Politique

Congo : Guy-Brice Parfait Kolélas perd son dernier combat

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Mis à jour le 23 mars 2021 à 10h12
Guy-Brice Parfait Kolelas, opposant congolais et candidat à la présidentielle, est décédé le lundi 22 mars du Covid-19.

Guy-Brice Parfait Kolelas, opposant congolais et candidat à la présidentielle, est décédé le lundi 22 mars du Covid-19. © STEEVE RODRIC POUR JA

Décédé lundi 22 mars à l’âge de 61 ans, considéré comme le seul opposant de poids face à Denis Sassou Nguesso dans la présidentielle, il tentait pour la seconde fois de battre le chef de l’État congolais, dont il fut un ministre.

Principal adversaire du président Denis Sassou Nguesso lors de la présidentielle dont le premier tour se déroulait ce week-end, Guy-Brice Parfait Kolélas est décédé dans la nuit de dimanche à lundi, à bord de l’avion médicalisé qui l’évacuait sur Paris, quelques heures seulement après la clôture officielle du scrutin. Testé positif au Covid-19 dès vendredi après-midi, le chef de l’Union des démocrates humanistes (UDH)-Yuki, n’avait pu animer son dernier meeting de campagne à Brazzaville, postant dimanche, juste avant l’ouverture des bureaux de votes, une vidéo dans laquelle il affirmait « se battre contre la mort ». À 61 ans, il a donc perdu son dernier combat. Sans connaître les résultats de celui qui l’opposait pour la seconde fois au chef de l’État congolais.

La surprise de 2016

En 2016, il avait créé la surprise en arrivant deuxième de la présidentielle, avec 15 % des voix. Il espérait bien sûr beaucoup mieux cette fois. Le 1er février, il annonce sa candidature en reprenant à son compte le slogan du « développement intégral » cher à son père, Bernard Kolélas. L’héritage est pourtant entre les mains de son frère Euloge Landry Kolélas, président officiel du Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (MCDDI), créé par le patriarche au début des années 1990. À 56 ans, celui qui est également Haut commissaire à la réinsertion des anciens combattants, souhaite ancrer son parti dans la majorité présidentielle, au nom des mêmes valeurs de paix et d’unité mises en avant par son frère, devenu au fil des mois l’opposant numéro un du président.

L’époque où les trois Kolélas, père et fils, siégeaient ensemble à l’Assemblée nationale, en 2007, sous la même bannière du Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (MCDDI) a disparu en même temps que s’est éteint Bernard, le 13 novembre 2009.

L’aîné reprend alors le flambeau avant de s’en faire déposséder par son cadet en décembre 2015. Depuis cette date, les deux frères ne se sont plus adressés la parole en public. Leurs prises de position divergentes sur la question du référendum constitutionnel annoncé quelques mois plus tôt, semblent les avoir irrémédiablement divisées. Cette même année, Guy-Brice Parfait était limogé du gouvernement, où il était ministre de la Fonction publique depuis 2009, quand Euloge Landry y faisait son entrée, au Commerce extérieur.

Radicalisation des positions

Les positions se sont ensuite radicalisées des deux côtés, créant des situations politiques étonnantes. Comme lors de la présidentielle de 2016, lorsque le MCDDI appelle à soutenir Denis Sassou Nguesso, plutôt que son propre candidat, Guy-Brice Parfait Kolélas. Celui-ci était d’ailleurs toujours député MCDDI de Kinkala, dans le département du Pool, même si, depuis 2017, il avait lancé sa propre formation, l’UDH-Yuki, du nom de cette petite jarre en argile qui l’accompagnait à chacun de ses meetings. Un parti créé sur les cendres de la Conférence des démocrates humanistes africains (Codeha), également fondée par son père.

Il avait déjà tenté de s’émanciper en 2014, en dénonçant les accords liant alors le MCDDI au Parti congolais pour le travail (PCT) de Denis Sassou Nguesso. Depuis, il était la cible privilégiée du pouvoir qui cherchait à fragiliser sa position dans le fief familial du Pool que son frère rêve, dans le même temps, d’apporter au président. Économiste de formation, diplômé en France où il a aussi bien côtoyé le Parti communiste que les milieux d’extrême-droite, Guy-Brice Parfait Kolélas voulait également voir son pays « reprendre son destin en mains ». Dans sa dernière vidéo, livide et affaibli, il demandait encore à ses compatriotes de se lever. « Je me bats sur mon lit de mort. Battez-vous pour votre changement », lançait-il lors de cette dernière image publique, qui fait désormais figure de testament.

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