent plus d’argent en dehors du Nigeria que dans le pays ».

Tout est peut-être affaire de respect et de combinaison optimale du marché international et de la demande domestique. Homme d’affaires autant que chanteur, le Sénégalais Youssou N’Dour, par exemple, a toujours ménagé la chèvre et le chou, alternant des albums de « world music » destinés aux Occidentaux et des opus davantage teintés de mbalax, afin ne pas décrocher de son public de la Teranga.

À défaut de produire deux discographies, Burna Boy devrait éviter de refroidir ses fans nigérians par une communication jugée hautaine. Certains artistes aux carrières internationales éphémères ont été bien heureux d’incarner plus tard la parabole du fils prodigue…