Sommet des filles africaines : il est temps d’en finir avec le mariage des enfants !

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Ambassadrice de bonne volonté de l’Union africaine pour la campagne visant à mettre fin au mariage des enfants, Nyaradzayi Gumbonzvanda, est également Secrétaire générale de World YWCA.

Des enfants assistent à un cours à l'école primaire. © Sylvain CHERKAOUI pour J. A.

À l'occasion du Sommet des filles africaines qui se déroule en Zambie les 26 et 27 novembre, Nyaradzayi Gumbonzvanda, ambassadrice de bonne volonté de l’Union africaine, et Lakshmi Sundaram, directrice exécutive de Filles, Pas Epouses, co-signent cette tribune.

Cette semaine, les dirigeants africains ont une occasion rare : celle de se pencher sur une pratique qui prive des millions de filles de leur avenir et empêche le continent tout entier d’aller de l’avant. Le Sommet des filles africaines, qui se focalise sur le mariage des enfants et va se dérouler dans la capitale de la Zambie, Lusaka, nous donne non seulement l’opportunité de faire le point sur les gros progrès qui ont été effectués par l’Afrique, mais aussi de se concentrer sur les mesures que nous devons tous prendre pour mettre fin à cette pratique si dévastatrice pour les filles africaines et leur communautés.

Commençons par les bonnes nouvelles. Le mariage des enfants est désormais dans la ligne de mire des gouvernements et des dirigeants de toute l’Afrique, grâce notamment à la campagne qu’a lancée l’Union africaine l’an dernier, mais aussi à l’élan mondial croissant sur la problématique. Les discussions sur le mariage des enfants ne sont plus un tabou, et nous comprenons beaucoup plus aujourd’hui les séquelles que cette pratique laisse sur des générations de filles, leur familles et leur communautés.

En Afrique subsaharienne, deux filles sur cinq sont mariées avant leurs 18 ans

L’année 2015 a commencé de manière prometteuse avec le lancement, dans de nombreux pays, de la campagne de l’Union africaine pour la fin du mariage des enfants, par exemple au Burkina Faso, en Éthiopie, à Madagascar et au Tchad. D’autres pays, comme l’Égypte, le Mozambique et l’Ouganda, ont adopté des stratégies nationales pour mettre un point final à cette pratique.

Ces avancées sont réjouissantes. Mais bien trop lentes. Malgré les promesses, le taux du mariage des enfants en Afrique reste inacceptable : en Afrique subsaharienne, deux filles sur cinq sont mariées avant leurs 18 ans.

Si la tendance actuelle persiste, le nombre de filles-épouses en Afrique sub-saharienne devrait doubler à l’horizon 2050. L’Afrique raflerait alors à l’Asie du Sud la première place sur le triste podium mondial des régions comptant le nombre le plus élevé de filles-épouses.

Pour chacune de ces filles, le mariage met fin à ses rêves, ses ambitions et parfois même à sa vie.

La grossesse et l’accouchement sont la deuxième cause de mortalité chez les filles de moins de 18 ans. Sommées de prouver leur fertilité, les filles-épouses risquent souvent de mourir, ou de subir des complications dangereuses, en couches avant même d’être prêtes à devenir mère, que ce soit physiquement ou psychologiquement. Des millions de nouveau-nés sont en danger, eux aussi. Car les enfants nés de filles-épouses ont plus de risques de mourir avant leur premier anniversaire que ceux dont la mère a entre 20 et 30 ans.

En devenant des filles-épouses, des millions de filles risquent aussi de souffrir de violences, d’abus sexuels et de maladies sexuellement transmissibles

En devenant des filles-épouses, des millions de filles risquent aussi de souffrir de violences, d’abus sexuels et de maladies sexuellement transmissibles, puisque le mariage des enfants crée un rapport de force déséquilibré entre mari et femme.

En devenant épouses et mères, bon nombre de ces filles devront aussi renoncer à leur droit à l’éducation ainsi qu’aux informations et services dont elles ont besoin pour mener une vie autonome et en bonne santé, notamment les services liés à leurs droits et leur santé sexuelle et génésique. Dans ces conditions, c’est tout leur potentiel et leur capacité à s’assumer et de soutenir leur famille qui en pâtissent. Les pays des ces filles-épouses souffrent aussi : les nations où le mariage des enfants est endémique sont aussi ceux dont le produit intérieur brut est le plus bas.

Les dirigeants, les gouvernements et les institutions en Afrique ont déjà pris certains des engagements les plus progressistes et audacieux au monde afin de mettre fin au mariage des enfants. Mais ce ne sont pas de simples mots, documents ou campagnes dont nous avons besoin maintenant.

Il est temps d’agir pour faire du changement une réalité sur le terrain, une réalité visible dans les communautés africaines où le mariage des enfants fait toujours des ravages.

Que faire pour voir enfin une différence ? Les chefs de gouvernement doivent travailler main dans la main avec les organisations de la société civile et les jeunes, qui saisissent la pleine mesure des dégâts que provoque cette pratique dans les communautés locales, afin de mettre sur pied des plans et des stratégies efficaces pour l’éradiquer. Nos dirigeants doivent veiller à ce que leurs projets ne dorment pas dans un tiroir, mais soient soutenus financièrement et mis en œuvre avec les bons partenaires.

Nous avons besoin de programmes qui autonomisent les filles, en leur donnant la pleine conscience de leurs droits avant qu’elles ne soient mariées, sans cesser de soutenir les millions de filles déjà mariées. Mais nous devons aussi intervenir auprès des familles et des communautés, pour leur faire comprendre que les alternatives au mariage des enfants profiteront non seulement à leurs filles, mais aussi à leurs familles et leurs communautés de manière générale.

Nous devons aussi assurer des services de santé et un accès à l’éducation aux filles pour qu’elles puissent voir d’autres possibilités que le mariage, et les aider à rester en bonne santé et en sécurité. Et bien sûr, nous avons besoin de lois et de politiques allant en ce sens, qui rendent le mariage illégal avant 18 ans, et soutiennent les droits des filles, qu’elles soient mariées ou non.

Ce n’est que lorsque les gouvernements s’associeront à la société civile, aux dirigeants religieux et traditionnels, aux parents, mais aussi aux filles et aux garçons, pour lever toutes ces barrières, que nous constaterons de véritables changements de fond et un recul du mariage des enfants.

Le mariage des enfants ne concerne pas que l’Afrique. C’est un problème mondial. Mais l’Afrique peut se placer à l’avant-garde du changement. Cette semaine, à Lusaka, les dirigeants africains doivent saisir cette opportunité et passer des promesses à l’action. Tout simplement, c’est l’avenir de générations de filles africaines et de l’Afrique toute entière qui est en jeu.

 

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