01/12/2009 à 09h:54 Par François Soudan
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Aminatou Haidar lors d'une conférence de presse à Lanzarote (Canaries), le 17 novembre Aminatou Haidar lors d'une conférence de presse à Lanzarote (Canaries), le 17 novembre © Carlos Moreno/AP/Sipa

Confronté à une « escalade belliqueuse » et à des « provocations » à répétition, le roi Mohammed VI durcit le ton à l’égard des indépendantistes sahraouis de l’intérieur.

Pour les indépendantistes du Polisario, cette femme de 42 ans est « la Gandhi sahraouie ». Aux yeux des autorités marocaines, elle est une renégate, une ennemie du royaume et une étrangère. Une chose est sûre : Aminatou Haidar, refoulée sans ménagement le 13 novembre de l’aéroport de Laâyoune – ville où elle habite avec ses deux enfants – en direction des îles Canaries, et depuis déclarée persona non grata au Maroc, est une militante déterminée.

Native d’Akka, dans la région de Tata, bachelière, elle rejoint la branche intérieure clandestine du Front Polisario, ce qui lui vaut d’être arrêtée en 1987 et incarcérée pendant quatre ans au secret. Élargie, elle profite de l’espace de liberté ouvert avec l’avènement de Mohammed VI pour reprendre ses activités politiques en faveur de l’indépendance du Sahara occidental, cette fois ouvertement.

Arrêtée de nouveau en juin 2005 lors des émeutes de Laâyoune, Haidar retourne en prison pour sept mois. À sa sortie, elle reçoit un passeport marocain, qui lui permet de voyager et de recevoir quelques prix à l’étranger. Mais – le paradoxe est là – elle ne se considère pas comme marocaine, refuse d’inscrire le mot Maroc dans la case « pays » des fiches de police des frontières et multiplie les déclarations dans lesquelles elle accuse les autorités marocaines de préparer… un « génocide collectif » dans les provinces du Sud. Une démarche qui rejoint celle d’un petit groupe de Sahraouis pro-Polisario de l’intérieur, syndicalistes ou militants associatifs, qui tous ont connu un parcours identique à celui d’Aminatou Haidar : Ali Salem Tamek, Mohamed Daddach, Mohamed el-Moutawakil, ou encore Brahim Dahane, arrêté le 8 octobre à l’aéroport de Casablanca avec six compagnons, au retour d’Alger et des camps de Tindouf.

À l’évidence, confronté à la multiplication des actes de ce type, Rabat a décidé de mettre un terme à ce qu’il considère comme autant de provocations émanant d’une « cinquième colonne » acharnée à remettre en cause la marocanité (non négociable) du territoire. Le ton a été donné par le roi lui-même dans son discours du 6 novembre, anniversaire de la Marche verte. Il est temps, a-t-il martelé, de dire non à « l’exploitation détestable des acquis dont jouit notre pays en matière de libertés et de droits humains », avant d’ajouter : « Ou le citoyen est marocain, ou il ne l’est pas. Fini le temps du double jeu […]. Ou on est patriote, ou on est traître. »

Pour Aminatou Haidar et ses camarades, qualifiés par le souverain de « bande de hors-la-loi en intelligence avec l’ennemi », le Maroc, c’est donc, au mieux, love it or leave it, « aimez-le ou quittez-le ». Au pire, et s’ils veulent poursuivre de l’intérieur leur « escalade belliqueuse » et leur « plan de conspiration », la prison les attend.

C’est la première fois, depuis les attentats islamistes de Casablanca en 2003, que Mohammed VI prononce une allocution aussi ferme. Tout en annonçant « une nouvelle dynamique » régionale et représentative au Sahara, le roi vient d’y siffler la fin de la récréation.

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Maghreb & Moyen-Orient

Leïla Kilani : 'Au Maroc, les réactions à 'Sur la planche' sont passionnelles'

Leïla Kilani : "Au Maroc, les réactions à 'Sur la planche' sont passionnelles"

Après deux documentaires remarqués, la réalisatrice marocaine Leïla Kilani se lance dans la fiction. Film coup-de-poing, "Sur la planche" explore la part d'ombre de Tanger et raconte le difficil[...]

Tunisie : pour SFBT, le succès coule de source

Ultradominatrice dans le secteur des boissons, la Société frigorifique et brasserie de Tunis (SFBT) enregistre des résultats records. Une valeur à suivre sur la place de Tunis.[...]

Sami Zerelli aux avant-postes pour Roche

La lutte contre le cancer est la priorité du groupe Roche, leader des traitements dans ce domaine. Un mot d'ordre que son directeur Afrique du Nord et Afrique de l'Ouest, Sami Zerelli, relaie avec énergie.[...]

Algérie - Maroc : quand l'union pourrait faire la force

Les chiffres parlent d'eux-mêmes, l'absence d'échanges commerciaux entre le Maroc et l'Algérie pénalise les deux économies. Une réelle intégration permettrait de[...]

Cen-Sad : approches marocaines

Végétative depuis la mort de Mouammar Kaddafi, la Communauté des États sahélo-sahariens (Cen-Sad) a peut-être trouvé son sauveur. Le Maroc pourrait redynamiser l'organisation.[...]

Benjamin Stora : "La liberté de circultation doit s'appliquer aux pays du Maghreb"

Pour l'historien français spécialiste de la région, il faudrait mettre entre parenthèses le conflit du Sahara pour avancer sur les autres différends qui oppose le Maroc et l'Algérie.[...]

Algérie - Maroc : et s'ils s'entendaient ?

Après la visite-surprise à Alger du chef de la diplomatie marocaine, la discorde entre les deux voisins du Maghreb apparaît plus que jamais comme une aberration politique, économique et humaine.[...]

Égypte : 44 personnes, dont des étrangers, jugées pour financement illégal d'ONG

Quarante-quatre personnes, parmi lesquelles 19 Américains et d'autres étrangers, vont être jugées pour des accusations de financement illégal d'organisations non-gouvernementales opérant[...]

CAN 2012 : un quart de choc Ghana-Tunisie

Le choc des quarts de finale de la CAN-2012 met aux prises le Ghana, l'un des grands favoris de l'épreuve, à la Tunisie, au potentiel toujours intact et bien décidée à venir brouiller les[...]

Maroc : le roi gracie 458 personnes parmi lesquels 2 prédicateurs salafistes

Le roi du Maroc Mohammed VI a gracié samedi 458 personnes parmi lesquelles trois prédicateurs de la Salafia Jihadia, une branche conservatrice de l'islamisme, accusés d'atteinte à la[...]

Voir tous les dossiers