19/12/2011 à 10h:20 Par Stéphane Ballong
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Un guichet Ecobank à Abidjan. Un guichet Ecobank à Abidjan. © AFP

Les deux groupes bancaires africains renforcent leur partenariat et envisagent de mettre en place un actionnariat croisé. L’objectif : renforcer leur position parmi les leaders continentaux.

Assiste-t-on aux prémices d’une fusion entre deux grands noms du secteur bancaire africain ? De nombreux observateurs le pensent depuis que le quatrième établissement sud-africain, Nedbank, a accordé, début décembre, à Ecobank Transnational Incorporated (ETI) un prêt de plus de 212 millions d’euros, qui pourra être converti dans deux à trois ans en 20 % du capital du groupe panafricain. Ce qui devrait faire de Nedbank le principal actionnaire d’ETI, devant la Société financière internationale (environ 12 % des parts), filiale de la Banque mondiale, et le russe Renaissance Capital (9,1 %). Ce serait la première fois qu’une autre banque détiendrait une telle part du capital d’Ecobank, dont l’actionnariat est très éclaté. Le fonds russe avait dépassé, en 2007, 2ilan, soit plus de la moitié de celui d’ETI.4 % du capital, mais avait dû céder une partie de sa participation. « À la différence de Renaissance Capital, l’entrée de Nedbank au capital d’Ecobank sera le fruit d’un partenariat conclu en 2008 et respecté, depuis, par les deux parties », explique la direction d’ETI.

L’accord signé en décembre s’inscrit dans la ligne du partenariat commercial liant les deux établissements, qui a permis à Ecobank d’utiliser le réseau de Nedbank pour pénétrer le marché sud-africain et vice versa. Les groupes franchissent aujourd’hui une étape supplémentaire. Mais s’ils envisagent, à terme, des participations croisées – et donc une entrée d’Ecobank au capital du sud-africain –, ils écartent pour l’heure toute hypothèse de mariage, parlant plutôt d’une alliance « gagnant-gagnant », matérialisée par le plus grand réseau du continent, qui devrait avoisiner, en 2012, 2 000 agences dans 35 pays. Le rapprochement des deux banques, complémentaires sur le plan géographique, leur permettra de réaliser des économies d’échelle et d’accélérer leur croissance.

Ainsi, l’apport financier de Nedbank permet à Ecobank de mieux négocier sa stratégie de développement, qui passe notamment par le rachat, conclu fin octobre, de la totalité du capital d’Oceanic Bank, au Nigeria. Pour cette prise de contrôle, ETI a dû débourser 253 millions d’euros en actions. « Le prêt de Nedbank servira notamment à recapitaliser la nouvelle entité née de la fusion entre Ecobank Nigeria et Oceanic Bank », explique Laurence do Rego, administratrice exécutive chargée de la finance et du risque au sein du groupe panafricain. Sans préciser le montant exact du nouveau capital social de l’entité, elle assure que celui-ci devrait largement dépasser le minimum de 250 millions de dollars (186,5 millions d’euros) imposé par la banque centrale du pays.

Le véritable défi pour Ecobank est de réussir à absorber Oceanic Bank. Laurence do Rego assure que cette intégration « devrait se faire pour l’essentiel dans les douze prochains mois, même si le processus est prévu sur trois ans ». Certes, le groupe a déjà mené à bien onze acquisitions, mais cette dernière est plus délicate : Oceanic Bank, sauvé de la faillite en 2009 et débarrassé de ses actifs toxiques par la Banque centrale du Nigeria, pèse aujourd’hui 4,8 milliards d’euros de total de bénéfices.

De fait, le succès de cette opération permettra à Ecobank, jusque-là « un établissement ordinaire au Nigeria, de devenir véritablement une grande banque sur ce marché, d’où il tire actuellement près de 25 % de ses revenus », explique Cyrille Nkontchou, associé gérant du fonds Enko Capital. D’après le directeur général d’ETI, Arnold Ekpe, l’objectif est de se hisser, à terme, parmi les trois premiers groupes nigérians. Mais la fusion donnera d’ores et déjà naissance à la quatrième banque du pays en termes de dépôts et la deuxième en termes de réseau, avec plus de 620 agences.

Risque d’OPA ?

Si l’accord entre Nedbank et ETI ouvre des perspectives, plusieurs interrogations demeurent. La première porte sur la capacité d’Ecobank à conserver, comme le veulent ses dirigeants, son statut de banque africaine majoritairement détenue par des Africains. « Il est évident qu’avec cette montée en puissance, Ecobank est encore plus attractif pour les groupes étrangers et n’est pas à l’abri d’une OPA », estime un analyste financier basé en Afrique du Sud. Et son rapprochement capitalistique avec Nedbank pourrait être une porte d’entrée. La direction d’ETI garantit que « le terrain a été balisé pour éviter cette éventualité ». Soit, mais en 2010, l’assureur sud-africain Old Mutual, actionnaire majoritaire de Nedbank (à hauteur de 53 %), avait négocié la cession de ses parts au groupe bancaire britannique HSBC, qui, avant de retirer son offre, avait mis 5,7 millions d’euros sur la table.

La deuxième question porte sur la solidité même de Nedbank. Car si les raisons du retrait de HSBC n’ont pas été officialisées, la presse britannique a indiqué que l’activité de banque de détail du sud-africain comportait des risques de crédit. Là aussi, Ecobank se veut rassurant et précise que le portefeuille d’actifs de Nedbank a été nettoyé.

Enfin, on peut s’interroger sur l’évolution future des relations entre les deux partenaires. Avec deux acquisitions récentes au Ghana (The Trust Bank) et au Nigeria (Oceanic Bank), ETI prévoit de réaliser 11,2 milliards d’euros de total de bilan en 2012, contre 7,9 milliards en 2010. Il entend atteindre rapidement 20 milliards d’euros, taille critique à partir de laquelle une OPA hostile contre lui deviendra plus difficile à réaliser. Cela lui donnerait aussi les moyens de prendre une participation (significative ?) dans Nedbank. Car si l’accord signé paraît aujourd’hui plus favorable au sud-africain, celui-ci est encore loin de pouvoir prendre le contrôle d’ETI. Pour cela, il lui faudrait acquérir au moins 75 % des actions, d’après les statuts d’Ecobank. Or le groupe basé à Lomé veut encore lever à moyen terme plus de 1 milliard d’euros sur les marchés financiers pour financer son développement. Ce qui diluera la participation de Nedbank. Et pourrait modifier le rapport des forces. 

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