Nigeria : controverse autour de l’argent du pétrole alloué à la lutte contre Boko Haram

Par Jeune Afrique avec AFP

Des soldats nigérians engagés dans la lutte contre Boko Haram. © Stephan Heunis/AFP

Au Nigeria, plusieurs gouverneurs se sont opposés au projet du gouvernement d'octroyer un milliard de dollars supplémentaires, générés par les fonds d'excédents pétroliers, pour aider à la lutte contre le groupe jihadiste Boko Haram, dans le nord-est du pays.

Alors que la semaine dernière, le gouverneur de l’État d’Edo (sud), Godwin Obaseki – affilié au parti au pouvoir, All Progressives Congress (APC) – avait annoncé que le gouvernement fédéral avait reçu l’aval des gouverneurs pour réserver un milliard de dollars dans l’effort de guerre contre Boko Haram, sur les 2,3 milliards disponibles sur les comptes d’excès pétroliers (Excess Crude Account, ECA), de nombreuses voix dissidentes se sont exprimées.

Action en justice

« Nous sommes heureux d’annoncer que les gouverneurs ont donné leur accord pour consacrer 1 milliard de dollars des fonds d’excès (ECA) pour mettre un terme final à la guerre » contre Boko Haram, avait alors déclaré Godwin Obaseki, seulement, quatre gouverneurs s’y sont finalement opposés. Ayodele Fayose,  gouverneur du Parti populaire démocratique (PDP, opposition) de l’État d’Ekiti (sud), a même fait savoir qu’il porterait cette décision en justice.

« Je rejette cette histoire d’un milliard de dollars, et la rejetterai toujours. Dans mon État, nous nous sommes mis d’accord pour porter l’affaire en justice, et d’exercer notre droit constitutionnel », a affirmé l’opposant mardi.


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« Ces revenus doivent être répartis de manière équitable entre tous ses propriétaires », a ajouté Fayose, fervent critique du président Muhammadu Buhari qu’il accuse régulièrement de favoriser le Nord musulman, dont il est originaire, au Sud à majorité chrétienne.

Une opposition qui n’a pas semblé faire fléchir le gouvernement. A travers les médias locaux, le vice-président Yemi Osinbajo a  défendu cette décision, affirmant que cette somme n’était pas seulement destinée à la lutte contre Boko Haram, comme annoncé la semaine dernière, mais à la sécurité générale dans le pays.

De nombreux défis sécuritaires

Le Nigeria, premier exportateur de pétrole du continent, produit environ 2 millions de barils par jour, soit 90% de ses revenus en devises étrangères et 70% de son budget national. Selon la Constitution, ces fonds appartiennent au gouvernement fédéral, aux 36 États qui le composent ainsi qu’aux districts locaux. D’où la nécessité d’obtenir l’aval des gouverneurs.

Si employer une telle somme dans la lutte contre Boko Haram semble être justifié dans un pays où le groupe terroriste a fait plus de 20 000 morts et des millions de déplacés depuis 2009, avec une grande partie du nord-est resté hors de contrôle, elle est loin d’être le seul défi sécuritaire du pays. Enlèvements contre rançons, massacres entre éleveurs et agricultures, crime organisé, menaces indépendantistes au Biafra et piraterie font également partie des problématiques sécuritaires face auxquelles est confronté ce pays de 190 millions d’habitants.

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