Politique économique

Cameroun, Congo, Sénégal, Côte d’Ivoire… : qui doit quoi à qui ?

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Mis à jour le 19 octobre 2020 à 15h10
La directrice du FMI, Kristalina Georgieva, et le président de la Banque Mondiale, David Malpass. Les institutions financières multilatérales sont de loin les premiers créanciers des pays africains.

La directrice du FMI, Kristalina Georgieva, et le président de la Banque Mondiale, David Malpass. Les institutions financières multilatérales sont de loin les premiers créanciers des pays africains. © Jose Luis Magana/AP/SIPA

La Banque mondiale s’est penchée sur les dettes publiques africaines et sur leurs créanciers, et détaille les échéances à venir. Le décryptage de Jeune Afrique.

« Avant même le début de la pandémie liée au Covid-19, l’augmentation des niveaux de la dette publique était déjà une source d’inquiétude, en particulier dans de nombreux pays parmi les plus pauvres du monde », assure la Banque mondiale qui a dévoilé le 12 octobre des données « plus détaillées que jamais au cours de ses soixante-dix ans d’existence ».

« En 2019, la dette extérieure totale des pays éligibles à l’Initiative de suspension du service de la dette (ISSD) – soit les  pays les plus pauvres du monde – a augmenté de 9,5 % par rapport à l’année précédente, pour atteindre un montant record de 744 milliards de dollars en 2019 », développe l’institution multilatérale, présidée par l’Américain David Malpass.

Selon la Banque mondiale, il y a « urgence pour les créanciers et les emprunteurs à collaborer afin d’éviter le risque croissant de crises de la dette souveraine provoquées par la pandémie de Covid-19 ». En 2019, rappellent ses équipes, « le rythme d’accumulation de la dette de ces pays était près de deux fois supérieur à celui des autres pays à faible et moyen revenu ».

Pour la première fois, l’institution a publié les ventilations de ce que chaque pays emprunteur doit à ses créanciers, ainsi que les paiements initialement attendus du service de cette dette en 2021.

Explosion des créances privées

Objectif de cette compilation titanesque de données : « Permettre aux pays à faible et moyen revenu d’évaluer et de gérer leur dette extérieure pendant la crise actuelle et de travailler avec les décideurs politiques pour atteindre des niveaux et des conditions d’endettement viables ».

Cette étude met en lumière la montée en puissance du privé dans la composition de la dette des pays éligibles à l’ISSD.

Si les créanciers multilatéraux, au premier rang desquels le FMI, la Banque mondiale ou encore la Banque africaine de développement, sont les principaux créanciers de ces pays, avec un encours total de 243 milliards de dollars à la fin de l’année 2019, ce qui équivaut à 46 % de la dette publique totale et de la dette garantie par l’État, les prêteurs privés sont ceux qui enregistrent la croissance la plus rapide. Avec une multiplication par cinq des créances depuis 2010, les obligations souscrites par des privés atteignant 102 milliards de dollars à la fin de 2019.

Le graphique ci-dessous, qui retrace une grande partie des ardoises que devraient payer, sauf moratoire ou renégociation, huit des pays africains éligibles à l’ISSD, illustre bien l’ampleur qu’a pris cette dette privée pour des pays comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire.

Et encore ces données comportent-elles quelques lacunes, tels que les prêts contractés auprès des banques commerciales et les emprunts directement négociés auprès d’acteurs privés, les sociétés de négoce, par exemple.

La Chine devant la France… sauf en Côte d’Ivoire

Le Bénin, qui a dès le début marqué une forte réticence à la mesure de suspension, par crainte qu’elle n’affecte sa crédibilité auprès des créanciers privés – et donc sa capacité à emprunter à nouveau – a cependant eu recours de façon croissante à ce type d’endettement. Il faut noter que cette dette reste cependant bien en-dessous de ce que les banques de développement prêtent à Cotonou.

Autre enseignement : la montée en puissance de la Chine, de très loin le principal prêteur bilatéral, qui a vu sa quote-part dans la dette combinée due aux pays du G-20 passer de 45 % en 2013 à 63 % à la fin de 2019.

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