BTP & Infrastructures

RD Congo : bras de fer entre la Gécamines et la Snel

Transformateur de la Snel, à Lubumbashi.

Transformateur de la Snel, à Lubumbashi. © Baudouin Mouanda/JA

L’enjeu est de taille. Le groupe minier et la Société nationale d’électricité se disputent la propriété des quatre plus importantes centrales de la région.

Inscrite dans son plan de développement, la revendication de la Générale des carrières et des mines (Gécamines) a fait l’effet d’une bombe. L’ex-entreprise d’État, devenue société commerciale fin 2010, réclame à la Société nationale d’électricité (Snel) la propriété de quatre centrales hydroélectriques – Nseke, Nzilo, Koni et Mwadingusha – installées dans la province du Katanga. Motif ? Construites par la défunte Union minière du Haut-Katanga, dont la Gécamines se considère comme l’héritière, ces infrastructures énergétiques lui appartiendraient. « Elles ont été cédées à la Snel en 1971, sous le régime de Mobutu, sans aucune contrepartie. La Snel en a la gestion mais n’en est pas propriétaire », explique Kalej Nkand, l’administrateur directeur général de la Gécamines. Bien sûr, la Snel ne l’entend pas de cette oreille. D’où le bras de fer engagé entre les deux parties.

À l’évidence, le déficit chronique en énergie du Katanga (lire encadré), qui devient un sérieux frein à l’expansion minière, n’est pas étranger à cette revendication formulée il y a un an. Pas question pour la Gécamines, qui vise une production de 160 000 tonnes de cuivre à l’horizon 2016, d’accepter plus longtemps cette situation qui risque de compromettre ses objectifs. « Nous devons améliorer notre gestion, maximiser nos coûts, et parmi les éléments qui nous permettront de gagner cette bataille figure l’énergie, continue Kalej Nkand. Or la Snel rationne la fourniture d’électricité pour satisfaire tous ses clients. Il n’est pas normal que nous ayons à subir cela alors que ces centrales nous appartiennent. » Les 330 millions de dollars (252 millions d’euros) d’arriérés réclamés par la Snel au groupe minier n’ont rien arrangé. Pour éviter la procédure judiciaire que la Gécamines était prête à engager, le gouvernement a voulu temporiser en s’en remettant à une firme de consultants « réunissant des compétences juridiques, financières et techniques » pour déterminer à qui sont ces centrales et les lignes de transport d’électricité au Katanga, dont certaines, selon Kalej Nkand, appartiendraient également à la Gécamines.

Consultation

L’appel à manifestation d’intérêt lancé par le Comité de pilotage de la réforme des entreprises du portefeuille de l’État (Copirep) a été remporté en décembre 2012 par le groupement franco-canadien Nodalis-Aecom, qui présentera ses conclusions en mai. Pour la Gécamines, qui a compulsé toutes les archives, l’issue de cette consultation ne fait pas de doute.

Autant dire que l’enjeu est de taille. Si la Gécamines remporte le morceau, elle sera à la tête d’une puissance totale installée de 482 mégawatts (MW) et d’un patrimoine dont la valeur est estimée à 1,5 milliard de dollars. Pas question cependant pour la compagnie de gérer elle-même ces centrales. La solution envisagée est de créer une société dont elle aurait le contrôle. Une fois les besoins de la Gécamines satisfaits (évalués à 75 MW en 2011 et entre 150 et 200 MW en 2015), l’excédent de production serait vendu, notamment à des miniers. Le vote de la loi sur la libéralisation du secteur énergétique tombe à point nommé.

Sous tension

De 400 mégawatts (MW) en 2008, le déficit énergétique du Katanga est passé à 1 000 MW en 2012. En 2015-2016, il devrait atteindre 2 500 MW, selon les estimations du ministère provincial de l’Énergie. Pour les miniers, dont la demande atteint 650 MW, le déficit est déjà de 250 MW. Une situation d’autant plus critique que les besoins vont aller crescendo. Sur une puissance installée de 482 MW, seuls 400 MW sont garantis, dont 50 MW provenant du complexe hydroélectrique d’Inga, dans le Bas-Congo, et des importations de Zambie. Le gros de la production est assuré par les centrales katangaises du réseau interconnecté – Nseke (260 MW), Nzilo (108 MW), Mwadingusha (66 MW) et Koni (48 MW) -, qui fonctionnent en deçà de leur capacité. Leur réhabilitation, en cours ou prévue dans le cadre de partenariats avec des sociétés minières, devrait améliorer la situation. Mais ce sera insuffisant. Le même schéma est donc proposé pour remettre en état d’autres centrales. Il faudrait aussi pouvoir en construire de nouvelles : Busanga, sur la Lualaba (près de Kolwezi), et Nzilo II. Mais le démarrage de Busanga, que devait réaliser Sinohydro dans le cadre du partenariat sino-congolais, piétine. Quant au financement de Nzilo II, il reste à trouver… d’urgence. M.D.

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