Politique

Guinée-Bissau : le président José Mário Vaz limoge le gouvernement

Le président de la Guinée-Bissau, José Mario Vaz (image d'illustration).

Le président de la Guinée-Bissau, José Mario Vaz (image d'illustration). © Saurabh Das/AP/SIPA

Le président de la Guinée-Bissau, José Mário Vaz, a annoncé lundi 28 octobre démettre le gouvernement en place, enfonçant davantage ce pays dans la crise et jetant le doute sur la tenue de la présidentielle, prévue le 24 novembre. Son principal rival, l’ancien Premier ministre Domingos Simões Pereira, a fermement condamné cette annonce.

Le décret visant à démettre le gouvernement est le dernier épisode en date d’une confrontation de plusieurs mois entre la présidence et le gouvernement, et sème l’incertitude sur les lendemains politiques de ce pays de moins de deux millions d’habitants.

Il y a quelques jours, le Premier ministre, Aristide Gomes, dénonçait un projet de coup d’État. Samedi les forces de l’ordre réprimaient violemment une tentative de manifestation de l’opposition, faisant un mort et plusieurs blessés.

Élection présidentielle compromise

Dans le décret 12/2019 publié lundi soir et lu sur les radios, le chef de l’État – également candidat à un second mandat lors de la présidentielle prévue le 24 novembre – a fait le constat d’une « grave crise politique qui empêche le fonctionnement normal des institutions de la République », et décidé de démettre le gouvernement. « Le présent décret présidentiel entre immédiatement en vigueur », stipule le deuxième et dernier article du texte.

Reste que mardi matin, le gouvernement mené par Aristides Gomes était toujours en poste. « Au palais du gouvernement pour une autre journée au service de la nation », écrivait-il sur sa page Facebook.

Selon un responsable du Madem G-15, arrivé en deuxième position lors des législatives de mars dernier, cette formation de l’opposition a été invitée par le président à nommer un Premier ministre. Les effets pratiques de ces décisions sont incertains, mais semblent de nature à compromettre la tenue de la présidentielle, malgré l’insistance de la communauté internationale sur le respect du calendrier.

« Nous sommes à une semaine du début de la campagne électorale et le processus ne devrait pas être interrompu », a réagi auprès de Lusa l’ancien Premier ministre Domingos Simões Pereira, candidat à la présidentielle et chef du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), parti vainqueur des législatives. Le limogeage de ce dernier par le président Vaz en août 2015 avait plongé de pays dans une nouvelle crise. « Ce n’est pas le président qui signe le décret, c’est un candidat » a ajouté Domingos Simões Pereira.

Succession de crises

Indépendante depuis 1974, l’ancienne colonie portugaise a connu depuis lors quatre putschs, seize tentatives de coup d’État et une valse des gouvernements. La victoire de José Mário Vaz à la présidentielle de 2014 a marqué un retour progressif à la légalité constitutionnelle. Mais sa présidence à la tête d’un pays affligé par la pauvreté, la corruption et le trafic de drogue avec l’Amérique latine n’a pas mis fin à l’instabilité politique et les Premiers ministres se sont succédé ces dernières années.

José Mário Vaz a terminé son mandat de cinq ans le 23 juin. Depuis lors, il est resté à la tête du pays mais a laissé la conduite des affaires au gouvernement qu’il a formé début juillet, jusqu’à la tenue de la présidentielle, à la suite d’une décision de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao).

La Cour suprême a validé douze candidatures à la présidentielle. L’opposition, qui, avec des candidats indépendants dont José Mário Vaz, avait appelé à manifester samedi dernier, réclame une révision complète du fichier électoral, qui ne saurait avoir lieu sans un report du scrutin.

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