20/03/2010 à 11h:12 Par AFP
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Abdoulaye Wade salue la foule lors du lancement des travaux d’une autoroute, en février 2010. Abdoulaye Wade salue la foule lors du lancement des travaux d’une autoroute, en février 2010. © AFP

A l'heure du bilan, le président Wade se vante des progrès effectués par son pays depuis dix ans. Pour lui, aucun nuage n'est venu assombrir le train des réformes et des révolutions. La presse sénégalaise n'est pas tout à fait de cet avis.

Dix ans après son accession au pouvoir, le président sénégalais Abdoulaye Wade ne se reconnaît aucun échec et affirme que tout a changé au Sénégal. Mais pour ses détracteurs, le dirigeant de 84 ans ne fait qu'ignorer le malaise social du pays en le berçant d'illusions. Le 19 mars 2000, le Sénégal fêtait l'Alternance avec un grand "A", après 40 ans de pouvoir socialiste: une transition en douceur, saluée comme exemplaire. Abdoulaye Wade devenait le 3e président du Sénégal, après 26 ans d'opposition aux régimes de Léopold Sédar Senghor et d'Abdou Diouf. Dix ans plus tard, le président affirme, au micro de Radio France internationale (RFI), n'avoir échoué dans aucun domaine. "Un échec ? Je ne vois pas", dit-il. Il se félicite plutôt "d'avoir réussi à faire accepter par les Sénégalais d'investir 40% du budget dans l'éducation". Un chiffre cependant contesté par les responsables de syndicats d'enseignants, tel Mamadou Diop Castro qui assure que "c'est 40% du budget de fonctionnement, soit 27% du budget de l'Etat" et juge que la qualité de l'éducation, elle, ne s'est pas améliorée.

Le régime se flatte par ailleurs d'avoir mis en chantier des infrastructures routières ou un nouvel aéroport. Aux yeux du politologue Abdoul Aziz Diop, toutefois, ces "infrastructures constituent un véritable leurre" car elles se concentrent essentiellement dans la capitale. Enfin, le chef de l'Etat présente comme "une révolution" la Grande offensive agricole pour la nourriture et l'abondance (Goana) lancée en 2008 et servie par une pluviométrie avantageuse. Il promet même "l'autosuffisance alimentaire" pour bientôt, alors même que les épiciers du pays écoulent encore, essentiellement, du riz importé d'Asie ou du lait en poudre d'Europe.

Corruption, sport national

Le journal privé Walfadjiri concède que "des infrastructures de dernière génération sont sorties de terre" ou que "le nombre d'écoles, de collèges, de lycées et d'universités a été multiplié". Mais le journal assure que "la corruption devient un sport national", "l'électricité, un luxe" et que "le chômage gagne de l'ampleur", en accusant les dirigeants d'être "bercés par l'utopie". "La corruption, avec beaucoup de scandales, a accompagné tout ce processus", affirme aussi le coordonnateur du Forum civil (branche de Transparency International), Mouhamadou Mbodj, rappelant l'affaire des 133.000 euros offerts par la présidence à un agent du Fonds monétaire international (FMI), en guise de "cadeau d'adieu". Quant au journal Le Matin, il évoque "la gestion décriée de l'agence chargée d'organiser le sommet de l'Organisation de la conférence islamique (Oci)" que présidait le fils du chef de l'Etat, Karim, aujourd'hui ministre.

"Les scandales financiers et fonciers, les détournements et l'affairisme d'Etat sont la marque distinctive du rapport que le régime a avec le pouvoir", affirme le porte-parole du Parti socialiste (PS), Abdoulaye Wilane.

"On a bricolé"

Mais le président, candidat à sa succession en 2012, n'a cure des critiques. En Casamance, région du sud du pays en proie depuis 1982 à une rébellion indépendantiste, les accrochages meurtriers se multiplient depuis six mois. "Il y a des attaques sur les routes, c'est vrai, mais c'est quoi ça ? Des indépendantistes qui ne veulent pas de la paix, téléguidés de l'extérieur", affirme-t-il. Tout juste concède-t-il des manquements dans la gestion des inondations qui ont affecté près de 300.000 personnes selon l'ONU en août-septembre 2009 dans la région de Dakar: "Les gens, aujourd'hui encore, ont les pieds dans l'eau (...) Jusqu'à présent, on a bricolé", admet le président.

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