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Éthiopie : nouvelle flambée de violences interethniques en Amhara

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Mis à jour le 24 avril 2021 à 11:52

Une patrouille de l’armée éthiopienne à Addis-Abeba, le 26 novembre 2020. Photo d’illustration. © Minasse Wondimu Hailu/Anadolu Agency/AFP

De nouvelles violences interethniques dans la région éthiopienne de l’Amhara (nord-ouest) ont fait des dizaines de victimes et déplacé des dizaines de milliers d’habitants.

Cette dernière flambée de violence avive un peu plus les craintes sur le climat dans lequel sont censées se dérouler les élections nationales du 5 juin dans la région Amhara, dominée par le groupe ethnique éponyme.

Les violences, qui ont débuté la semaine dernière, se sont concentrées dans deux divisions administratives de la région, la zone Shoa Nord (ou Shewa Nord) et celle d’Oromo, cette dernière étant majoritairement peuplée d’Oromo, le principal groupe ethnique du pays.

Envoi de troupes

Les administrateurs des deux zones ont jusqu’à présent refusé de donner des bilans précis. Mais le médiateur en chef de l’Éthiopie, Endale Haile, a indiqué vendredi, après s’être rendu sur place, que 200 personnes pourraient avoir été tuées dans ces affrontements. « On peut dire sans crainte de se tromper que plus de 100 personnes sont mortes. L’estimation va jusqu’à 200 » victimes, a-t-il déclaré, précisant que ces données étaient « fondées sur les informations de déplacés ».

Selon lui, plus de 250 000 personnes ont été déplacées par les violences dans la région de Shoa Nord et plus de 75 000 dans la zone spéciale d’Oromo. Les chiffres du médiateur en chef n’ont pas pu être confirmés de source indépendante. En mars, de précédentes violences dans cette même région avaient fait plus de 300 morts et 50 000 déplacés.

Les causes demeurent floues. Des responsables amhara ont évoqué l’implication du groupe rebelle de l’Armée de libération oromo, mais ce dernier a démenti être présent dans cette zone. Dimanche, l’armée éthiopienne a annoncé l’envoi de troupes pour tenter de restaurer la paix. Le médiateur en chef a rapporté que la situation était calme lors de sa visite jeudi et vendredi. « Il faut à présent l’intervention des politiques, des pères religieux et des chefs coutumiers pour réconcilier les populations », a-t-il estimé.

Manifestations

Les informations faisant état d’Amhara pris pour cibles dans ces violences ont déclenché ces derniers jours des manifestations de colère dans plusieurs villes de la région. Les forces de sécurité ont fait usage de gaz lacrymogènes et de tirs de sommation pour disperser les manifestants à Bahir Dar, la capitale de la région.

Ces violences interethniques ternissent le mandat du Premier ministre Abiy Ahmed, arrivé au pouvoir en 2018 après d’importantes manifestations antigouvernementales portées notamment par la jeunesse oromo et amhara. Les analystes redoutent que les élections législatives et municipales prévues le 5 juin accroissent l’insécurité dans le pays, alors que l’Éthiopie est déjà engagée dans le conflit dans le Tigré.