Politique

Au Congo, Kolélas contre Kolélas : l’un soutient Denis Sassou Nguesso, l’autre est son principal concurrent

Réservé aux abonnés | | Par - Envoyé spécial
Mis à jour le 15 février 2021 à 12h05
Euloge Landry Kolélas, président du MCDDI et Haut commissaire à la réinsertion des combattants.

Euloge Landry Kolélas, président du MCDDI et Haut commissaire à la réinsertion des combattants. © Baudouin Mouanda pour JA

En 2015, l’aîné, Guy-Brice Parfait, quittait le gouvernement, et son cadet, Euloge Landry, y entrait. S’ils revendiquent tous deux les valeurs prônées par leur père, les fils de l’ancien Premier ministre Bernard Kolélas sont devenus frères ennemis.

Chez les Kolélas, on a la politique dans le sang. Après avoir occupé de hautes fonctions dans la diplomatie congolaise dès les années 1960, Bernard, le père, a été une figure nationale majeure au début des années 1990, tantôt dans la majorité, tantôt dans l’opposition, au gré des aléas qui ont durement secoué le pays durant cette décennie.

En parfaits héritiers, ses deux fils suivent un positionnement tout aussi oscillant, l’un dans le camp présidentiel, l’autre au sein de l’opposition, tous deux au nom du legs paternel. La belle image de ces trois Kolélas, père et fils, siégeant ensemble à l’Assemblée nationale, en 2007, sous la même bannière du Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (MCDDI) s’est effacée en même temps que s’est éteint le patriarche, le 13 novembre 2009.

Communication rompue

À 76 ans, il emportait avec lui les valeurs du parti qu’il avait créé, l’unité et la paix, aujourd’hui encore prônées par son successeur, Euloge Landry Kolélas, 56 ans. En octobre 2015, le fils cadet a en effet repris les rênes du MCDDI des mains de son aîné, Guy-Brice Parfait, 61 ans. Depuis lors, les deux frères ne s’adressent plus la parole. « Même lors des réunions de famille », confirme un proche.

Guy-Brice Parfait Kolélas, leader de l’UDH-Yuki et candidat à la présidentielle du 21 mars 2021.

Guy-Brice Parfait Kolélas, leader de l’UDH-Yuki et candidat à la présidentielle du 21 mars 2021. © STEEVE RODRIC POUR JA

Sur la scène politique, cette absence de communication créée des situations étonnantes. Comme lors de la présidentielle de 2016, lorsque le MCDDI appelle à soutenir Denis Sassou Nguesso, plutôt que son propre candidat, Guy-Brice Parfait Kolélas. Celui-ci est d’ailleurs toujours député MCDDI (de Kinkala, dans le département du Pool), même si, depuis 2017, sur les cendres de la Conférence des démocrates humanistes africains (Codeha, également fondée par son père), il a lancé sa propre formation : l’Union des démocrates humanistes (UDH)-Yuki, du nom de cette petite jarre en argile qu’il ne quitte pas des mains.

Guy-Brice Parfait Kolélas apparaît comme le principal concurrent de Denis Sassou Nguesso lors du scrutin du 21 mars.

Leurs prises de position divergentes sur le référendum constitutionnel en 2015 semble avoir irrémédiablement divisé les deux frères. Cette année-là, Guy-Brice Parfait était limogé du gouvernement (dont il était ministre de la Fonction publique depuis 2009), quand Euloge Landry y faisait son entrée (au Commerce extérieur).

Une présidentielle, deux camps

Depuis ses bureaux de l’emblématique Tour Nabemba, ce dernier, désormais Haut commissaire à la réinsertion des ex-combattants, semble avoir pour principal objectif d’ancrer définitivement son parti dans la majorité présidentielle.

Son aîné nourrit de tout autres ambitions, depuis son QG de campagne du quartier Bacongo. Arrivé deuxième avec plus de 15 % des voix lors de la présidentielle de 2016, il apparaît plus que jamais comme le principal concurrent face à Denis Sassou Nguesso pour la présidentielle du 21 mars prochain, depuis le retrait du chef de file de l’opposition, Pascal Tsaty Mabiala.

Guy-Brice Parfait Kolélas a annoncé officiellement sa candidature le 1er février, en reprenant le slogan du « développement intégral » cher à son paternel. Il veut voir le pays « reprendre son destin en main », comme lui-même pensait le faire en 2014 en dénonçant les accords liant alors le MCDDI au Parti congolais pour le travail (PCT), qui, depuis, cherche à fragiliser sa position dans son fief familial du Pool.

Il peut mobiliser ses troupes, demander à ses militants de s’inscrire massivement sur les listes électorales, mais il sait qu’il peinera à remporter les voix que son frère rêve, dans le même temps, d’apporter au camp présidentiel.

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