Cinéma

Tunisie : malgré le confinement, le festival de cinéma de Gabès a bien eu lieu

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Le film "Sortilège" du Tunisien Ala Eddine Slim

Le film "Sortilège" du Tunisien Ala Eddine Slim © © Potemkine films

Alors que sévit la pandémie de Covid-19, la cité tunisienne a tenu à maintenir son Gabès Cinéma Fen. Elle a ainsi organisé le premier festival virtuel du monde arabe, autour d’une sélection de films aussi originale qu’audacieuse.

La deuxième édition du tout jeune festival de cinéma de Gabès, qui devait se tenir sous sa forme normale du 3 au 10 avril devant un large public tunisien et étranger ainsi qu’avec de nombreux invités, n’a pas été purement et simplement annulée comme tant d’autres manifestations artistiques prévues en cette période.

Ses organisateurs ont décidé que cette manifestation pionnière – sa sélection en compétition réunit des films du monde arabe qu’on peut qualifier d’originaux et d’exigeants, et il présente aussi nombre d’œuvres d’art vidéo – aurait lieu de toute façon, même sans projections ou expositions dans des salles ouvertes au public et sans réunir physiquement les jurys.

Du coup, en mettant en ligne – sur la plateforme Artify – les œuvres prévues au programme en Tunisie (pour les longs-métrages) ou dans le monde entier (le reste de la programmation) avec l’accord des auteurs, des producteurs et des distributeurs, le Gabès Cinéma Fen est devenu le premier festival virtuel du monde arabe. Et il vient de délivrer son palmarès grâce aux jurés qui ont visionné la sélection en ligne et délibéré depuis chez eux en visioconférence.

Des films sortis récemment ou inédits

La liste des longs-métrages documentaires ou de fiction primés – certains sortis récemment, d’autre inédits – témoigne de la qualité de cette sélection. Le jury présidé par le réalisateur tunisien Jilani Saadi a décerné son prix du meilleur long-métrage au très original, voire déroutant, Tlamess (un récit poétique et fantastique du Tunisien Ala Eddine Slim sorti en France sous le titre Sortilège).

Le prix du jury a couronné Ibrahim, a Fate to Define, une enquête biographique passionnante de la Palestinienne Lena Al Abed sur le destin funeste de son père, un militant du groupe Abou Nidal qui fut accusé à tort de trahison par ses camarades de combat et qui a disparu, probablement après avoir été torturé et exécuté, en 1987.

Cette édition numérique a permis au festival de ne pas disparaître, à peine un an après sa création.

Et le jury a accordé une « mention spéciale » à trois films remarquables, Talking about Trees, de Suhaib Gasmelbari (le combat de vieux cinéastes pour faire revivre le septième art au Soudan), 143, rue du Désert, de l’Algérien Hassen Ferhani (chronique de la vie d’une vieille femme qui tient un café au bord de la route en plein cœur du Sahara), et Amussu, de Nadir Bouhmouch (la lutte collective de villageois du sud-est du Maroc qui voient leurs terres asséchées par l’exploitation d’une immense mine d’argent).

Rendez-vous en 2021

Le festival, l’une des rares manifestations consacrées au septième art située non pas dans un lieu touristique mais au cœur d’une cité industrielle réputée pour sa terrible pollution, qui entend faire partager son questionnement du « pouvoir de l’image » et de « l’injuste géographie de la représentation », a donc réussi autant qu’il était possible dans la situation actuelle à maintenir sa vocation en compagnie des internautes.

Après cette édition numérique qui lui a permis de ne pas disparaître à peine un an après sa création, en 2019, ses organisateurs donnent rendez-vous en avril 2021 pour fêter le troisième anniversaire de l’événement. En compagnie du public dans les salles et dans les lieux d’expositions cette fois.

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