Présidentielle kényane : Kenyatta et le coup de pouce de la CPI

Uhuru Kenyatta a été proclamé, le 9 mars, président du Kenya dès le premier tour du scrutin. Loin de lui être défavorable, son inculpation pour crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale (CPI) a augmenté la visibilité de sa campagne et mobilisé ses électeurs.

Kenyatta doit comparaître devant la CPI à partir du 9 juillet. © AFP

Kenyatta doit comparaître devant la CPI à partir du 9 juillet. © AFP

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Publié le 11 mars 2013 Lecture : 2 minutes.

Inculpé de crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale (CPI) qui le soupçonne d’avoir rémunéré un gang criminel au nom de la défense de sa communauté kikuyu après les résultats contestés du scrutin de 2007, Uhuru Kenyatta (51 ans) a été proclamé, samedi  9 mars, président dès le premier tour du scrutin avec 50,07% des voix. Son rival Raila Odinga, 68 ans, crédité de  43,31%, veut de son côté saisir la Cour suprême pour « fraudes massives », mais a lancé un appel au calme.

Kenyatta est la première personnalité à accéder à la magistrature suprême en étant inculpée par la justice internationale. Il devra s’envoler vers La Haye, avec son colistier désormais vice-président, William Ruto, également inculpé pour des violences postélectorales, afin de comparaître – en théorie – pendant au moins deux ans devant les juges de la CPI. Une première pour un chef d’État.

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Mais, paradoxalement, son inculpation a peut-être joué un rôle en sa faveur, en permettant « de mobiliser son groupe ethnique contre l’ennemi qui risque d’emmener le fils du pays hors de chez lui », estime Musambayi Katumanga, professeur de sciences politiques de l’Université de Nairobi. « Cela leur a apporté une profonde motivation pour l’emporter et a fait tourner en permanence la campagne autour d’eux », ajoute Daniel Branch, professeur d’histoire africaine à l’Université britannique de Warwick.

"Ingérences"

Relayés par plusieurs diplomates ou responsables internationaux, les doutes sur la capacité le duo Kenyatta-Ruto à gérer le pays depuis La Haye – où ils sont tenus théoriquement d’assister aux audiences quotidiennes, à partir du 28 mai pour M. Ruto et du 9 juillet pour M. Kenyatta -, ont de plus souvent été vécu comme une ingérence dans la campagne. « Les proches de Kenyatta estiment que ces déclarations des diplomates les ont aidés, car les Kenyans sont très fiers. Ils se souviennent qu’ils appartenaient encore il y a peu à l’empire colonial d’une autre puissance », la Grande-Bretagne, témoigne Tom Wolf, analyste en chef d’Ipsos-Synovate.

Néanmoins, l’influence du facteur CPI est à nuancer. S’il « a joué un rôle de premier plan dans la campagne (…), c’est avant tout la providence démographique et les ressources financières qui ont assuré la victoire de M. Kenyatta », estime Ken Opalo, doctorant kényan en sciences politique à l’université américaine de Stanford.

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« La coalition Jubilee [celle des vainqueurs, NDLR] a mené une bien meilleure campagne. Ruto est apparu nettement supérieur à Odinga pour mobiliser les électeurs », constate M. Branch, et « le savoir-faire de Ruto allié à l’argent de Uhuru s’est avéré extrêmement efficace ».

(Avec AFP)

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