Politique

RDC : élu à la tête du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo prend sa revanche

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Mis à jour le 02 mars 2021 à 15h16
Le nouveau président du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo.

Le nouveau président du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo. © PRESIDENCE RDC

Modeste Bahati Lukwebo, l’informateur qui a identifié la nouvelle majorité de Tshisekedi, vient d’être élu à la présidence de la chambre haute, où il succède au pro-Kabila Alexis Thambwe Mwamba.

Comme à l’Assemblée nationale un mois plus tôt, l’élection du nouveau bureau du Sénat ne comportait pas beaucoup de suspense. En l’absence de candidatures concurrentes, Modeste Bahati Lukwebo, tête d’affiche du ticket présenté par l’Union sacrée, la nouvelle coalition de Félix Tshisekedi, a été élu président de la chambre haute par 89 voix des 108 sénateurs. Le patron de l’Alliance des forces démocratiques du Congo (AFDC-A), qui fut la deuxième force au sein de la coalition politique de Joseph Kabila, le Front commun pour le Congo (FCC), succède à Alexis Thambwe Mwamba.

Ce dernier avait choisi de démissionner le 5 février, après le dépôt de plusieurs pétitions visant les membres de son bureau. Une mise à l’écart qui s’inscrit dans l’offensive que Félix Tshisekedi mène depuis début décembre pour reprendre le contrôle de la majorité, jusque-là détenue par Joseph Kabila.

L’élection du successeur de Thambwe Mwamba marque la dernière étape de la reprise en main effective des institutions par le président congolais. Pour le sénateur du Sud-Kivu, devenu en quelques semaines l’un des piliers de la nouvelle coalition de Tshisekedi, un tel retournement de situation paraissait impensable il y a seulement quelques mois de cela.

Ex-allié de Kabila

Cacique du camp Kabila pendant de nombreuses années, Modeste Bahati Lukwebo a été plusieurs fois ministre, chargé des portefeuilles du Plan puis de l’Économie dans les gouvernements Matata et Tshibala. Il a également occupé la fonction de questeur de l’Assemblée nationale entre 2006 et 2009.

Bahati Lukwebo a cependant régulièrement été en désaccord avec ses partenaires de la Majorité présidentielle (MP), le principal sujet de discorde étant la place accordée à son parti au sein des institutions. À plusieurs reprises, à l’approche de la fin du second mandat de Joseph Kabila, le patron de l’AFDC a semblé près de claquer la porte du camp présidentiel. En 2016, son nom avait même circulé au côté du G7 de Moïse Katumbi, sans que cette option ne se concrétise.

Mais l’élu du Sud-Kivu n’avait pas pour autant renoncé à ses ambitions. Il a d’ailleurs un temps espéré faire office de dauphin de Joseph Kabila, mais ce dernier lui a préféré le secrétaire permanent de sa formation, le Parti pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), Emmanuel Ramazani Shadary.

Si Bahati Lukwebo a rapidement manifesté son souhait de diriger une institution dans la nouvelle administration, justifiant cette ambition par le poids de son parti, deuxième force politique du FCC avec 145 élus, il s’est à nouveau heurté de front à la stratégie du camp Kabila. L’ancien président souhaitait à l’époque, pour mieux contrer Tshisekedi, que les deux chambres du Parlement soient dirigées par des personnalités de son choix, membres ou proches du PPRD. Jeanine Mabunda et Alexis Thambwe Mwamba avaient donc été désignés.

Malgré de nombreuses tensions au sein du FCC, Bahati Lukwebo choisit alors l’affrontement et maintient une candidature dissidente face à l’ancien ministre de la Justice, Alexis Thambwe Mwamba. Considéré comme un frondeur par une partie des pro-Kabila, il se retrouve mis au ban du FCC. Dans les rangs kabilistes, certains lui reprochent son intransigeance. Lui s’estime lésé et entend miser sur les frustrations d’autres composantes du FCC. Malgré l’écrasante majorité de pro-Kabila à la chambre haute, il obtient 43 des 108 voix possibles.

Traversée du désert

C’est le début d’une petite traversée du désert pour Bahati Lukwebo, qui se retrouve menacé du dédoublement de son parti, dont une branche, menée par la ministre du Travail, Néné Nkulu, avait choisi de rester fidèle à l’ancien président. Mais dans la bataille que se livrent Félix Tshisekedi et Joseph Kabila, le ralliement de Bahati Lukwebo et de ses 145 élus devient rapidement un enjeu stratégique. En coulisse, le camp du président congolais noue très rapidement des contacts avec le patron de l’AFDC. Dès la fin de 2019, l’éventualité d’un rapprochement fait son chemin.

Celui-ci ne se concrétise qu’un an plus tard, à la faveur de la rupture de la coalition, annoncée le 6 décembre par Félix Tshisekedi. Le 31 décembre, Tshisekedi nomme Bahati Lukwebo au poste d’informateur. Le sénateur du Sud-Kivu sera même dans la « short-list » du président congolais pour le poste de Premier ministre, finalement confié à un Katangais au poids politique plus modeste : Sama Lukonde Kyenge.

Si l’élection du ticket de l’Union sacrée à la tête du Sénat semblait largement acquise, la mission confiée au Premier ministre, elle, ne fait que commencer. Sama Lukonde Kyenge a achevé ses consultations en vue de la formation du gouvernement et va désormais devoir procéder au délicat partage entre les différents regroupements qui ont rejoint Félix Tshisekedi.

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