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Cet article est issu du dossier «Sénégal : objectif 2017»

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Tourisme

Sénégal : immersion dans la maison de Léopold Sédar Senghor

Le président-poète avait fait construire cette bâtisse à la fin des années 1970. Il y vécut jusqu’en 1993.

Le président-poète avait fait construire cette bâtisse à la fin des années 1970. Il y vécut jusqu’en 1993. © YOURI LENQUETTE POUR JA

à Dakar, sur la corniche ouest, la maison de Léopold Sédar Senghor a été transformée en musée. Les visiteurs ne s’y bousculent pas. Pourtant, elle a su conserver l’esprit de son illustre occupant. Face au Monument de la renaissance africaine, la seconde colline porte un édifice chargé d’histoire, le phare des Mamelles. Toujours au service des marins, et de plus en plus prisé par les Dakarois.

C’est une vaste demeure ocre de style soudano-sahélien, un ovni architectural contrastant avec les villas cossues et les ambassades aux murs blancs qui pullulent dans le quartier de Fann Résidence, en lisière de la corniche ouest de Dakar. Ici vécut un temps Léopold Sédar Senghor, poète, chantre de la négritude, premier président du Sénégal indépendant et académicien français. Depuis le 30 novembre 2014, la maison qu’il avait fait bâtir à la fin des années 1970 pour y passer sa retraite est devenue le Musée Senghor.

Les Dakarois continuent pourtant de l’affubler du surnom qui lui fut donné lors de sa construction, « Les Dents de la mer », en référence au film de Steven Spielberg sorti en 1975. Probable allusion aux guérites fendant les façades (en forme de triangles isocèles) et à la découpe, elle aussi rappelant la mâchoire d’un requin, de son mur d’enceinte. À l’intérieur, le temps s’est arrêté il y a un quart de siècle. À partir de 1993, équipé d’un stimulateur cardiaque, le président-poète n’était plus en mesure de prendre l’avion. C’est donc à Verson, en Normandie, au côté de son épouse française, Colette, qu’il a passé les huit dernières années de sa vie, avant d’être inhumé à Dakar, en décembre 2001.

Gardien de musée

Depuis l’origine, un bon samaritain veille sur la demeure de Senghor. Gendarme aujourd’hui à la retraite, Barthélémy Sarr fut affecté dès 1973 à la garde présidentielle. Il n’a jamais plus quitté l’ancien président, qu’il a accompagné dans seize pays à travers le monde. C’est à ce septuagénaire, aujourd’hui guide du Musée Senghor, qu’étaient confiées les clés des « Dents de la mer » lorsque son occupant se trouvait en France.

Ce zélé serviteur n’a rien oublié des marottes de son mentor. Levé vers 6 heures, son petit déjeuner avalé, Senghor s’attablait dès le matin à son modeste bureau du premier étage, en partie occupé par une bibliothèque bien remplie. Quelques poignées de mil distribuées aux oiseaux, sur la terrasse, quitte à mécontenter Colette.

Quelques brasses dans la piscine avant le déjeuner, en cas de grosse chaleur. Puis un double rituel : une sieste réparatrice suivie d’une tasse de thé avalée dans le salon vert (la couleur fétiche de son épouse normande, « née et élevée dans la verdure »), l’espace familial du couple, seulement accessible aux intimes. C’est alors seulement que l’ancien président gagnait son confortable bureau du rez-de-chaussée, aujourd’hui occupé par la conservatrice du musée, Mariama Ndoye Mbengue, pour y recevoir ses visiteurs.

Senghor toujours présent

Muséologue de formation, ancienne responsable du musée de l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan), cette femme élégante veille aujourd’hui, avec bonheur, sur le patrimoine privé du plus renommé des Sénégalais. Si elle regrette le manque d’appétence de ses compatriotes pour les musées, Mariama Ndoye Mbengue se réjouit tout de même que ce lieu encore peu fréquenté (2 224 entrées au premier semestre de 2016) concoure à animer la vie culturelle dakaroise. Des ambassades y ont organisé des événements. Et une exposition de photos de Vaclav Havel ainsi qu’un hommage à l’écrivaine Aminata Sow Fall y ont été remarqués.

Du rez-de-chaussée à l’étage, le Musée Senghor conserve l’esprit de son immortel occupant. Des souvenirs offerts, tout au long de sa vie, par des hôtes de marque et de toutes origines, de l’Égypte à la Corée du Sud en passant par l’Italie. Des livres par dizaines : classiques grecs, latins et de la littérature africaine-américaine, poèmes de Ronsard et de Verlaine, œuvres d’Alain et de Hemingway, sans oublier une série de dictionnaires. Des statues célébrant l’Afrique (Cameroun, Bénin, Nigeria, Kenya…) et sa culture foisonnante.

Et, au détour de chaque couloir, de chaque espace privé, le portrait en noir et blanc de Philippe, le fils unique de Léopold et Colette, arraché à leur affection en 1981, à l’âge de 23 ans, à la suite d’un accident de la route. Tel un fantôme, au berceau soigneusement conservé dans une chambre d’amis, venu hanter les dernières années du poète.

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