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RDC – Abbé Nshole : « Soutenir un troisième mandat de Kabila, c’est insensé ! »

L'l'abbé Donatien Nshole, secrétaire général de la Cenco, en décembre 2016 pendant les négociations qui ont débouché à l'accord de la Saint-Sylvestre en RDC. © John Bompengo/AP/SIPA

Alors que certaines voix s'élèvent au sein de la Majorité présidentielle pour soutenir ouvertement un possible troisième mandat de Joseph Kabila, l'Église catholique ne compte pas laisser faire. Entretien avec l'abbé Donatien Nshole, secrétaire général de la Cenco.

Comme les mots ne suffisent pas, l’Église catholique a sorti des banderoles. Affichés notamment sur les murs du Centre interdiocésain de Kinshasa, où a été conclu fin 2016 l’accord politique dit de la Saint Sylvestre, ces calicots étaient destinés à rappeler au président Joseph Kabila qu’il ne peut pas, en l’état actuel de la Constitution, briguer un troisième mandat.

Mais samedi 2 juin, une autorité locale a débarqué sur le lieu pour les arracher. Au sein de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), l’on crie au scandale. Son secrétaire général, l’abbé Donatien Nshole, revient pour Jeune Afrique sur la position des évêques catholiques congolais.

Jeune Afrique : En quoi consiste la campagne en cours, soutenue par l’Église catholique, contre un éventuel troisième mandat du président Joseph Kabila ?

Abbé Donatien Nshole : C’est une campagne initiée par le Conseil de l’apostolat des laïcs catholiques. Elle porte sur l’appropriation par la population congolaise des contenus de l’accord de la Saint-Sylvestre. Et le mandat du président de la République constitue l’un des fondamentaux de ce compromis politique. Au moment où certaines voix s’élèvent pour affirmer le contraire, les laïcs ont estimé qu’il fallait le rappeler à tous.

L’Église catholique craint-elle que Joseph Kabila se représente pour un troisième mandat, malgré la Constitution et les clauses de l’accord de la Saint-Sylvestre ?

Nous ne le craignons pas. Car tous ces bruits sur un éventuel troisième mandat du président Kabila peuvent être l’œuvre de zélés… Ces derniers font peut-être des déclarations sans avoir été mandatés par le chef de l’État lui-même. Mais nous connaissons les politiques : nous n’excluons donc pas non plus que ces propos soient des ballons d’essai. Si c’est le cas, c’est très dangereux. C’est pourquoi nous nous sommes levés pour décourager cette attitude.

Kabila a toujours rassuré la CENCO qu’il respectera de la Constitution. Celle-ci interdit le troisième mandat

Ces derniers mois, les évêques catholiques ont pourtant rencontré le président Kabila pour des échanges, notamment sur la mise en œuvre de l’accord de la Saint-Sylvestre. Ne leur a-t-il jamais garanti qu’il ne briguera pas un troisième mandat ?

Le président Kabila a toujours rassuré la CENCO qu’il respectera de la Constitution. Celle-ci interdit le troisième mandat. C’est tout ce que nous rappelons.

Les banderoles qui rappelaient justement cette interdiction de briguer un troisième mandat ont été arrachées de vos murs par une autorité locale…

C’est ce que nous ne comprenons pas. Mais il appartient à ce bourgmestre d’expliquer pourquoi il a arraché ces banderoles. C’est inacceptable et scandaleux !

Que vous inspire l’argumentaire désormais développé par certains, au sein de la Majorité présidentielle (MP), selon lequel la modification du mode de scrutin en 2011 a remis les compteurs à zéro concernant la limitation des mandats ?

Soutenir un troisième mandat de Kabila, c’est insensé ! Ceux qui le font veulent peut-être se faire bien voir ou aimer par le chef de l’État, pour des raisons qu’eux-mêmes connaissent. Mais leur argumentaire ne tient pas. Car la Constitution est claire : on pouvait toucher à tous les autres articles, mais pas à ceux qui sont verrouillés. Les dispositions liées à la limitation du nombre des mandats sont verrouillées.

[L’accord de la Saint-Sylvestre] est comme une personne qui a été grièvement blessée mais qui n’est pas morte

Que reste-t-il aujourd’hui de l’accord de la Saint-Sylvestre dont la CENCO et des partenaires régionaux et internationaux de la RDC continuent à réclamer le respect ?

Il faut reconnaître que cet accord a subi plusieurs entorses dans sa mise en oeuvre. Il est comme une personne qui a été grièvement blessée mais qui n’est pas morte. Des fondamentaux de ce compromis politique tiennent encore : le respect de la Constitution, particulièrement en ce qui concerne le nombre des mandats présidentiels, l’interdiction de révision la Constitution pendant la période préélectorale, le parachèvement des mesures de décrispation, la redynamisation de la Ceni, le changement des animateurs du CSAC en tenant compte de l’inclusivité… Ce sont là des préalables à l’organisation des élections crédibles, inclusives, transparentes et apaisées qui seules mettraient fin à la crise.

Mais que répondez-vous à ceux, au sein de la Majorité présidentielle, qui vous accusent de ne réclamer que le retour de l’opposant Moïse Katumbi lorsque vous parlez de la nécessité de la décrispation politique ?

Ce n’est pas la CENCO qui a inséré le nom de Moïse Katumbi parmi les sept cas emblématiques dans l’accord de la Saint-Sylvestre. Ce sont des parties prenantes qui se sont engagées à résoudre son cas, ainsi que ceux des autres prisonniers politiques. C’est une question de loyauté. Il faut maintenant appliquer l’accord et aller de l’avant !

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